‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 117 sur 267 · IO · texte numérisé non relu

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nos supérieurs, et nous nous retirerons d*eux comme fit ce malheureux qui trahit Notre-Seigneur, pour faire bande à part avec quelques mécontents et avec nos confesseurs? Oh! mes très chères sœurs, Dieu nous en garde I

Il me semble, mes très chères sœurs, que vous me dites que vous n'êtes pas tombées dans ce malheureux état, par la grâce de Dieu, ou que vous me demandez quelques avis, si vous y êtes tombées, et pour vous réunir à votre chef et à chaque membre de votre famille, et par conséquent à Notre- Seigneur, qui ne souffre point de désunion avec lui ou avec celles qui le représentent, qui sont ses membres.

Si vous n'êtes pas tombées dans ce misérable état, j'en rends grâces à Dieu et m'en vais célébrer pour cela ; mais si vous y êtes tombées, voici, mes chères sœurs, les moyens de vous en retirer avec l'aide de Dieu, que je vais lui demander à la sainte messe pour cet effet.

Le premier moyen est de faire votre oraison deux ou trois fois sur ce que je vous écris, dont la première se fera sur la première partie de cette lettre, la deuxième sur la deuxième, et la troisième sur la troisième.

Le deuxième moyen est de vous confesser toutes à M. N... de toutes les fautes que vous avez faites en cela, non seulement depuis votre dernière confession, mais encore depuis que vous êtes à Nantes, et de vous résoudre à bien prendre les bons avis qu'il vous donnera et à les bien accomplir.

Le troisième est de vous embrasser toutes après la sainte communion et vous entre-demander pardon les unes aux autres, et vous entre-donner les cœurs.

Le quatrième, de faire votre oraison une fois tous les mois, un an durant, sur le même sujet.

Le cinquième est de ne pas suivre le mouvement de votre affection au choix des sœurs avec lesquelles vous vous entretiendrez, et de fuir plutôt la communication de celles pour

qui vous auriez plus d'inclination, pour vous lier avec les autres.

Le sixième, de ne point parler à votre confesseur hors du confessionnal, si ce n'est une parole ou deux, pour des choses nécessaires et non autrement, faisant en ce cas comme font les autres sœurs de notre maison de Paris, avec leurs confesseurs de Saint-Lazare.

Le septième, de m'écrire chacune les sentiments que Notre-Seigneur lui aura donnés ensuite de vos trois oraisons et de la confession et de la communion que vous ferez à cet «ffet, comme je vous ai dit.

Le huitième, que la supérieure écrive à M"* Le Gras tous les mois le progrès de sa famille en ces pratiques.

Et le dernier moyen est que vous fassiez votre communication intérieure à M. N... tous les mois, notamment touchant les défauts contre les choses ci-dessus.

Voilà, mes chères sœurs, mes petites pensées sur le sujet que vous avez de louer Dieu de votre vocation, d'y persévérer et de vous y perfectionner, et voire même un mémoire des défauts dans lesquels une fille de la Charité peut tomber en son nouvel établissement, et les moyens d'y remédier. ^

Je vous supplie très humblement, mes chères sœurs, d'agréer ce que je vous en dis pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, etc.

iio. —A M. D'HORGNY,

PRÊTRE DE LA MISSION, A ROME

Indécision au sujet de Tévêchô de Babylone, proposé par le Pape i la Congrégation.

2 mai 1647.

Monsieur,

Je ne cherche que la volonté de Dieu, comme vous pouvez penser, en l'affaire de Perse j je vous en ai écrit toutes les

particularités; j'ai fait ce que j'ai pu pour avoir quelque externe pour l'évêché de Babylone qui nous est offert, et nul n'y veut entendre ou ne le peut, par la disposition de sa personne, ou par sa condition, ou par l'état de ses affaires. Cette œuvre me semble fort importante à la gloire de Dieu ; il nous y appelle par le Pape, qui seul a le pouvoir d'envoyer ad gentes^ et auquel il y a conscience de ne pas obéir. Je me sens pressé intérieurement de le faire, dans la pensée qu'en vain ce pouvoir que Dieu a donné à son Église, d'envoyer annoncer l'Évangile par toute la terre, résiderait en la personne de son chef, si relativement ses sujets n'étaient obligés d'aller aux lieux où il envoie travailler à l'extension de l'empire de Jésus-Christ.

De plus (peut-être que je me trompe), je crains bien fort que Dieu permette l'anéantissement de l'Église en Europe, à cause de nos mœurs corrompues, de tant de diverses et étranges opinions que nous voyons s'élever de tous côtés, et du peu de progrès que font ceux qui s'emploient pour tâcher de remédier à tous ces maux-là. Les opinions nouvelles font un tel ravage, qu'il semble que la moitié du monde soit làdedans ; et il est à craindre que s'il s'élevait quelque parti dans le royaume, il n'entreprît la protection de celles-ci. Que ne devons-nous pas craindre à la vue de tout cela. Monsieur, et que ne devons-nous pas faire pour sauver l'épouse de Jésus-Christ de ce naufrage ? Si nous ne pensons à tout cela autant que fit Noé à la conservation du genre humain dans le déluge universel, nous contribuerons au moins aux moyens dont Dieu se pourra servir, pour la conservation de son Église, en mettant, comme la pauvre veuve, un denier dans le tronc. Et quand je me tromperais, comme je le veux espérer de la sagesse de Dieu, qui semble vouloir perdre pour mieux sauver, nous ferons un sacrifice à Dieu C3mme Abraham qui, au lieu d'Isaac, sacrifia un mouton.

dans la sainte ignorance de la fin pour laquelle il semblait vouloir le premier pour avoir le dernier.

Ces motifs et plusieurs autres m'ont fait résoudre à cette sainte entreprise, et à passer par-dessus la considération du peu d'ouvriers que nous sommes, et du besoin que nous avons ici de celui que nous destinons pour ce lieu-là; et ce qui me détermine dans cette difficulté est la vue du sacrifice qu'Abraham se proposait de faire de son fils, quoiqu'il n'eût que celui-là, et qu'il sût que Dieu l'avait destiné pour être la souche de la bénédiction de son peuple.

J'ai encore passé par-dessus le danger qu'il y a que cet exemple ne donne sujet à quelques personnes de la Compagnie d'ambitionner les prélatures, ayant estimé que l'éloignement du lieu dont il s'agit, les risques qu'on y court en y allant et en y résidant, et l'humilité apostolique selon laquelle pourra se comporter celui qui est destiné pour cela, qui sera comme celle des évêques d'Irlande, ôteront le sujet d'ambitionner ces emplois et plusieurs autres inconvénients.

On dira peut-être que si l'évêque ne marche en ce pays-là in magnis^ la cour du prince, les chrétiens et les religieux l'auront à mépris, et qu'il ne s'autorisera pas au point que Sa Sainteté prétend peut-être, pour négocier, avec la bienséance requise, la liaison avec le roi de France et ce princelà contre l'ennemi commun des chrétiens.

A quoi je réponds que j'espère qu'il suppléera au défaut de cet état pompeux et brillant par la vertu; et que les évêques arméniens qui sont de delà, et qui ne paraissent, non plus que leur patriarche, que comme les simples prêtres de deçà, n'auront pas tant d'aversion pour notre évêque comme s'ils le voyaient pompeux; tant parce que Notre- Seigneur et les saints apôtres ont renoncé et fait renoncer tous les chrétiens à la pompe, que parce que quasi naturellement les chrétiens se prennent garde de la différence qu'il

y a de cet état pompeux à celui de Jésus-Christ humilié, et s'en scandalisent.

De dire si ce sera M. Lambert que je regarde pour cet emploi, il est vrai que j'y ai pensé, mais je ne m'y suis pas résolu ; et quoique je lui aie parlé du dessein en général et pris son avis pour cela, et que souvent il s'offre d'aller aux extrémités de la terre si on l'y envoie, je ne lui ai jamais dit que j'aie aucune pensée sur lui, et il n'en sait encore rien.

Pour le temporel, cet évêché a neuf cents écus de revenu, et afin que l'ancien évêque, qui en jouit et ne réside pas, en transporte la moitié à son successeur, on lui donnera d'ailleurs treize ou quatorze cents livres en bénéfice ou pension viagère, pour le dédommager de cette moitié.

Voilà l'état de l'affaire. Je suspendrai néanmoins la résolution jusqu'à ce que j'aie vu ce que vous me voulez écrire sur cela, à dessein de donner les mains à vos raisons si elles sont meilleures que les miennes, etc.

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