T- 144. — A M. ALMÉRAS
SUPÉRIEUR^ A ROME
il répond à quelques faux rapports. — Il relève le courage de M. Aimeras et l'engage à se modérer. — Xi lui recommande de ne recevoir les missionnaires qui se présentent, que s'ils ont leur lettre d'obédience.
i3 janvier i65o.
Monsieur,
Je vous prie d'assurer M. d'Authier de trois choses : i" que je n'ai jamais dit ni fait aucune chose contre lui, ni contre sa sainte congrégation, mais bien le contraire; 2"* que je n'ai point su l'afifaire de M. Deslions qu'après que Mgr le nonce eut mandé à la sacrée congrégation ce qu'il en savait, et que ce fut lui qui me dit la chose; 3" que je ne célèbre jamais la sainte messe que je ne prie Dieu pour sa Compagnie en la préparation et au Mémento^ et que je la nomme toujours à Notre-Seigneur avant la nôtre chétive; et de cela je vous donne pouvoir de lui faire serment devant Dieu, en la présence duquel je vous dis ceci.
Quant à ce que vous dites que la vie vous est ennuyeuse et pesante, certes je n'en- doute pas; car il y a longtemps que vous portez votre croix et que vous combattez la nature, qui, se trouvant abattue, vous cause ce dégoût; mais il ne lui faut pas adhérer : c'est une paresseuse qui craint la peine et qui tend à vous ôter le mérite de la souffrance, laquelle sera d'autant plus lourde. Notre-Seigneur disait lui-même qu'il était triste jusqu'à la mort, se trouvant dans les appréhensions de ce qu'il avait à souffrir. Vous êtes maintenant en état de l'honorer dans ce frémissement de la partie inférieure, ainsi que vous faites toujours, dans la soumission de la supérieure à la volonté du Père éternel.
Puisque vous savez le moyen de vous porter mieux, au nom de Dieu, servez-vous-en : n'entreprenez rien par-dessus vos forces, ne vous empressez point, ne prenez pas trop les choses
à cœur, allez doucement, ne vous appliquez ni longtemps, ni fortement, et enfin déchargez-vous de toute autre chose que de la direction et de ce que vous pourrez faire par divertissement.
Je vous prie de ne recevoir chez vous, ni donner ou prêter de Targent à aucun qui aura été ou que vous penserez être de la Compagnie, s'il n'a son obédience ou lettre expresse de son supérieur. C'est une prière que Je fais à toutes nos maisons pour cause, etc.