‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 207 sur 267 · A M. DUFOUR · texte numérisé non relu

A M. DUFOUR

PRÊTRE DE LA MISSION, A SEDAN^

11 lui annonce que le départ pour Madagascar est différé. — Il l'engage à s'/ préparer. — Les pouvoirs sont arrivés de Rome; il doit donc ne plus penser à se faire chartreux. — A raison du danger, il le dissuade d'un pèlerinage à J^iesse.

24 avril i652.

Monsieur,

L'embarquement pour Madagascar est encore différé jusqu'au mois de septembre ; puisque nous avons tant attendu, nous attendrons bien encore quatre ou cinq mois : un grand bien mérite d'être longtemps désiré. Et vous qui avez reçu de Dieu beaucoup d'attrait pour cette mission, et qui vous êtes offert à lui pour l'entreprendre, devez vous conserver dans la même disposition, tant parce que c'est là une marque de vocation, qu'à cause que la Compagnie vous y a destiné dès le commencement et qu'elle vous y destine encore, ce qui est une seconde marque ; et pour vous en dire une troisième, c'est que non seulement vous avez été nommé à Rome, comme

I. Précédemment à Saintes, il était venu à Paris pour se disposer à s'embarquer pour Madagascar, ce qui n'eut lieu que deux '^n^ .1 — :3.

je vous ai ci-devant écrit, mais on vous a envoyé les facutés qu'on a coutume de donner à ceux qui vont travailler à la conversion des infidèles, et nous vous les gardons ici. Après cela. Monsieur, il n'y a pas lieu de douter que le bon Dieu ne s'attende à vous pour une œuvre si sainte. Vous ferez donc bien de vous en tenir à la résolution que vous avez prise de ne plus songer aux Chartreux, d'autant plus que vous m'écrivez que, s'il y avait plus du bon plaisir divin à vous faire artisan que de passer dans ce saint ordre, vous le feriez volontiers, tant vous avez de respect et d'amour pour l'adorable volonté de Dieu.

Offrez -vous à lui de nouveau, comme un ouvrier qu'il appelle à un emploi le plus relevé, le plus utile et . le plus sanctifiant qui soit sur la terre, tel qu'est celui d'attirer les âmes à la connaissance de Jésus-Christ et d'aller étendre son empire aux lieux où le démon règne depuis si longtemps. Les apôtres et plusieurs grands saints se sont estimés bien heureux de se consumer pour cela. Nous voyons même présentement quantité de religieux qui sortent de leur cloître, et quantité d'ecclésiastiques de leur pays, pour aller prêcher l'Évangile aux infidèles; et s'il ne s'en trouvait pas, il faudrait faire quitter la solitude aux chartreux pour les y envoyer. Et partant. Monsieur, je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, d'attendre en patience que l'heure vienne, à laquelle il a marqué votre départ. Cependant vous servez Dieu fort utilement là où vous êtes; et s'il ne vous le semble pas, c'est tant mieux; je ne laisse pas de m'en consoler grandement, dans la connaissance que j'en ai, et la Compagnie en est fort édifiée : continuez seulement à faire comme vous avez fait. Si cette manière de vie est moins agréable à votre esprit que ne serait celle de la retraite, vous la devez chérir d'autant plus qu'elle plaît davantage à Notre-Seigneur, en tant qu'il

y a plus de son amour que de votre propre satisfaction.

La bonne volonté que vous avez témoignée à Notre-Seigneur et à sa glorieuse Mère sera réputée pour l'effet, si, au lieu d'aller à Notre-Dame-de-Liesse, vous leur faites, dans Sedan, les remerciements et les prières que vous avez dévotion de leur offrir pour les grâces reçues et désirées. Ce qui m'oblige à vous dissuader de ce petit pèlerinage, sont les dangers qui se trouvent présentement partout.

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