A UN PRÊTRE DU SÉMINAIRE
Il ne faut pas s*étonner si l'on ressent quelque fatigue de Tapplication de l'esprit i Toraison. — Un moyen facile et doux est de se tenir simplement en la présence de Dieu. — Il lui demande si les prédications le fatiguent, et remet à la fête de l'Assomption la décision à porter sur son retour à la Compagnie.
21 mai i652.
Monsieur,
Je n'ai point de peine à croire que vous affectionnez toujours notre Compagnie et ses emplois; vos déportements passés me l'ont trop persuadé. Je respecte aussi le sentiment du religieux qui vous a dit que ce serait tentation si, pour les difficultés que vous avez à l'oraison, vous vous désistiez d'être missionnaire. Car il est vrai que dans toutes les communautés il se trouve plusieurs personnes, et souvent les meilleures, qui ne se peuvent appliquer à la méditation où l'on se sert de l'imagination ou du raisonnement, parce que cela les incommode. Mais le bienheureux évêque de Genève a enseigné à ses religieuses une autre sorte d'oraison, que les malades même peuvent faire : c'est de se tenir doucement devant Dieu et lui montrer ses besoins, sans autre application d'esprit, comme un pauvre qui découvre ses ulcères et qui, par ce moyen, excite plus puissamment les passants à lui faire du bien que s'il se rompait la tête à force de leur persuader sa nécessité. On fait donc une bonne oraison, se tenant ainsi en la présence de Dieu, sans aucun effort de l'entendement ni de
la volonté;. et selon cela, vous ferez bien d'écouter Dieu sur le mouvement que vous sentez de revenir.
Je voudrais seulement savoir comment vous vous trouvez des prédications et catéchismes que vous faites et des confessions que vous entendez ; d'autant que si vous n'en êtes pas pas incommodé c'est un fort bon signe. Demandez à Dieu, s'il vous plaît, Monsieur, qu'il vous fasse connaître ce qu'il désire de vous; entreprenez quelque dévotion particulière pour cela, et tâchez de vous mettre dans la plus grande indifférence que vous pourrez, afin d'être plus prêt à suivre son attrait et sa volonté dans une action si importante ; et après la Notre-Dame d'août prochain, vous me manderez en quelle disposition vous serez, afin que nous avisions s'il sera expédient pour vous et pour la Compagnie, que vous y retourniez, etc.