CONSUL DE LA NATION FRANÇAISE, EN ALGER
Il lui annonce l'arrivée prochaine d'un viftiteur. — II l'entretient du rachat de plusieurs
captifs, et lui donne des nouvelles de la Compagnie.
Paris, 29 mars i653.
Mon cher frère,
Il y a huit jours que j'écrivis à M. Le Vacher, au sujet d'une lettre de change de mille livres que Mgr Tévêque de La Rochelle nous a fait mettre en main, pour le rachat d'un pauvre vieillard de l'île de Ré, qui est esclave en Alger; et n'ayant pu vous écrire pour lors, je le fais à présent pour vous prier de contribuer de vos soins à la liberté de ce pauvre homme, et pour vous dire que j'ai reçu vos comptes, qui m'ont consolé aussi bien que votre lettre, quoique courte. Je rends grâces à Dieu de vos bonnes conduites dans le ménage et dans les affaires»
J'espère vous envoyer bientôt quelqu'un pour vous visiter et pareillement ceux de Tunis; Mgr l'archevêque d'Arles* nous y oblige aussi, désirant l'employer au rachat de quelques esclaves de son diocèse. M. Duchesne ferait bien cela, et peut-être que ce sera lui que nous choisirons, si toutefois nous le pouvons tirer d'Agde, en Languedoc^ où il commence un séminaire. Je vous prie de nous envoyer à cet effet un passeport du bâcha ou de la douane. Il faudra laisser le nom en blanc, s'il se peut, à cause de l'incertitude de celui qui fera le voyage, et faire mention que c'est pour le rachat de quelques esclaves.
T. Adhémarde Monteil de Grignan, archevêque d^Arles, 1 643-1689.
Avez-vous envoyé à Tunis l'argent que je vous ai adressé pour le rachat de M"' Le Rond, tonnelière ? Si vous ne Tavez pas fait, je vous prie de le faire au plus tôt.
Nous sommes en grande peine au sujet de cinq ou six esclaves pour le rachat desquels je vous ai envoyé des sommes notables, il y a tantôt un an ; et vous m'avez mandé que la barque qui vous les a portées était arrivée à Alger dès le commencement du carême, sans que depuis nous ayons pu savoir ce que vous avez fait, ni en quel état sont les esclaves ; cependant leurs parents, qui ont raison de nous en demander des nouvelles, nous inquiètent un peu, et nous ne savons plus que leur répondre.
J'ai mandé à Bayonne qu'il faut quatre cents piastres pour délivrer Joannes de Mauléon, ainsi que vous m'avez écrit. Et parce que tout ce que ses parents pourront faire sera de lui en fournir cent cinquante, je leur ai proposé de les rendre à Dominique de Campan de Capbreton, qui est arrivé en son pays, au lieu de pareille somme que je vous ai envoyée pour ledit Campan, et dont il nous demande le remboursement, et que vous la mettrez en mains dudit Joannes, qui peut-être trouvera moyen de la faire valoir par quelque petit trafic, pour gagner le reste de sa rançon; ou peut-être que, si l'on va faire de France quelque rédemption en Alger, on lui pourra donner ce qui lui manquera : je n'en ai pas encore reçu la réponse.
Pour nouvelles, nous nous portons bien, grâce à Dieu. Il est vrai que M. Aimeras a pensé mourir en Picardie, où il assistait les pauvres curés d'ornements, d'habits et d'argent, pour les empêcher d'abandonner leurs paroisses ; outre l'assistance qui se donne d'ailleurs au pauvre peuple, pour le soutenir en sa pauvreté, ce qui se fait par quelqu'un de nos frères. Or ledit sieur Aimeras, se trouvant à présent en meilleure dispo.sition, a ordre de se venir remettre ici. M. d'Horgny
conduit le collège des Bons-Enfants, et M. Cornuel ' y fait les leçons ; M. Goblet ^ a le soin du séminaire de Saint-Charles, et Tun et l'autre vont bien, grâce à Dieu, et aussi le reste de nos maisons, selon les relations que j'en ai. Voici la seconde ordination qui s'est faite depuis la mort de Mgr Tarchevêque de Paris. M. Guillot ^, qui est de retour de Pologne, nous a donné de grandes espérances de notre établissement dans ce pays-là, je dis des fruits qu'il y fera avec la grâce de Dieu ; car pour la fondation, elle est achevée ou du moins fort avancée ; on nous demande plus d'ouvriers que nous n'en pouvons donner, tant pour celle-là que pour une autre, qu'un seigneur polonais désire faire. Nous en ferons partir trois ou quatre dans le mois prochain. Nous n'avons aucunes nouvelles du bon M. Nacquart, qui est à Madagascar, ni de MM. Meusnier et Bourdaise qui sont allés à son secours; mais pour ceux-ci il ne s'en faut étonner, parce qu'ils ne sont pas encore arrivés.
Nous avons appris depuis peu, par une lettre de M. Lunsden qui est en Ecosse, que sa mission et celle des autres missionnaires des îles Hébrides vont assez bien. Il n'en marque pas les particularités, parce qu'étant parmi les hérétiques et en un pays de guerre, les lettres sont vues : ce qui fait que nous n'en recevons que rarement. Nos maisons d'Italie n'ont encore été en si bonne odeur qu'elles sont; aussi travaillentelles à tout avec grande bénédiction. Plusieurs cardinaux et prélats demandent plus de missionnaires que Ton ne leur en peut donner : nous en élevons assez qui sont encore au séminaire et aux études, mais ils ne sont pas formés suffisamment
1. M. Guillaume Cornuel^ né à Bar-sur-Aube en 1621; reçu à Paris le 29 novembre 1644.
2. M. Thomas Goblet, né à Rohan, diocèse de Reims, en 1626; reçu i Paris le 18 août 1648.
3. M. Nicolas Guillot, né à Auxerre le 6 janvier 1627; reçu à Paris le 12 juin 1648.
et tous ne réussissent pas, de sorte que nous avons grand sujet de prier Dieu qu'il envoie de bons ouvriers à sa vigne; aussi faisons-nous quelque petite dévotion extraordinaire pour cela, à Timitation de la maison de Gênes qui a commencé. Je vous prie de nous aider avec le bon M. Le Vacher, et de lui faire part de ces petites nouvelles. Je loue Dieu de ce que vous n'avez tous deux qu'un cœur et qu'une âme, cela étant ainsi à désirer pour plusieurs raisons, particulièrement afin de vous être à consolation l'un à l'autre dans un lieu et en des emplois où vous n'en recevez quasi point de la part des hommes. Je prie Dieu que vous en trouviez en lui une très abondante, attendant celle de l'éternité bienheureuse. Je suis, en Notre-Seigneur, etc.
P.'S. Monsieur votre frère le procureur est tombé malade d'une maladie pour laquelle messieurs vos frères et beaufrère ont désiré, par avis de parents, que nous le recevions à Saint-Lazare : ce que nous ferons. Il faut honorer Notre- Seigneur et l'état auquel il s'est trouvé lorsqu'on le voulait lier (disant : quoniam infurorem versus est, etc.), pour sanctifier cet état en ceux que sa divine providence y mettrait. Assurez- vous, Monsieur, que nous en aurons soin; ayez agréable de conformer votre volonté avec celle de Notre-Seigneur en cela comme vous faites en toutes choses.