A M. ALMERAS
SUPÉRIEUR A ROMeI.
Il lai donne quelques avis pour la conduite de sa maison.
10 mai 1647.
Monsieur,
Je loue Dieu de ce que vous êtes arrivé en parfaite santé, et je le prie qu'il vous donne son esprit de direction pour la conduite de la Compagnie de delà. Oh ! que je souhaite qu'elle soit éloignée des maximes du monde et entreprise avec un entier abandon entre les mains de la providence de Dieu ! Quand je pense parfois à celle qui a été tenue de deçà, j'ai une consolation toute sensible de ce qu'il me semble que l'on a tâché de suivre la même providence en toute la petite conduite, en sorte que l'on ne s'appuie non plus sur les moyens humains que sur des roseaux ; et je vous puis dire,
I. M. Aimeras remplaça M. d'Horgny comme supérieur de la maison de Rome jusqu'en 1 65 1 .
Monsieur, que je n'y crois non plus qu'à notre ennemi ; et si la Compagnie m'en croit, jamais elle n'en usera autrement. Oh ! quel bonheur de ne vouloir que ce que Dieu veut, de ne faire rien que selon que la Providence en présente l'occasion, et de n'avoir rien que ce que Dieu nous a donné par sa providence !
L'esprit humain vous dira que ce n'est pas à Rome comme ailleurs ; qu'il faut s'insinuer, qu'il se faut rendre considérable, qu'il se faut autoriser, qu'il faut agir humainement avec les humains et se servir avec eux de moyens humains ; mais ne le croyez pas, Monsieur ; toutes ces maximes portent à faux à l'égard de notre Congrégation, que Notre-Seigneur s'est suscitée, qu'il anime de ses maximes et laquelle prétend agir selon son esprit. Ce que je vous dis semble paradoxe : assurez-vous, Monsieur, que l'expérience vous le fera voir, etc.
ii3. — A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Il lai expose les motifs qui le déterminent à renoncer i la conduite de la Visitation.
19 mai 1647.
Ma chère Sœur,
Je loue Dieu de ce que vous me dites de la disposition de notre Mère et de ce qu'elle me mande qu'elle ne fera rien à Chartres si ses filles ne l'en prient de la bonne sorte, et pour ce qui est de la province, je regarderai la résolution qui y sera prise comme venant de Dieu.
Quant à ce que vous me dites d'aller chez vous pour assister à votre conférence avant que votre Mère vienne, c'est de quoi, ma chère sœur, je vous prie de m'excuser, à cause que je scandaliserais nos gens si je sortais pendant la retraite ; je vais plus avant, ma chère sœur, et vous prie de faire mes excuses à votre Mère et à votre chère Communauté, si je
n'ai le bonheur de lui continuer mes petits services, tant parce que cette retraite m'a fait voir clair comme le jour que je suis en retard envers notre Compagnie, pour m'être appliqué à d'autres soins qu'aux siens, dont j'aurai à rendre compte devant Dieu.
Il y a encore une autre raison qui ne me presse pas moins, c'est que la Compagnie a pour règle de ne se pas appliquer au soin des religieuses, pour se réserver entièrement au service des pauvres gens des champs ; et cependant me voilà dans la contravention à cette régie ; et parce qu'après moi il est à craindre que l'on ne regarde pas tant la teneur des règles que la façon que j'en aurais usé, c'est ce qui m'oblige consciencieusement à me retirer; que si j'en ai usé autrement, ce n'a pas été sans syndérèse ; et si j'ai de plus grands embarras, j'espère que Notre-Seigneur m'en délivrera aussi : il y a tant d'autres personnes à Paris, qui vous serviront avec bénédiction ; voilà encore M. Ferret " qui va venir pour être curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et voilà encore M. Abelly : ce sont des gens qui vous serviront dans l'esprit de notre bon Père et avec plus de grâce que moi incomparablement, et je m'offre même à les en prier, à condition que votre Mère ni vous ne m'écrirez point, ni ne me ferez écrire ni parler par personne pour reprendre l'emploi, et que vous me dispenserez d'aller chez vous, ayant pris résolution de n'y plus retourner; vous protestant, ma chère sœur, que ce n'est point par aucun mécontentement (je vous en assure devant Dieu), mais que c'est par principe de conscience, pour les raisons que je vous ai dites. Vous n'avez eu que trop de charité et de support pour mes misères ; je prie Notre-Seigneur qu'il vous en récompense et qu'il me pardonne les fautes que j'y ai faites ; et assurez- vous, ma chère
I. M. Ferret fut nommé curé de Saint-NicolaS'du-Chardonnet en mars
sœur, que je vous honorerai et chérirai en Notre-Seigneur autant et plus que jamais, et que je vous serai à la vie et à la mort, etc.