‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 116 sur 267 · I. Communautés religieuses · texte numérisé non relu

I. Communautés religieuses

ne sont pas peinées intérieurement au point que vous Têtes. Or je vous réponds qu'il n'y a point d'âmes sur la terre qui fassent profession d'être tout à Dieu et à ses pauvres membres, qui ne souffrent autant de peines intérieures et extérieures comme vous faites, car c'est un arrêt donné de Dieu, non contre, mais en faveur des bonnes et saintes âmes, que toutes, tant qu'elles seront, souffriront tentations et persécutions.

Bah ! me direz-vous, mes chères sœurs, qu'on soit tenté parfois, mais que ce soit toujours et en tous lieux, et par quasi toutes les personnes avec lesquelles je vis, cela m'est insupportable.

Le bon plaisir de Dieu est, mes chères sœurs, que ces bénites âmes d'élite, qu'il chérit tant, soient tentées et affligées tous les jours ; et c'est ce qu'il nous montre et à quoi il nous exhorte, quand il dit dans l'Evangile que ceux qui veulent aller après lui, il faut qu'ils renoncent à eux-mêmes, qu'ils portent la croix, qui est à dire qu'ils souffrent affliction tous les jours. Pesez ce mot de tous les jours^ mes chères sœurs.

Je supporte cela volontiers des personnes externes, Monsieur, direz-vous; mais que ce soit de mes propres sœurs, qui me devraient être à consolation, et qui me sont à peine, à croix et à affliction, et cela en tout ce qu'elles disent, en tout ce qu'elles font et ne font pas ?

Hélas ! mes chères sœurs, de qui souffrirons-nous, que de ceux avec qui nous sommes ? Sera-ce des personnes qui sont éloignées, de celles que nous n'avons vues et ne verrons jamais ? De qui souffre le membre d'un corps, si ce n'est par le mal que lui fait souffrir un autre membre ? De qui et par qui Notre-Seigneur a-t-il souffert, si ce n'est par ses apôtres, par ses disciples et par les peuples parmi lesquels il vivait, qui étaient le peuple de Dieu ? Un bon homme, se confessant

un jour, disait à son confesseur qui lui demandait quel usage il faisait des afflictions qu'il recevait du côté du prochain : « Hélas! mon père, je ne souffre rien de ce côté-là; depuis que ma femme et mes enfants sont morts, je suis tout seul et ne me saurais fâcher contre personne, quand je voudrais. » C'est pour vous dire, mes chères sœurs, que nos croix de tous les jours, du côté du prochain, ne nous peuvent arriver que du côté de ceux avec qui nous vivons.

Eh bien ! me direz-vous, je supporte plus volontiers les peines qui m'arrivent de la part de mes sœurs, que quand elles viennent du côté de notre sœur servante ; sa froideur, ses incommodités, sa taciturnité, et de ce qu'elle ne me dit jamais une parole gracieuse, et si elle me parle c'est toujours avec une parole sèche et fâcheuse, c'est ce que je ne puis supporter et qui me fait chercher ma consolation parmi quelques-unes de nos sœurs qui ont la même peine que moi, et qui me fait entretenir le plus que je puis avec mon confesseur, et dire mes peines à des externes.

A cela je réponds, mes chères sœurs, que nous sommes bien faibles et malades, puisque nous avons besoin d'être flattés de nos supérieurs dans tout ce qu'ils disent et ordonnent ; et que tant s'en faut que les filles de la Charité doivent afifecter * ces caresses comme avantageuses, qu'au contraire elles ont raison de penser, quand la sœur servante les caresse, qu'elle les traite en enfants ou en malades. Notre-Seigneur conduisait les siens d'une manière ferme et sèche et quelquefois avec de grosses paroles et injurieuses en apparence, jusqu'à en traiter quelques-uns d'hypocrites et d'autres de Satan ; et d'autres fois il prit des cordes et frappa sur ceux qui vendaient à la porte du Temple; et qui plus est, il ne leur prédisait que des maux et des afflictions extrêmes qui leur devaient arriver. Et après cela, nous voudrons être flattés de

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