A M. BERTHE
PR£tRK DK la mission, a ROME.
il lai indique les motifs pour lesquels il doit insister, afin d'obtenir l'approbation des ▼Œux, qui déji se font avec Tautorisation de Tordinaire, et ne nous constituent nullement en religion.
23 avril i653.
Monsieur,
Je rends grâces à Dieu de votre heureuse arrivée à Rome, et Je prie qu*il vous y conserve comme il a fait en y allant, et qu'il bénisse vos travaux comme des plus importants que l'on puisse prendre pour la Compagnie, puisqu'il est question de l'affermissement d'icelle. Vous ferez bien de commencer par faire les sept églises^ pour demander à Dieu le succès de cette affaire, et ensuite consulter quelque personne qui ait grande expérience et qui soit habile, pour la faire réussir. Je pense qu'il sera bon aussi que vous en confériez avec Mgr Massary, qui nous honore de sa bienveillance, afin de vous mettre par
en France, non de Pétat des affaires du pays, mais de celui des pauvres esclaves et de Pœuvre que Notre-Seigneur leur commet.
Que si sans danger ils peuvent aller visiter les pauvres esclaves qui sont à la campagne, ils y iront et tâcheront de les confirmer et consoler, et leur feront quelques aumônes à cet e£fet.
Us s'assujettiront aux lois du pays, hors la religion, de»laquelle ils ne disputeront jamais, ni diront aucune chose pour la mépriser.
Ils s'instruiront (de ceux qui habitent de longue main en ce pays-là) de toutes les choses qui peuvent fâcher ou donner soupçon à ceux qui gouvernent, et des sujets d'avanies, pour les éviter.
Ils feront des aumônes à proportion de leur revenu, et, après avoir vu ce qu'il leur faut par an pour leur entretien, ils donneront le surplus, étant nécessaire que ledit sieur consul en donne une partie par ses mains, dans la qualité qu'il a; c'est pourquoi ledit sieur Levacher, qui gardera Targent, lui en donnera non seulement pour faire lesdites aumônes, mais pour les besoins de sa personne et de sa charge, toutes fois et quantes qu'il lui en demandera. Or chacun sera exact d'écrire les noms des esclaves qu'il assistera, avec la somme qu'il leur distribuera^ et d'en avertir l'autre, afin que tous deux ne donnent à une même personne, et que sur ces mémoires ledit sieur Le Vacher puisse faire voir, par les comptes qu'il nous enverra tous les ans, à qui et combien il a été donné par mois.
Ainsi signé : Vincent de Paul, indigne prêtre de la Mission*.
son moyen sous la protection de la sacrée Congrégation, et pour cet effet leur faire entendre que nos emplois sont si divers, si pénibles et si étendus, et qui par conséquent dissipent, rebutent et exposent à tant de rencontres ceux qu'on y applique, qu'il est difficile qu'ils persévèrent, s'il n'y a quelque lien dans la Compagnie qui les retienne. Et il arriverait de nous comme il est arrivé de quelques autres congrégations, où les sujets n'avaient aucune obligation à l'obéissance et s'en allaient quand ils voulaient; et quand le supérieur pensait disposer de quelques-uns pour les envoyer loin ou près pour la gloire de Dieu, il ne tenait rien, n'ayant droit à se faire obéir : de sorte que si les missionnaires étaient libres de faire ou de ne pas faire le bien qu'on proposerait, d'aller ou de demeurer où ils auraient plus d'inclination , et de tout quitter à leur première fantaisie, il serait quasi impossible de nous maintenir et de continuer les biens commencés (bien loin d'en entreprendre d'autres), pour ce que plusieurs sont si légers que ce qu'ils aimeront aujourd'hui ils s'en lasseront demain. Peut-être que la sacrée Congrégation, étant bien informée de la nécessité de nos vœux par les inconvénients qui arriveraient de ne les faire pas, nous fera la grâce de s'employer vers notre Saint-Père pour nous obtenir ce que nous demandons, puisque nous sommes particulièrement dédiés à son service.
Vous devez néanmoins prendre garde de ne pas révoquer en doute, dans les mémoires et la réplique que vous présenterez, la permission que nous avons de faire lesdits vœux, mais, supposant l'usage où nous sommes de les faire, représenter (comme firent autrefois certains prêtres de Rome qui furent érigés en congrégation, et qui faisaient vœu de stabilité) que plusieurs, après y avoir passé quelque temps, s'ennuient, ou sont persuadés par les parents de sortir, ou sous quelque autre prétexte se font dispenser de leurs vœux par
Tordinaire, et ainsi abandonnent facilement leur entreprise; dont la Congrégation reçoit un notable préjudice en ses fonctions. C'est pourquoi elle supplie très humblement notre Saint-Père de déclarer lesdits vœux indispensables à tout autre qu'à Sa Sainteté et au Supérieur général de la Compagnie; faire défense à nosseigneurs les évêques d'en dispenser à l'avenir aucun sujet d'icelle, et à ceux qui les ont déjà faits, ou les feront ci-après, de s'adresser à eux pour cela, ni à autre qui ait pouvoir de dispenser des vœux : ce qui fut accordé aux susdits prêtres. J'en chercherai la bulle et vous l'enverrai. J'espère aussi que, avec la grâce de Dieu, vous aurez une pareille issue de votre poursuite. Je sais qu'à Rome on a quelque aversion de l'état religieux, et que la pensée qu'on aura que nous voulons passer à cet état sera un empêchement à notre dessein ; mais vous pourrez assurer du contraire (nos vœux étant simples et non pas de religion) et que la règle que nous avons faite pour cela (et que monseigneur l'archevêque a confirmée, selon la faculté qu'il a du Saint-Siège d'approuver nos règles) porte expressément que nous entendons ne pas nous séparer du clergé, ni entrer dans l'état religieux. Vous direz que nous avons perdu cette année six ou sept personnes de la Compagnie sur l'avis qu'un mauvais esprit leur a donné que nos vœux sont nuls, et tant qu'ils les ont crus bons, ils ont persévéré : tant il est vrai que notre légèreté naturelle est grande, lorsque nous n'avons point aucun lien qui retienne. Pour moi, je n'en aurai jamais qui m'empêche, moyennant la grâce de Notre-Seigneur, d'être entièrement comme je suis, en son amour, etc.