‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 264 sur 267 · A M. OZENNE · texte numérisé non relu

A M. OZENNE

SUPÉRIEUR^ A VARSOVIE

Il l'engage à user de beaucoup de douceur dans la conduite. — 11 lui parle de la préoccupation des esprits au sujet d'une c^clipse annoncée. — Il Pengage à une grande déférence à l'égard de l'ancien curé de Sainte-Croix.

10 juillet 1654.

Ce qui s'est passé entre vous et M. Zelazewski me donne sujet de vous prier, au nom de Notre-Seigneur, de le supporter. Je ne veux pas dire que vous ne l'avertissiez pas; mais cela se doit faire doucement, rarement et en particulier, et après avoir pensé devant Dieu si vous devez le faire et en

quelle manière. J*ai ouï dire que les Polonais se gagnent plus par celte voie cordiale et charitable que par la rigueur, et naturellement chacun se rebute des réprimandes sèches aussi bien que des corrections les plus amiables, quand elles sont frc'quentes ou immodérées ou faites hors de propos. J'espère donc que vous prendrez ce bon prêtre par le biais qu'il faut, ainsi que faisait feu M. Lambert, et que peu à peu il pourra se ranger à nos petites observances; et s'il ne le fait pas, Dieu prendra soin lui-même de vous en décharger ; et en ce cas il vaut mieux qu'il ait sujet de se louer du gracieux traitement que vous lui aurez fait que s'il s'en allait mécontent. ,

Quoique ces signes extraordinaires arrives de delà ne soient pas des indices assures de quelque mauvais événement, et que, pour l'ordinaire, il ne faille pas s'arrêter à tels prestiges, il est bon néanmoins de redoubler les prières, afin qu'il plaise à Dieu de détourner de dessus son peuple les maux dont il aurait dessein de l'affliger. On nous menace ici d'une éclipse de soleil, la plus maligne qui soit arrivée depuis plusieurs siècles et qui doit arriver le 12 août prochain, environ vers les neuf ou dix heures du matin, à ce qu'on dit. Je vous prie de remarquer si elle se fera voir en Pologne et de m'en mander les particularités.

J'écris aux filles de la Charité selon votre désir, et j'enverrai à M. Duperroy sa philosophie par ceux que vous attendez et qui seront prêts à partir quand ils auront leurs passeports et un vaisseau arrêté.

Je vous prie de faire ce que vous pourrez pour contenter monsieur l'ancien curé. Nous avons eu grand respect et grande déférence pour feu monsieur le prieur et tous les religieux de céans, et cela nous a fort bien réussi. Il est votre bienfaiteur : il faut lui en témoigner votre reconnaissance, et si vous m'en croyez, vous lui céderez la maison, dont vous tirerez trois cents livres de rentes, au lieu de son logement, en

cas qu'il ait agréable de vous le remettre; ce qui vous accommodera pour mettre bientôt sur pied votre séminaire. Dieu bénisse ce dessein, votre personne et votre famille que je salue. Quand nous serions incessamment appliqués à remercier la reine et à prier Dieu pour elle, cela ne serait pas encore suffisant pour reconnaître les bontés admirables de Sa Majesté dont vous recevez chaque jour de nouveaux effets. Dieu en soit béni ! Je suis, en son amour, etc.

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