‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 114 sur 267 · A M. Claude DUFOURs · texte numérisé non relu

A M. Claude DUFOURs

SUPÉRIEUR, A SAINTES

11 le dissuade de céder i la tentation de se faire chartreux.

3i mars 1647.

Monsieur,

Je rends grâces à Dieu de tant et de tant de bénédictions qu'il donne à vos emplois des missions et des ordinands, et je le prie qu'il bénisse de même le séminaire que vous commencez, et qu'il ne permette pas que la tentation que vous avez contre votre vocation trouble la paix de votre âme. Je sais bien que l'ordre des Chartreux est plus parfait en soi, mais je ne crois pas que Dieu vous demande là, après vous avoir appelé ici, et que vous avez répondu et acquiescé au mouvement de cet appel ; sa bonté vous y a béni d'une bénédiction toute particulière, et telle que, si vous la prenez en considération, elle est de nature à vous affermir invariablement dans la Congrégation, surtout si vous vous mettez en l'état où vous voudriez vous trouver au jugement de Dieu.

Mettez, s'il vous plaît, dans une balance les biens de la solitude d'un côté, et de l'autre ceux que Dieu fait et fera de plus en plus par vous : vous verrez que ceux-ci l'emportent. Mettez aussi en considération votre conformité de vie présente avec celle que Jésus-Christ a menée sur la terre; que c est là votre vocation, et que le plus grand besoin qu'ait aujourd'hui l'Église est d'avoir des ouvriers qui travaillent à retirer la plupart de ses enfants de l'ignorance et des vices où ils sont, et lui donner de bons prêtres et de bons pasteurs, qui est ce que le Fils de Dieu est venu faire sur la terre,

I. M. Claude Dufour, né en 1618, à Allanche, diocèse de Clermont, maintenant de Saint-Flour ; reçu dans la Congrégation à Paris, le 4 mai 1644 mourut à Madagascar le 18 août i656.

et vous vous estimerez trop heureux d'être appliqué comme lui et par lui-même à ce saint ouvrage.

Vous savez, Monsieur, que, quoique la vie contemplative soit plus parfaite que l'autre, elle ne Test pas toutefois plus que celle qui embrasse tout ensemble la contemplation et l'action, comme fait la vôtre, par la grâce de Dieu ; mais quand le contraire serait, il est certain que Dieu n'appelle pas tout le monde aux choses plus parfaites. Tous les membres du corps ne sont pas la tête, et tous les anges ne sont pas de la première hiérarchie ; ceux des inférieures ne voudraient pas être des supérieures, ils sont contents de celle où Dieu les a mis ; et les bienheureux qui ont moins de gloire n'envient pas ceux qui en ont une plus grande. Nous devons de même nous contenter de l'état où nous sommes par la disposition de la Providence et dans lequel Dieu nous bénit. Certes, l'enfant d'une pauvre femme laisse là toutes les mères pour se coller au sein de la sienne. De dire que vous avez grande peine à la Mission, hélas ! Monsieur, il n'y a point de condition au monde où il n'y ait rien à souffrir! Quel est l'homme qui ne sent point des contradictions et des difficultés dans la plupart des choses de son état î et il ne pense pas pour cela qu'il sera pliis heureux dans un autre emploi qu'il est dans le sien.

Assurez-vous, Monsieur, que c'est ici une ruse du diable, pour vous détourner du bien que vous faites pour l'Église. C'est sa finesse de faire entrevoir aux gens de bien une plus grande perfection, pour leur faire quitter celle où Dieu les veut. Demeurez donc constamment dans votre état, et assurez-vous bien que votre vocation opérera votre sanctification et enfin votre glorification. Faites-moi savoir ce qu'il faut faire pour vous conforter là dedans; car si (juelqu'un des nôtres trouble votre repos, nous vous enverrons quelque autre en sa place. Je vous prie de faire une

heure d'oraison sur ce que je vous dis, et de me dire les sentiments que Dieu vous donne, etc.

io8. — A Mo» INGOLI.

Annonce d*an missionnaire pour la coadjutorerie de Babylone.

1" avril 1647.

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre de laquelle il a plu à Votre Éminence Illustrissime m'honorer, avec le respect et la dévotion que Notre-Seigneur me donne pour des prélats de l'Église qui travaillent le plus à l'extension de l'empire de Jésus-Christ par toute la terre, et me suis donné à Dieu pour lui obéir à l'égard du commandement que Votre Éminence Illustrissime me fait, de destiner quelqu'un de la Compagnie pour la coadjutorerie de Babylone. N'ayant pu trouver aucun externe en qui les qualités requises me paraissaient, qui ait voulu ou pu entreprendre cette bonne œuvre, celui que je destine à cet effet, Monseigneur, est l'un des deux assistants que la Compagnie m'a donnés pour me servir de conseillers en la direction d'icelle, en qui il a plu à la divine bonté mettre à peu près toutes les qualités requises à ce saint ministère, ce me semble. Je vous avoue, Monseigneur, que la privation de cette personne est m'arracher un œil et me couper moimême l'un de mes bras. Mais la pensée qu'Abraham s'est mis en état de sacrifier son fils unique, et que le Père éternel nous a donné son Fils unique, et la dévotion que Notre- Seigneur m'a inspirée au pouvoir qu'il a donné à son Église, et qui réside en la personne de notre Saint-Père, qui est d'envoyer ad gentes, et à l'obligation que par conséquent et relativement les ecclésiastiques ont d'aller où il les envoie, c'est ce qui me fait voir la volonté de Dieu, qui est que nous nous privions de deçà de ce sien serviteur pour l'envoyer de

delà, et me fait résoudre à destiner ce bon missionnaire pour cette bonne œuvre, et à m'offrir moi-même, si j'en étais digne.

Voilà, Monseigneur, la disposition en laquelle nous sommes pour cette affaire, de laquelle j'espère parler à la reine et à monseigneur le cardinal pour savoir l'intention de Sa Majesté sur cela, de laquelle. Monseigneur, je donnerai avis à Votre Éminence Illustrissime, à laquelle j'offre l'obéissance de notre petite Compagnie et la mienne, etc.

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