DE NANTES U
Excellence de leur vocation. — Motifs de se perfectionner dans les vertus de leur saint état. — Utilité des tentations, en particulier de celles qui viennent de l'intérieur de la famille. — Moyens d'en triompher.
24 avril 1647.
Mes chères soeurs,
Je ne pense jamais à vous, ni au bonheur que vous avez d'être filles de la Charité et d'être employées des premières, au lieu où vous êtes, pour l'assistance des pauvres, qu'avec consolation. Mais quand j'entends dire que vous vivez en vraies filles de Dieu, qui est à dire, en vraies filles de la Charité, c'est ce qui m'augmente la consolation jusqu'à un point qu'il n'y a que Dieu seul qui vous le puisse faire comprendre. Continuez, mes chères soeurs, et perfectionnez-vous de plus en plus dans votre état ; voici les raisons qui vous y doivent porter. C'est premièrement la sainteté de votre état qui consiste à être vraies filles de Dieu, épouses de son Fils et vraies mères des pauvres. Et cet état, mes chères soeurs, est si grand, que l'entendement humain ne peut comprendre rien de plus grand en une pauvre créature sur la terre.
La seconde raison est en ce que, pour vous élever à ce
I. La fondation de Nantes avait eu lieu Tannée précédente, en 1646.
bonheur, Dieu vous a tirées de la masse corrompue du monde.
La troisième est la fidélité que vous avez eue à correspondre à la sainte inspiration que Notre-Seigneur vous a donnée pour vous y appeler; Tardeur avec laquelle vous avez demandé au commencement d'y être reçues; les résolutions que vous prîtes, pour lors, d'y vivre et d'y mourir saintement.
En quatrième lieu, mes chères filles, la bénédiction qu'il a plu à Dieu de donner à vos exercices de dévotion et à l'assistance des pauvres ; tant de bons exemples que vous avez donnés au dedans de la maison ; tant de bonnes filles que vous avez attirées, qui y vivent saintement ; tant de pauvres malades que vous menez à une bonne vie, et tant d'autres que vous avez réconciliés à Dieu par vos bons conseils dans leurs maladies, et encore bien d'autres qui sont maintenant bienheureux au ciel et prient incessamment pour la sanctification de vos chères âmes. Ce sont là, mes chères sœurs, des raisons (entre une infinité d'autres que plusieurs rames de papier ne pourraient contenir) qui vous doivent animer de plus en plus à persévérer et à vous perfectionner dans votre sainte vocation.
Il me semble, mes chères sœurs, que vous dites toutes que vous le voudriez bien, mais que vous êtes agitées d'une infinité de tentations qui vous accablent. A quoi je réponds, mes chères sœurs, que toutes ces tentations vous sont envoyées ou permises de Dieu, pour les mêmes raisons qu'il a envoyé et permis à son Fils celles qu'il a souffertes, qui ont été pour donner des preuves de son amour infini pour la gloire de son Père et pour la sanctification de son Église.
Oui, mais il me semble, direz-vous, que tant d'autres bonnes âmes qui sont dans le monde et dans les religions %