I. Mgr Jean d'Estrades, évêque de Condom
publiquement à toute la Compagnie que vous mourriez plutôt que d'en sortir; et voilà qu'à la moindre occasion, où il ne s'agit ni de mort, ni de sang, ni de menaces, vous vous rendez sans une résistance telle que le mérite une promesse faite à Dieu, qui est un Dieu ferme, jaloux de son honneur et qui veut être servi à son gré. Il vous a appelé en la Compagnie, vous n'en doutez pas. Il vous y a même conservé contre les efforts de votre propre père, qui a voulu vous avoir auprès de lui; et vous avez mieux aimé suivre l'Évangile que de le contenter.
Vous avez vécu parmi nous avec édification, de sorte que Notre-Seigneur a toujours été honoré en votre personne. Voulez-vous maintenant vous en dédire, abuser de ses grâces, vous jouer de sa bonté et tomber dans les repentirs où d'autres sont tombés par ce désordre ? Je n'en ai. point vu sortir d'aucune communauté à qui Dieu ait fait les grâces que vous avez reçues de sa bonté, qu'un mois après il n'ait ressenti en sa conscience les reproches de Dieu, et en sa vie mille déplaisirs.
Mais j'ai intention de toujours plaire à Dieu, me direzvous. Hélas! on ne manque jamais de bons prétextes ; et si vous vous examinez bien, vous trouverez que ce n'est pas pour vous rendre meilleur, plus soumis, plus détaché du monde et de vos aises, plus humble, plus mortifié et plus uni au prochain par charité, ainsi qu'il le faut être pour devenir plus agréable à Dieu. Vous pensez néanmoins, mon cher frère, lui faire service et faire votre salut en vous éloignant de la voie de perfection ; c'est un abus. Si déjà vous n'étiez pas entré dans cette voie des parfaits, à la bonne heure; mais saint Paul dit que ceux qui ont été une fois illuminés, et ont goûté la parole de Dieu, s'ils retombent, ne peuvent que très difficilement être renouvelés à pénitence. Comment vous persuadez- vous de vous pouvoir conserver en retournant au
monde, puisque n*y étant pas vous avez tant de peine à vous surmonter ? Je n'appelle pas monde la maison de monseigneur de Gondom ; mais vous n'en seriez pas loin, et peutêtre que vous n'y seriez pas longtemps.
Dieu nous laisse aller de mal en pis quand nous sortons de l'état où il nous a mis. La défunte reine mère fit un jour commandement à monseigneur le cardinal de Bérulle de lui renvoyer un prêtre qui s'était retiré à l'Oratoire. Ce saint personnage lui fit réponse qu'il ne pouvait pas ôter à Dieu un jeune homme qui s'était donné à lui, et qu'il ne voulait pas être responsable de son salut. Je me suis servi de cet exemple envers monseigneur de Condom, afin qu'il m'excuse si Je ne puis consentir à votre retraite. Non, mon cher frère, je ne puis y consentir pour cette raison que ce n'est pas la volonté de Dieu, et qu'il y aurait du risque pour votre chère âme. Si vous croyez le contraire, au moins ne sortez point que par la même porte que vous êtes entré en la Compagnie. Cette porte sont les exercices spirituels, lesquels je vous prie de faire auparavant que de vous résoudre à une séparation de cette importance. Si la maison de la Rose ne vous revient pas, ni celle d'Agen non plus, venez-vous-en à Richelieu. Vous serez bien reçu partout. La bonté de votre cœur a gagné toutes les affections du mien, et ces affections n'ont autre but que la gloire de Dieu et votre sanctification. Vous le voyez ainsi, je le sais bien, et vous savez aussi que je suis, en Notre-Seîgneur, etc.
i38. — A M. ALMÉRAS,
SUPÉRIEUR, A ROME
II indique qae les troubles de la France sont cause du peu de reconnaissance témoignée A un prélat pour de réels services. — Les réponses du Pape seront reçues avec une parfaite obéissance. — Il le félicite d*attendre de Dieu seul le succès de ses démarches. — Mort édifiante d'un frère décédé à Saint-Lazare.
Paris, 10 septembre 1649.
Monsieur,
Vous avez juste sujet de vous exclamer, comme vous le faites, de voir les services de Mgr de Ferentilly si peu reconnus de la France ; mais aussi y a-t-il de quoi excuser monsieur le cardinal, soit à cause des empêchements que les troubles lui ont donnés, que de ceux qui lui restent pour les raisons que je vous ai écrites. Certes ce n'est pas faute de bonne volonté (je lui en ai toujours trouvé beaucoup pour ce bon prélat), mais par impuissance s'il ne le lui témoigne pas.
La dispense de M. de la Haye Aubert, touchant le vicariat d'Aumale, sera scellée au premier jour du sceau, comme j'espère ; je vous ferai savoir ce qu'elle coûtera.
Nous attendons avec patience cette bénite réponse du Pape, et croyons avec foi que la volonté de Dieu nous sera connue par icelle;et partant nous nous y conformerons sans réplique, moyennant sa sainte grâce. Je suis ravi que votre sentiment soit contraire à celui de donner de l'argent pour réussir en cette affaire, et que vous veuillez en attendre le succès de la seule Providence. Mon Dieu, Monsieur, que je souhaite fort que la Compagnie soit fortement établie sur cette maxime qui a la foi pour fondement ! je ne vous ai écrit cette proposition tortue que pour vous dire qu'elle m'avait été suggérée par M. le C. Gr. ; et derechef je vous assure que je suis fort édifié de ce que vous la rejetez.
Je le suis encore beaucoup des stations que vous avez faites
aux sept églises en considération du déshonneur rendu ici au Saint-Sacrement, dont je vous remercie,
M. Duguin ', qui était en Hybernie, est ici depuis quelques jours ; il a laissé à Saint-Méen le frère Patriarche, non encore remis de l'altération de son esprit, pour laquelle M. Brin nous les a renvoyés, bien qu'il s'en trouve mieux notablement. On me mande que ce bon frère, tel qu'il est, est à grande édification à la Compagnie, tant il est cordial, gracieux, agissant et tout à Dieu. Nous venons d'en perdre un quasi semblable : il est mort céans, il n'y a que quatre ou cinq jours, et au bout de dix-huit ou vingt mois qu'il y a été reçu. Toute la communauté le regrette, et moi j'en suis encore affligé, bien qu'en cela et en toute autre chose j'adore de tout mon cœur la conduite de Dieu. Ce bon enfant s'appelait Simon, et était venu du Mans. Je vous prie de prier et de faire prier pour son âme et aussi pour la mienne, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.