‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 232 sur 267 · A M. BLATIRON · texte numérisé non relu

A M. BLATIRON

SUPéRIEUH^ A GÊNBS^.

Il annonce la mort de M. Guérin et de M. Lambert, et fait l'éloge de ces deux

missionnaires.

23 mars i653.

Monsieur,

Que sa sainte consolation soit en nous tous, pour supporter avec amour les incomparables pertes que la Compagnie vient de faire en deux de ses meilleurs sujets, dont Tun est M. Guérin, supérieur de la maison d'Annecy, duquel Mgr Tévêque de Genève me parle très avantageusement avec les larmes aux yeux et la douleur inexprimable au cœur, c'est son terme; en efifet. Dieu a toujours béni la conduite et les travaux de ce sien serviteur au contentement du dedans et du dehors de la famille. Il est décédé le sixième de ce mois, après neuf jours de maladie. Je vous ai déjà parlé, ce me semble, du décès de feu M. Gurlet ^, comme d*un bon missionnaire, arrivé quelques jours devant en la même maison.

L'autre dont j'ai à vous parler maintenant est le bon M. Lambert ^, qui est allé à Dieu dès le dernier janvier, n'ayant été que trois jours malade, mais d'une maladie si douloureuse, que lui-même disait qu'il ne la pourrait souffrir longtemps sans mourir ; ce qui est arrivé, après avoir reçu tous les sacrements de la main de M. Desdames. Le confesseur de la reine de Pologne ^ me mande qu'il est universellement regretté, et

1. Cette lettre fut envoyée à chacun des supérieurs des maisons de U Congrégation.

2. Claude Gurlet, né à Lyon en 1622; reçu à Paris le 12 juin 1646; mort le 2 février i653.

3. Lambert aux Couteaux, né en 1606 à Broussel, diocèse d^Amiens, entre dans la Congrégation en août 1629, avait rempli avec distinction plusieurs emplois; il avait été question de le nommer évéque en Perse. En i65i, " avait fondé la mission de Pologne.

4. François de Fleury, docteur de Sorbonne, né à Verdun, accomp^g"* **

que, selon les pensées des hommes, il est difficile de trouver un ecclésiastique plus accompli et plus propre pour l'ouvrage de Dieu, et ajoute qu'il pouvait être nommé Dilectus Deo et hominibus, cujus memoria in benedictione est ' ; il cherchait Dieu uniquement, et jamais personne en si peu de temps ne s'était si avancé en l'estime et les bonnes grâces du roi et de la reine que lui ; et jamais personne n'a eu une estime plus universelle ; car partout où il a passé il a répandu une grande odeur de ses vertus. Voilà les sentiments de ce bon docteur; et la reine, qui m'en a écrit une grande lettre de sa main, après m'avoir exprimé sa satisfaction de ses conduites, et son regret de ne l'avoir plus, finit par ces mots : « Enfin, dit-elle, si vous ne m'envoyez un second M. Lambert, je ne sais plus que fait'e. » Ce qui marque la parfaite confiance qu'elle lui avait. Aussi l'a-t-il portée à faire environ cent mille livres d'aumônes, au delà de ce qu'elle eût fait, depuis qu'il a eu l'honneur de l'approcher, à ce que les nôtres me mandent, qui en ont distribué une bonne partie, tant aux pauvres pestiférés de Cracovie et de Varsovie qu'à d'autres malades et pauvres gens abandonnés.

Je ne doute pas. Monsieur, que la privation de ce saint homme, qui afflige toute la Compagnie, et encore plus celle de tous les trois ensemble, ne vous touche sensiblement. Mais quoi ! la conduite de Dieu est admirable et adorable, et nous en devons aimer les effets. C'est ce que nous tâchons de faire en l'accablement de douleur où ces accidents nous ont mis, nous confiant que ces chers défunts nous seront plus utiles au ciel qu'ils n'eussent été sur la terre. Nous sommes après pour remplir leurs places, particulièrement celle de M. Lambert, à cause des besoins extrêmes de ce royaume-là,

reine Marie-Louise de Gonzague quand elle partit pour la Pologne, en 1645. Il revint en France, et mourut en novembre i658.

I . Cher à Dieu et aux hommes, et dont la mémoire est en bénédiction.

où les dispositions sont très bonnes, et où les ouvriers qui restent ne sont pas assez forts. Priez, et faites prier* s'il vous plaît, pour les vivants et pour les morts.

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