‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 143 sur 267 · I. Matth. z · texte numérisé non relu

I. Matth. z

travaillent le plus ont cependant moins 'de peine que n'en a un curé de campagne qui fait bien son devoir.

Si Ton vous objecte que vous êtes plus obligé aux âmes de vos proches qu'à des étrangers, dites hardiment qu'une mission que vous procurerez à leur paroisse leur fera plus de bien pendant un mois ou trois semaines que vous ne sauriez faire parmi eux en toute votre vie, parce que la hantise diminue Testime et Tôte souvent tout à fait; et alors on est incapable de faire aucun fruit : c'est pour cela que rarement on est prophète en son pays. Aussi Notre-Seigneur ne retourna qu'une fois à Nazareth ; et cette fois-là, les habitants le voulurent précipiter du haut d'un rocher en bas, ce qu'il permit peut-être pour apprendre aux ouvriers cvangéliques qu'ils sont en danger, retournant chez eux, de déchoir de la haute estime où leurs œuvres les ont élevés et de tomber dans quelques honteux désordres. Pour cela encore, ne voulut-il pas que deux des disciples retournassent chez leurs parents, lorsqu'ils lui demandèrent congé, l'un d'aller enterrer son père, l'autre d'aller vendre son bien pour le distribuer aux pauvres.

Si vous dites que vous êtes obligé d'aller assister votre mère, cela est vrai dans un seul cas, qui est qu'elle fût dans la disette des choses nécessaires à la vie et que, sans votre secours, elle fût en danger de mourir de faim ; mais, grâce à Dieu, elle est assez accommodée des biens de ce monde et se peut passer de vous à l'avenir, ainsi qu'elle a fait par le passé.

Mais j'empêcherai, me direz- vous, les procès et les divisions dans la famille : c'est une question. Monsieur, si vous le feriez; vous devriez plutôt craindre que votre mère, vos frères ou vos sœurs ne vous attirassent à leurs passions et ne vous embarrassassent avec eux dans les intérêts temporels, ce qui n'arrive que trop aux ecclésiastiques qui s'en veulent mêler.

Vous pouvez ajouter que vous êtes déjà engagé à ce bénéfice, et que M. N., qui vous Ta confié, trouverait mauvais si, après l'avoir accepté, vous veniez à vous en dédire; certes. Monsieur, il vaut mieux manquer à un homme que de faillir envers Dieu, puisque vous ne pouvez satisfaire à tous les deux dans cette occasion, ayant déjà renoncé, pour Tamour de ce même Seigneur, à toute sorte de bénéfices ; mais tant s'en faut que ce bon monsieur s'en fâche : il sera très édifié que, pour accomplir votre première résolution, vous lui renvoyiez ses provisions '.

Pour toutes ces raisons, je veux espérer. Monsieur, que tout de nouveau vous vous donnerez à Dieu, pour le servir dans la Compagnie, selon ses desseins éternels, sans plus penser à la cure et à la parenté, que pour vous en éloigner d'effet et d'affection, et pour les recommander à sa miséricorde ; car ainsi sa divine bonté vous continuera ses bénédictions et les répandra sur les âmes qui vous touchent, à cause de vous. Je l'en prie de tout mon cœur.

i33. — AU FRÈRE LÉONARD^.

Il l'engage à offrir à Dieu la fatigue inséparable de Toffice de la cuisine. — Difficultés

et contradictions qui s'y rencontrent.

Cher frère.

Je loue Dieu de vos bonnes dispositions de corps et d'esprit. Je crois bien qu'il vous reste quelque petite incommodité; mais c'est, comme vous dites, pour exercer la patience, sans laquelle on avance peu en la solide vertu. Vous ne la pratiquez pas seulement en cela, mais en faisant toujours le même office, et un office tel que le vôtre, où on n'a jamais fait

1. Provisions, se dit des lettres par lesquelles un bénéfice était dévolu à quelqu^un.

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