A M. D'HORGNY
SUPÉRIEUR, A ROME
Il rengage à ne pas tenir compte de certaines oppositions, et à continuer d'envoyer
les récits édifiants des travaux de ses confrères.
20 juin i653.
Il se peut faire que quelques-uns rie goûtent pas les récits que nous faisons parfois de ce qui se passe à la gloire de Dieu dans les autres maisons. Ce sont des esprits indisposés qui,'pour l'ordinaire, ont opposition au bien, et pensent, comme ils en font peu, que c'est exagérer de dire que d'autres en font beaucoup, et non seulement le pensent, mais ils s'en plaignent, à cause de la confusion que cela leur
donne. Faut-il pour la faiblesse de ces yeux chassieux, qui ne peuvent regarder la lumière, laisser d'éclairer les autres par les exemples des plus fervents, et priver la Compagnie de la consolation de savoir les fruits qui se font ailleurs, par la grâce de Dieu, à qui seul la gloire en est due, et à qui cette pratique de parler entre nous de ses miséricordes est très agréable, étant conforme à Tusage de TÉglise, qui veut que les bonnes œuvres et les actions glorieuses des martyrs, des confesseurs et des autres saints soient rapportées publiquement pour Tédification des fidèles : ce qui se faisait même du temps des premiers chrétiens, quoique vraisemblablement quelques-uns osassent contredire ces relations, pendant que la plupart en bénissaient Dieu et s'encourageaient à imiter les vertus de ceux dont on parlait. Je vous prie donc de ne pas interrompre cette bonne coutume de votre part, mais de nous avertir de tous les bons succès qu'il plaira à Dieu de donner aux travaux de votre famille, vous donnant seulement de garde de rien avancer qui ne soit utile et véritable, comme je tâcherai de faire dans le débit que j'en ferai ici, etc.
PRÊTRE DE LA MISSION, A SAINTES
11 le dissuade de la pensée d'aller voir son père. — Il en fera prendre des nouvelles^
et, s*il y a lien, fournir à ses besoins.
2 juillet i653.
Dieu sait que j'aurais consolation de vous donner celle que vous demandez touchant le voyage de votre pays, si je voyais que ce fût la volonté de Dieu ; mais la grande distance des lieux, la difficulté des chemins, les dangers qui sont à la campagne et l'inutilité de ce voyage me font estimer que vous feriez bien de le remettre, et peut-être de n'y plus
penser; et si nous ajoutons à cela la maxime de Notre- Seigneur qui ne voulait pas que ses disciples retournassent chez eux, quoique ce fût à bonne intention, comme d'aller enterrer son père mort et vendre ses biens pour les donner aux pauvres, je dois vous prier, comme je fais, de sacrifier à Dieu cette affection que vous avez.
De dire que vous ne savez pas en quel état est monsieur votre père, il ne s'ensuit pas de là que vous ayez obligation d'abandonner une famille dont le bon Dieu vous a chargé, et les occasions que vous avez de lui rendre de bons services par vous et par elle. Vous savez bien que monsieur votre père n'a pas besoin de vous pour vivre ; et quand il serait en nécessité, il y a moyen de l'assister sans vous exposer au péril d'une telle visite ; et si vous me laissez faire, je prendrai soin de cela. J'écrirai à monsieur l'intendant de Bourgogne, qui est de nos amis, ou lui ferai écrire par monsieur son père, qui est M. de La Margrie,afin qu'il prenne la peine de s'informer du lieu et de l'état où monsieur votre père se trouve présentement, et qu'en cas qu'il ait besoin de quelque chose, il le lui fournisse.
Il me semble qu'après cela vous avez sujet d'être en repos, autant que vous auriez à craindre le jugement de Dieu si vous quittiez son œuvre pour une légère satisfaction.
Sur ce que vous me dites que je ne dois pas appeler ce désir une tentation, je ne puis que je ne vous réponde qu'il y en a pourtant les marques, en ce qu'il vous inquiète trop et que vous dites que le refus vous serait insupportable. Les mouvements qui viennent de Dieu au contraire sont doux et tranquilles, et se doivent proposer avec indifférence. Je vous prie. Monsieur, de demander à Dieu la grâce de ne rien faire qui lui déplaise en cette rencontre ; cependant je suis, etc.
25i. — A M. DU LŒUS,