I. Le saint avait à cette époque soixante-seize ans
en vos prédications et en vos études, parce que vous êtes homme, et par conséquent pécheur; mais aussi vous exagérez un peu ces choses; car il y a différence entre Tacte, le consentement et la tentation, et vous prenez Tun pour Tautre. Pour être tenté de superbe en vos prédications, vous ne prêchez pas pourtant par ce motif; ni lorsque vous êtes pressé d^mpatience dans le saint tribunal, si d'aventure vous y consentez aucunement, il ne s'ensuit pas que vous en veniez à l'effet. Quant au manger, vous ne devez avoir aucun scrupule des désirs qui vous en viennent, ni croire que vous y faites des excès, puisque j'ai avis du contraire. Et à ce propos, je vous prie de vous mieux nourrir que vous ne faites.
En second lieu, la pensée que vous avez d'être capucin ne me semble pas venir de Dieu : i* parce que vous vous trouvez dans un autre état où sa providence vous a mis ; 2* parce que vous travaillez avec bénédiction dans la Compagnie; 3" parce que l'ordre des Capucins requiert une grande soumission de jugement et de volonté, et plus de souplesse aux sentiments d'autrui que peut-être vous et moi n'en avons ; 4" vous n'avez aucune obligation de passer en cette religion ; car ce que vous avez dit à saint François n'est pas un vœu, mais une expression du mouvement que vous eûtes de vous donner à lui ; et quand même vous lui auriez promis d'être son religieux, ce ne serait pas un vœu, parce que les vœux se font à Dieu seul, et non pas aux saints ; et d'ailleurs vous savez. Monsieur, que les vœux se doivent faire avec une mûre et longue délibération, et non par un subit mouvement comme était celui-là.
Je trouve une autre marque qui me fait croire que Dieu ne vous appelle pas aux Capucins, c'est que les mouvements qui vous en viennent vous troublent et vous inquiètent par leur violence, ainsi que font pour l'ordinaire ceux que l'esprit malin suggère, et qu'au contraire les inspirations de Dieu
sont douces et paisibles, nous inclinant amoureusement vers le bien qu'il désire de nous.
Pour toutes ces raisons, Monsieur, vous ferez bien de vous donner à Dieu pour persévérer dans la vocation où vous êtes, d'autant plus que vous y pouvez pratiquer les mêmes vertus qu'aux Capucins, et pour le moins autant de mortifications de corps et d'esprit. S'ils font vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, c'est ce que vous pouvez faire aussi dans la Compagnie. S'ils prêchent et confessent, comme ils commencent à faire en plusieurs lieux, n'est-ce pas ce que vous faites. Dieu merci ? Je ne vois donc rien parmi eux que vous ne puissiez faire avec nous, si ce n'est la rigueur de l'habit et la nudité des pieds. Je dis ceci sans faire comparaison de cette chétive Compagnie à ce grand et saint ordre.
De dire qu'en servant le prochain vous ne faites pas votre salut, c'est ce qu'il ne faut pas croire, mais bien espérer le contraire, puisque c'est la meilleure voie que nous ayons pour arriver à notre fin, qui est Dieu, et pour y attirer les autres, suivant les mêmes manières que Notre-Seigneur et les apôtres y ont observées, etc.