‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 216 sur 267 · DOCTEUR DE SORBONNE, A ROME · texte numérisé non relu

DOCTEUR DE SORBONNE, A ROME

I II 1m engage à se ménager pour conserver leurs forces. — Les esprits sont détournés

!• des questions théologiques par le fléau de la guerre; cependant le parti a fait

circuler une lettre de saint Prosper qu'il a falsifiée dans son sens» — On a descendu ^ la châsse de sainte Geneviève, et avant le huitième jour le duc de Lorraine est parti

avec son armée. — Détresse extrême dans Paris.

21 juin i652.

Monsieur,

J'ai été grandement consolé d'apprendre par votre lettre que vous êtes heureusement arrivés à Rome avec ces bons messieurs qui sont avec vous ; j'en rends grâces à Dieu et le prie qu'il vous conserve une parfaite santé : à quoi je vous prie aussi de contribuer, Monsieur, vous et eux, en tout ce qui dépend de vos soins, puisqu'il y va de l'intérêt de Dieu en la conservation de trois de ses meilleurs serviteurs employés à la négociation d'une affaire grandement importante. Ne vous pressez pas, s'il vous plaît, et n'allez point pendant la chaleur du jour; Notre-Seigneur aura fort agréable que, pour le mieux servir, vous ménagiez vos forces. Nous tâcherons ici de vous aider de nos prières et de nos petites sollicitudes autant que nous pourrons; et déjà l'on sollicite à la cour pour avoir d'autres lettres, afin de vous les envoyer.

On parle fort peu maintenant de ces questions ; c'est peutêtre à cause que les agitations de la guerre occupent les esprits, et que les misères du temps commencent à se faire sentir. Il est pourtant arrivé une petite rencontre qui a fait remettre ces matières sur le tapis ; c'est que ces gens-là ont fait courir une lettre imprimée .sous cette inscription : Lettre

I. M. Jérôme Lagault, né à Paris, docteur de la maison et société de Sorbonne, mourut en Suisse à son retour de Rome, en i653. Il avait été à Rome avec François Hallier, docteur de Sorbonne et syndic de la faculté de théologie. Ces deux prêtres, amis de saint Vincent, étaient allés combattre les menées des jansinistes. M. Hallier fut sacré, en 1657, évéque de Cavaillon, où il mourut le 22 juillet 1639.

dun évêque à un prêtre^ de laquelle ils ont envoyé des copies à plusieurs personnes dont Je suis une ; mais on a découvert que ce n'est pas une pièce de leur boutique, mais une lettre de saint Prosper, qu'ils ont traduite et accommodée à leur façon. Je ne doute pas que vous ne soyez avertis de toutes choses.

Je vous dirai seulement, au sujet de la descente solennelle de la châsse de sainte Geneviève, et des processions générales qu'on a faites pour demander à Dieu la cessation des souffrances publiques par l'intercession de cette sainte, qu'il ne s'est jamais vu à Paris plus de concours de peuple,* ni de dévotion extérieure. L'effet de cela a été qu'avant le huitième jour le duc de Lorraine, qui avait son armée aux portes de Paris et qui était lui-même dans la ville, a décampé pour s'en retourner en son pays, ayant pris cette résolution sur le point que l'armée du roi allait fondre sur la sienne. On continue aussi depuis à traiter de la paix avec les princes, et l'on espère de la bonté de Dieu qu'elle se fera, d'autant plus qu'on tâche d'apaiser sa justice par de grands biens qui se font à Paris, à l'égard des pauvres honteux et des pauvres gens de la campagne qui s'y sont réfugiés. On donne chaque jour du potage à quatorze ou quinze mille qui mourraient de faim sans ce secours. Et en outre on a retiré les filles en des maisons particulières, au nombre de huit ou neuf cents ; et Ton va enfermer toutes les religieuses réfugiées qui logent par la ville (et quelques-unes, dit-on, en des lieux de soupçon), dans un monastère préparé à cet effet, où elles seront gouvernées par des filles de Sainte-Marie.

Voilà bien des nouvelles. Monsieur, contre la petite maxime où nous sommes de n'en écrire point; mais qui pourrait s'empêcher de publier la grandeur de Dieu et ses miséricordes ? C'est en lui que je suis. Monsieur, votre, etc.

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