III. — A M. D^HORGNY
PRÊTRE DE LA MISSION, A ROME
Il espère que Dieu donnera i la Compagnie des sujets capables de la conduire.
9 mat 1647.
Monsieur,
J'avoue que les supériorités de nos maisons ne sont pas bien remplies, mais assurez-vous que c'est ce qui arrive d'ordinaire aux compagnies naissantes, et que celle des Jésuites, hors les neuf premiers pères et quelque petit nombre d'autres, étaient en pareil état au commencement. La grâce imite la nature en plusieurs choses, laquelle les fait naître brutes et mal agréables; mais, avec le temps, elle les perfectionne. Qui aurait dit que le peu de science, la
pauvreté de biens et de condition et la sainte rusticité des prélats du premier siècle de l'Église eussent fait ce qu'ils ont fait ? Et qui aurait pensé que notre chétive Compagnie, qui n'est qu'un avorton des autres de l'Église, fît ce qu'il plaît à Dieu de faire par elle, non seulement en France, mais aux pays étrangers ? C'est une chose admirable la bénédiaion que Notre-Seigneur donne à nos missionnaires d'Hybernie, de Gênes, de Tunis et d'Alger. Or, cela se faisant par la grâce que Dieu a donnée à la même Compagnie, nous avons sujet d'espérer que sa divine bonté lui donnera aussi des sujets comme il les faut pour la conduire. Ce qui étant ainsi , nous ne devons pas juger des desseins de Dieu sur elle selon le raisonnement humain, à quoi néanmoins nos petits esprits s'attachent.