‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 104 sur 267 · AU FRÈRE BARREAU · texte numérisé non relu

AU FRÈRE BARREAU

II loi donne des avis pleins de sagesse pour la position délicate qa'il occupe à Alger.

PariS; 6 septembre 1646.

Monsieur,

Il n'y a que Dieu seul qui vous puisse faire comprendre la consolation que nous avons de votre heureux voyage, du commencement et du progrès de votre arrivée. J'en rends grâces à la bonté infinie de Jésus-Christ, qui vous a fait celle-ci, et le prie qu'il sanctifie votre chère âme de plus en plus, afin que vous agissiez toujours saintement en toutes choses.

Voici les petits avis que je pense vous devoir donner, c'est qu'il semble que vous vous êtes un peu trop hâté à promettre l'argent du droit de la poste : i"* pour ce qu'il pouvait arriver que vous ne trouveriez pas cet argent dans le temps préfix; 2** en ce qu'il se pouvait faire qu'empruntant cette somme de delà aux marchands pour leur rendre à Marseille, il pouvait arriver que l'argent ne serait pas prêt à leur arrivée à Marseille, ce qui apporterait du décri de votre personne et de votre ministère. Le contraire est néanmoins, parce que la

Providence a fait trouver du crédit aux Mathurins réformés « pour fournir douze mille livres dans dix ou douze jours, à Marseille, à celui auquel vous auriez envoyé Tordre de le prendre.

Le second avis est de ne jamais écrire ni parler des con* versions de delà, et qui plus est, de ne pas tenir la main à celles qui se font contre la loi du pays. Vous avez sujet de craindre que quelqu'un ne feigne cela pour exciter une avanie. Ressouvenez-vous, s'il vous plaît. Monsieur, de ce que je vous ai dit que les Jésuites ont fait d'autres fois à Péra sur pareille rencontre. Il est bien à souhaiter que nous ayons un chiffre, si vous en savez Tusage, ou je vous en enverrai un.

L'âme de votre affaire est l'intention de la pure gloire de Dieu; l'état continuel d'humiliation intérieure (ne vous pouvant pas beaucoup employer aux extérieures) ; la soumission intérieure du jugement et de la volonté à celui, qui vous a été donné pour vous conseiller ; et, autant que vous le pourrez, ne rien faire sans lui proposer, si vous n'êtes obligé de répondre sur-le-champ. Jésus-Christ était le souverain sei-r gneur de Marie et de saint Joseph, et cependant il ne faisait rien que de leur avis. C'est, Monsieur, ce mystère que vous devez honorer d'une manière particulière à ce qu'il plaise à son infinie bonté de vous conduire dans l'état auquel vous êtes.

Je vous ai écrit que j'ai vu votre bonne tante, et l'édification que j'en ai eue, qui suis. Monsieur, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

I. On appelait ainsi les membres de Tordre de la Sainte-Trinité, fondé, à\j XII* siècle, par Jean de Mat ha et Félix de Valois, et approuvé par le pape Innocent III, en 1198. Le nom de Mathurins vient de ce que Félix avait réussi à établir, à Paris, les membres de Tordre dans un endroit où était une chapelle dédiée à saint Mathurin {l'abbé Maynard, t. I, p. 246}. Ces religieux avaient établi des comptoirs à Alger, à Bougie, à Oran et à Mostaganem»

P.-5. Je minute à vous envoyer une personne pour servir de chancelier. Nous pressons les pères de la Merci % mais le désordre est si grand entre eux, à ce qu'ils m'ont dit, qu'il n'y a point apparence de rien faire avec eux. Le roi a commis M. de Morangis pour en connaître. Cela va Nous

verrons à y faire ce que nous pourrons. Je loue Dieu de ce que vous avez retiré ce père chez vous.

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