A M. OZENNE
SUPÉRIEUR, A VARSOVIE
M déplore la défection de deux missionnaires, et se réjouit des aptitudes et de la volonté
de plusieurs autres.
Paris, 3 avril 1634.
Monsieur,
Votre lettre du 5 mars, comme les précédentes, m'a été à grande consolation, voyant que la bonté de la reine ne se lasse pas de vous faire du bien en toutes manières et en toutes circonstances. Nous ne cessons non plus de remercier Dieu des grâces qu'il lui fait, et de le prier qu'il les lui continue abondamment.
Sa Majesté a bien sujet d'être mécontente du retour de
M. Guillot et de la sortie de M. Zelazewski. Je prie Dieu qu'il leur pardonne. Pour moi, j'admire comme un soldat est fidèle à son capitaine, en sorte qu'il n'oserait reculer quand il faut combattre, ni le quitter sans son consentement, sous peine d'être puni comme un déserteur d'armée. Un homme d'honneur n'aurait garde d'abandonner son ami dans le besoin, surtout s'ils étaient en un pays étranger ; pourquoi ? c'est de crainte de faire une lâcheté ou de commettre une incivilité. J'admire, dis-je, de voir plus de fermeté en ces gens-là pour des respects humains, que des chrétiens et des prêtres n'en ont pour la charité et pour les bons desseins qu'ils ont entrepris; et quand je pense à l'action de ces deux messieurs qui ont été appelés pour la première fondation de la Mission en un grand royaume, où il y a des biens infinis à faire, où tout se dispose à souhait pour réussir heureusement et faire une ample moisson, et qui néanmoins abandonnent l'œuvre de Dieu en si bon chemin, quelques prières qu'on leur fasse et quelques raisons qu'on leur puisse apporter, je vous avoue que je ne sais qu'en dire ni qu'en penser; mais en cela comme en tout nous devons nous conformer à la volonté de Dieu et adorer ses sages conduites. Nous vous enverrons donc d'autres hommes en leur place, et au plus tôt. Dieu aidant. Je vous ai prié de me mander à quoi vous avez dessein d'appliquer M. Gigot, que vous demandez.
Je loue Dieu de ce que M. Desdames a déjà prêché à Varsovie en polonais, et de la disposition du frère Duperroy à faire progrès en cette langue. J'espère que peu à peu vous vous la rendrez familière et que le bon Dieu vous bénira en tous vos désirs, puisqu'ils tendent à lui, et qu'il bénira pareillement votre famille et vos emplois, pour le service de l'Église et la consolation de Leurs Majestés.
J'enverrai votre lettre à monseigneur l'archevêque de Rouen, comme j'ai fait à Troyes celles que vous y avez
écrites. Nous n'avons rien de nouveau, et je ne pourrais vous en dire davantage, à cause de l'office de ce saint jour, qui nous occupe et qui m'oblige à finir, en vous embrassant au pied de la croix de Notre-Seigneur, en Tamour de qui je suis, etc.