‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 231 sur 267 · A UN PÈRE CHARTREUX · texte numérisé non relu

A UN PÈRE CHARTREUX

Il commence par louer Dieu des grâces qu*il lui a accordées; puis il lui donne les raisons pour lesquelles il doit s'affectionner à sa vocation.

Mon Révérend Père,

J'ai lu votre lettre avec respect, et certes avec confusion, à cause que vous vous adressez au plus sensuel et moins spirituel des hommes, et reconnu tel d'un chacun ; je ne laisserai pas néanmoins de vous dire mes petites pensées sur ce que vous me proposez : non par manière d'avis, mais par la pure condescendance que Notre-Seigneur veut que nous rendions à notre prochain, ou pour mieux dire par pure obéissance. Je commencerai donc par vous dire, mon Révérend Père, que j'ai été consolé de voir les attraits que vous avez à l'union parfaite avec Notre-Seigneur, la fidèle correspondance que

vous avez à cela et les caresses dont sa divine bonté vous a souvent prévenu ; de plus, les grandes difficultés et les contradictions que vous avez rencontrées dans les divers états par lesquels vous avez passé, et enfin les filtres d^amour que vous avez pour cette grande maîtresse de la vie spirituelle, sainte Thérèse. Or, encore que cela soit ainsi, je pense, mon Révérend Père, qu'il y a plus de sûreté en la vie commune de votre saint ordre et à vous soumettre à la direction de votre supérieur : I® parce que c'est une maxime que le religieux doit aspirer à s'animer de l'esprit de son ordre (car autrement ce serait être religieux d'un ordre, d'habit seulement, et non d'esprit), et comme le vôtre est reconnu le plus parfait de l'Église, et que pour cela tous les autres peuvent passer aux Chartreux, c'est ainsi que vous avez plus grande obligation de travailler à l'acquisition de cet esprit, et comme l'esprit de votre saint ordre consiste au silence, à la solitude et à l'oraison vocale animée de la mentale, c'est ainsi, mon Révérend Père, que je pense que vous ferez bien de vous donner à Notre-Seigneur pour entrer dans cet esprit ; 2° c'est une maxime que l'esprit de Notre-Scigneur agit doucement et suavement, et celui de la nature et de l'esprit malin agit au contraire âprement et aigrement : or il paraît, par tout ce que vous me dites, que vos allures sont âpres et aigres, et qu'elles vous font tenir tenacement à vos sentiments contre ceux de vos supérieurs, joint d'ailleurs que votre complexion naturelle vous porte à cela, etc.

Page 1