AU FRÈRE BARREAU
JI le console et lai prédit sa prochaine délivrance.
Décembre i65o.
Mon cher frère,
Votre dernière lettre, qui est du mois d'octobre, nous a donné de grands sentiments de tendresse et de consolation, voyant que votre patience ne se lasse et ne s'étonne point, mais que vous acquiescez humblement à la peine présente et à tout ce qu'il plaira à Dieu en ordonner pour l'avenir. Nous l'avons déjà remercié d'une si grande grâce, et nous continuerons de lui demander instamment votre délivrance.
Le roi a été absent de Paris pendant six ou sept mois, et à son retour nous avons fait nos efforts pour vous procurer ce bien. Enfin il a été résolu qu'il en sera écrit à Constantinople, et que le roi fera plainte à la Porte de votre emprisonnement, et demandera que les articles de paix et d'alliance accordés par Henri IV avec le Grand Seigneur, en l'année 1 604, soient exécutés ; et ce faisant, que les Turcs aient à cesser leurs courses sur les Français et à rendre les esclaves qu'ils ont; autrement que Sa Majesté se fera justice. Nous tiendrons la main à cette expédition, Dieu aidant; ce sera à sa providence à faire le reste, et j'espère que tout ira bien, si nous nous abandonnons à elle avec confiance et soumission, comme vous faites par sa grâce. Et peut-être qu'elle nous sera si propice que de vous tirer de prison et d'embarras par quelque plus courte voie que celle de Constantinople ; car, ou le pacha qui est votre partie s'adoucira, ou il arrivera quelque changement ou rencontre d'affaires qui produira ce bon effet.