‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 236 sur 267 · A M. BAJOUES · texte numérisé non relu

A M. BAJOUES

SUPÉRIEUR DE NO TRB-DAMB-DE-LORM*, A LORM.

11 l'asture de ton affection et l'engage à renoncer à la pensée de résigner ton bénéfice

de Notre- Dame-de-Lorm.

Paris, 3 mai i653.

Monsieur, Je vous écrivis dernièrement par la voie de Cahors ^ pour

f • Émerand Bajoue, né en 1609^ à Ceaux^ diocèse de Poitiers, arrondissement de Loudun, entra dans la Congrégation le i*' déeembre 164t. Il fiit très probablement le premier supérieur de la mission de TOrm, qui avait été confiée aux enfants de saint Vincent dans le courant de Tannée i65i, ainsi que nous Pexposons dans la note suivante. Avant d'arriver à ce poste, il dut exercer Papostolat dans ce diocèse, que Mgr Anne de Murviel leur avait ouvert dès i63o, pour opposer une barrière au protestantisme qui faisait tant de ravages.

2. Lorm est le vocable d'un sanctuaire dédié à la sainte Vierge, il y a bientôt quatre siècles, à la suite de l'invention d'une madone miraculeuse. La dénomination de Lorm^ que d'anciens documents, et notamment plusieurs lettres de saint Vincent écrivent aussi Lormes, n'a d'autre signification que rOrme, dont par corruption on a fait Lorm, et elle sert à consacrer le souvenir qui s'attache à la merveilleuse découverte de Itipieta. C'était vers Tan i5io, à mille deux cents mètres environ de Saint- Aignan et sur le territoire actuel de la commune et paroisse de Castelferrus, canton de Saint-Nicolas-dela-Grave (Tarn-et-Garonne). Un pâtre remarqua qu'une vache de son troupeau, amenée au pied d'un certain ormeau, laissait là les pâturages et se tenait constamment tournée du côté de cet arbre qu'elle frappait régulièrement de petits coups de corne. Cette singularité, reproduite nombre de fois, ne' passa pas inaperçue. Bientôt elle donna lieu à diverses conjectures^ et devint encore plus frappante lorsqu'on entendit dire par des personnes dignes de foi que, durant la nuit, une lumière céleste rayonnait autour de l'ormeau comme sur un autel. On songea à pénétrer dans la cavité du tronc, et bientôt on découvrit une statue de la sainte Vierge, haute de trente centimètres, en bois qu'on crut être du cèdre, toute noire, mais jadis peinte, et représant la divine Mère tenant entre ses bras Jésus descendu de la croix. Transportée religieusement à l'église paroissiale | de Saint-Aignan^ la madone disparut et fut retrouvée dans l'arbre où elle avait été découverte. Trois fois on la rapporte à l'église, trois fois, après bien des précautions prises pour éviter toute supercherie, la statue est trouvée dans l'ormeau. Évidemment la sainte Vierge manifestait la volonté d'être spécialement honorée dans ce lieu. Une chapelle fut érigée le plus près possible de l'arbre, théâtre du prodige. Le pèlerinage fut dès lors fondé, et l'une des cloches, qu'on possède

ne m'être ressouvenu de votre adresse de Montauban '. Si M. Cuissot ' a reçu mon paquet et vous a fait tenir ma lettre, vous y aurez appris deux choses, dont l'une est l'incomparable perte que la Compagnie a faite en feu M. Lambert, M. Gurlet et M. Guérin, sans parler de notre frère Nicolas Perrin ^ qui est mort depuis (je recommande toutes ces bonnes âmes à vos prières), et la seconde que j'ai les mêmes sentiments d'estime et de tendresse pour vous que j'ai eus par le passé ; et comme vous m'avez donné sujet de les concevoir, vous m'en donnez aussi de les conserver et de les accroître, à quoi je n'ai point de peine, parce que mon inclination s'y porte d'elle-même, dans la connaissance que j'ai de votre bonté, des grâces que Dieu a mises en vous et de l'affection que vous avez pour la Compagnie, particuliè-

encore, atteste par son millésime de i583, au-dessus duquel est gravée riipage de la pietûf que le sanctuaire attirait les pèlerins.

Par les soins de Mgr Anne de Murviel, ou plutôt par ceux de son coadjuteur' Pierre III de Berthier, les prêtres de la Mission furent appelés peur le service de cette chapelle et de l'église paroissiale dont elle dépendait alors. Us durent y venir en i65f, puisque le 20 septembre de Tannée suivante, saint Vincent écrivait à M. d'Horgny, à Rome, pour l'engager à accepter quelque fondation qu'on lui proposait : « Si nous n'avions accepté Notre-Dame de Lorm, qui est dans la campagne, peut-être que l'occasion ne se fût jamais présentée de nous établir dans le diocèse Montauban. » Les prêtres de la Mission possédèrent ce sanctuaire et la cure jusqu'au jour où ils furent établis à Montauban.

3. (Note de la page précédente.) Les prêtres de la Mission étaient établis dans cette ville depuis Tannée 1643, par les soins du bienheureux évêque Alain de Solminhac. C'est par leur intermédiaire que Vincent ûi parvenir cette lettre à M. Bajoue.

1. A cette heure les prêtres de la Mission n'avaient pas de maison dans cette ville; seulement ils y étaient arrivés à la suite des missions qu'ils y donnaient depuis vingt-trois ans. M. Bajoue avait dû se retirer à Montauban lors des difficultés qui le portaient à résigner Notre-Dame-de-Lorm et la cure de Saint-Aignan, ainsi que le prouve la suite de la lettre.

2. M. Gilbert Cuissot, originaire de Moulins, né le b novembre 1G07, entra dans la Congrégation le 14 mai 1637.

3. Frère Nicolas Perrin, né à Chastcnot, en Lorraine, diocèse de Toul, en 1601; reçu à Paris le 21 juillet 1641.

rement pour moi. C'est, ce me semble, ce que je vous témoignais par ma dernière lettre, et je vous en assure parcelle-ci ; d'autant que par la vôtre du 12 avril, comme par les précédentes, il paraît que vous ne donnez pas assez de créance à cette vérité, quoique je ne sache pas avoir fait, dit ou pensé volontairement aucune chose de contraire. Je vous prie, Monsieur, de me mander ce qui a donné lieu à votre peine, car s'il y a de ma faute, c'est contre mon intention ; mais voici à mon avis ce que c'est : les personnes qui aiment beaucoup s'ombragent de peu de chose, et sans doute que l'excès de l'aiFection que vous avez pour moi vous a donné quelque défiance de la mienne, mais ce n'est rien. J'espère que vous reviendrez bientôt de cette petite émulation, et demeurerez persuadé que la sincère amitié que Notre-Seigneur m'a donnée pour vous est au-dessus de toute altération.

Je vous prie de suspendre la résignation que vous voulez faire de Notre- Dame-deLorm et de la cure de Saint-Aignan',etde me mander quelle raison vous avez pour me presser de cela, afin d'aviser à la personne que nous vous

I. Paroisse du diocèse de Montauban^ dans l'arrondissement de Castelsarrasin et au canton de Saint-Nicolas-de-la-Grave. Avant l'érection du diocèse par le pape Jean XXII, en i^iy, Saint-Aignan dépendait du diocèse de Toulouse. Elle est ainsi désignée dans la bulle d'érection Cum illius : < Mo' nasteria quoque seu prioratus de Bellapertica... moncdium Sancti Aniani », Jusqu'au xiii* siècle, cette localité fut connue sous le nom de Bragajrrac, nom qu'elle tirait d'un célèbre monastère affilié déjà deux siècles auparavant à l'abbaye de Moissac. Au xii« siècle, Robert d'Arbrissel vint relever ce monastère. Un des prieurs^ Aimery, le donna, en 1122, à Pétronille de Chemill^ abbesse de Fontevrault, et le soumit à cette abbaye. Alors l'ancienne dénomination fit place à l'appellation actuelle. Les filles de l'ordre de Fontevrault y vécurent en paix jusqu'au xvii* siècle, époque où elles en furent dépossédées pour de longues années; mais enfin elles revinrent et s'y maintinrent jusqu'en 1790. Le seul reste des constructions monastiques est la présente église paroissiale, gracieux monument de la fin du xv* siècle. Les prêtres de la Mission remplirent cette cure, et furent supérieurs de la petite communauté chargée du pèlerinage de l'Orme, durant dix ans environ.

nommerons; car M. Admiraut n'est aucunement propre, étant fort infirme, en sorte que nous ne le pouvons employer à quoi que ce soit qu'à la procure du collège des Enfants, parce qu'au moindre effort qu'il fait il crache du sang, et nous ne pourrions l'envoyer au delà qu'avec grand péril de la vie, puis même que, demeurant dans le repos où il est, nous craignons qu'il ne la fera pas longue '.

Je vous prie aussi de me mandera quoi vous voudriez employer M. Barry *, car il n'est pas propre à tout ; il est pareillement infirme d'une incommodité qu'il a depuis trois ou quatre ans; il est vrai qu'on lui pourrait donner tel emploi qu'il s'en pourrait fort bien acquitter, et pour cela je vous demande pour quelle application vous le désirez. Nous vous avons déjà destiné M. Liebbe ^ pour enseigner au séminaire de Monteichs +, et voici la seconde fois qu'il est parti de Richelieu pour s'y en aller; la première fois il

1. Malgré ses infirmités, Claude Admiraut fut mis à la tête du grand séminaire de Montauban^ qu'il régit durant dix ans (1665-1675).

2. M. Barry fut un des huit que saint Vincent envoya fonder la mission d'Irlande en 1646. Destiné au diocèse de Limerick, il fut exposé à la terrible persécution qu'y exerça le vainqueur Ireton, durant les mois de juin à octobre i65i, et il ne parvint à se sauver que par la fuite et sous des habits empruntés. Par une lettre du 4 juillet i657, le saint fondateur le nomma supérieur de la mission de Notre- Oame-de-Lorm, à la place de M. Liebbe. Il exerça le supériorat dans ce sanctuaire et régit la curc^ dont il dépendait, jusqu'en 1664. Dix ans aprés^ il devenait supérieur du grand séminaire, transporté à Montauban, où il resta jusqu'à sa mort^ survenue en i68o. M. Edme Barry était né le 24 juin iOi3, dans le diocèse de Cluon, en Hibernie, et fut admis à la Mission le 21 juillet 1641. Dans le contrat de vente pour remplacement du séminaire, dont nous parlons dans la lettre suivante^ ce supérieur est désigné sous le prénom d'Edmond,

3. De professeur du séminaire de Montech^ M. François-Ignace Liebbe devint supérieur de Notre-Dame-de-Lorm^ jusqu'au jour où il fut remplacé « par son confrère Edme Barry. Né à Arras le 16 avril 1623, il était entré à la Mission le 12 mai 1641. «

4. Le manuscrit porte Monteichs pour Montech, Ce fut dans cette paroisse, aujourd'hui un des cantons importants du diocèse de Montauban, que, durant la tourmente huguenote, les évéques, suivis soit du chapitre cathédral de Saint-Martin, soit de la collégiale de Saint-Étienne du Tescou,

s'en retourna de Poitiers pour y avoir appris que les passages étaient fermés de gens de guerre % et depuis il a tiré sur Xaintes ^, d'où il m'a écrit qu'il attendait l'occasion de partir pour Bordeaux et ensuite pour Montauban, de sorte que j'espère que vous le verrez bientôt, s'il n'a trouvé de grands empêchements. Je loue Dieu des avances qui se font pour mettre ce séminaire sur pied ^, et de la grâce qu'il vous a fait trouver en l'esprit de M. d'Agan *, qui a tant d'ardeur pour cette bonne œuvre et tant de bonne volonté pour la Com-

vinrent souvent demander asile. Montech, jadis au diocèse de Toulouse, passa à celui de Montauban lors de l'érection de ce siègei en iSiy.

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