A M. VAGEOT
SUPERIEUR, A SAINTES
Il le félicite des ressources qui lui Tiennent principalement de la libéralité de Mgr de La Rochelle. — II le charge d'annoncer à M. Rivet la mort de son père. — L'état de Paris est toujours pitoyable, la misère y est extrême, » Nouvelles de la Compagnie.
Paris, 22 mai 16S2.
Votre lettre du 24 avril m'a donné de nouveaux sujets de rendre grâces à Dieu de toutes celles qu'il vous fait, comme je fais avec grand sentiment de reconnaissance et de souhait qu'il vous continue sa protection : c'est ce que je lui demande souvent et lui fais demander par la Compagnie, à laquelle j'ai fait part des faveurs dont il a béni vos conduites; je le remercie aussi de ce que, nonobstant les misères du temps, il vous a fait toucher de l'argent, et vous donne l'espérance
I. M. Philippe 'Vageot, né à Bellegarde, diocèse de Besançon, en 1624; reçu à Paris le 3 mai 1645.
d'en recevoir d'autre bientôt. II faut avouer que monseigneur de La Rochelle nous est bien bon, et d'une bonté qui ressemble à celle de Dieu, lequel, ayant commencé de faire du bien à une personne, continue de lui en faire incessamment. Quand j'aurai occasion de nie donner l'honneur de lui écrire, je le remercierai des charités qu'il vous départ à toute rencontre.
Il a plu à Dieu de disposer du père du bon M. Rivet; je vous prie, avant de lui en donner la nouvelle, de le disposer à la bien recevoir. Une raison qui le doit consoler, outre celle de sa bonne vie (car il était fort homme de bien, et par conséquent il est maintenant bien heureux, comme nous avons sujet de le croire), c'est qu'il est hors des incommodités de ce monde, dans lesquelles il était assez avant, tant à l'égard des biens que pour les infirmités qu'il souffrait.
Nous sommes ici dans les troubles plus que jamais ; Paris fourmille de pauvres, à cause que. les armées ont contraint les pauvres gens des campagnes de s'y venir réfugier. On fait tous les jours des assemblées pour tâcher de les assister ; on a loué quelques maisons dans les faubourgs, où l'on en retire une partie, particulièrement les pauvres filles. On ne laisse pas pour cela d'assister encore les deux frontières de Champagne et de Picardie, et nous y avons toujours dix ou douze personnes. Pour d'autres nouvelles, nous n'en avons pas qui méritent de vous être écrites : la Compagnie va son train, grâce à Dieu, pour la santé et pour les exercices. L'établissement de Pologne va de mieux en mieux. On y demande des filles de la Charité et encore un de nos prêtres pour y distribuer les aumônes de la reine en une province ruinée.
Je suis pressé et ne puis vous dire autre chose. J'embrasse tendrement le bon M. Rivet, et vous. Monsieur, à qui je suis, en Notre-Seigneur, etc.