‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 265 sur 267 · A M. OZENNE · texte numérisé non relu

A M. OZENNE

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

Il réfute les vaines terreurs accréditées à l'occasion d*une éclipse de soleil.

Paris, II septembre 1634.

Monsieur,

Vos chères lettres me donnent toujours sujet de rendre grâces à Dieu; je le fais par celle-ci au sujet de toutes les bontés incomparables du roi et de la reine envers votre petite famille. Oh ! Monsieur, que je prie Dieu qu'il sanctifie de plus en plus Leurs Majestés et bénisse leur royaume pour Tamour d'eux ! nous prions Dieu incessamment pour elles.

Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que votre union s'avance par le zèle et la sage conduite du bon M. de Fleury ; je vous supplie. Monsieur, de le saluer de ma part et de lui faire un renouvellement des offres de mon obéissance.

Je ne vous dis rien de M. Zelazewski, sinon que je le recommande à Notre-Seigneur de tout mon cœur, et que je serai consolé d'apprendre comment il a pris la lettre que je lui ai écrite.

Je vous ai déjà écrit que nous cherchions commodité d'envoyer les deux sœurs de la Charité; on nous a parlé d'une occasion qui ne me revient pas, car c'est celle d'un huguenot qui s'en va de delà. Je vous prie, Monsieur, d'assurer la reine que nous ne perdrons pas un moment pour cela.

J'estime que M. Guillot et nos frères sont déjà arrivés ; je vous prie de les embrasser de ma part.

Nos astrologues de deçà assurent le public qu'il n'y a rien à craindre du côté de Téclipse. J'ai vu M. Cassandieux, qui est un des plus savants et des plus expérimentés du temps, qui se moque de tout ce que Ton a fait craindre, et en donne de très pertinentes raisons, comme entre autres celle-ci, que nécessairement il arrive une éclipse de soleil tous les six mois, soit en notre hémisphère ou en l'autre, à cause de la rencontre du soleil et de la lune en la ligne écliptique, et que si l'éclipsé avait cette malignité que vous me marquez par les mauvais effets dont on nous menace, nous verrions plus souvent la famine, la peste et les autres fléaux de Dieu sur la terre. Il dit de plus que si la privation de la lumière du soleil, venant de l'entreposition de la lune entre nous et le soleil, faisait ce mauvais effet à cause de la suspension bénigne des influences du soleil sur la terre, il s'ensuivrait que la privation de la lumière du même soleil pendant la nuit produirait des effets plus malins, à cause que cette privation dure plus longtemps et que le corps de la terre est. environ un tiers plus épais que celui dé la lune, il s'ensuivrait que cette éclipse qui se fait la nuit serait plus dangereuse que celle qui est arrivée le 12 août de cette année, et infère de là, avec raison, que cette éclipse n'est point à craindre ; et en effet, je pense bien que les esprits savants en astrologie ne s'en mettent guère en peine, et bien moins encore ceux qui sont instruits à l'école de Jésus-Christ, qui savent que l'homme sage dominabitur astris. Voilà, Monsieur, tout ce que je vous puis dire pour le présent. Notre frère Ducournau est toujours dans le même danger, et Dieu a disposé de M. Ponchin, prêtre du séminaire. Je recommande ce mort et ce vivant à vos saintes prières, et suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

II le remercie de vouloir bicu songer à établir les missionnaires à Lyon.

7 octobre 1654.

Monsieur,

J'ai reçu celle dont il vous a plu m'honorer avec grand respect et reconnaissance des bontés incomparables que vous avez pour nous; je vous en remercie très humblement et vous supplie d'agréer que je vous fasse un renouvellement des ofiFres de mon obéissance perpétuelle avec toute Thumilité et TalTection dont je suis capable, et que je vous dise que je suis plein de confusion de l'honneur que vous nous faites de jeter les yeux sur notre chétivc Compagnie et d'agréer la proposition qu'on vous a faite pour l'établir dans votre bonne ville de Lyon; et c'est. Monsieur, de quoi je vous remercie très humblement, et par vous, s'il vous plaît, Mgr l'archevêque % de la grâce qu'il nous fait de l'agréer, sur la proposition que vous lui en avez faite, et je reçois la même proposition avec toute l'humilité que je le puis, et tâcherai de vous envoyer des ouvriers lorsque vous, Monsieur, me ferez l'honneur de me le commander; que si vous nous jugez capables de vous pouvoir obéir, commandez donc. Monsieur, et vous serez obéi, non seulement au fait dont il s'agit, mais aussi en toutes les occasions qu'il vous plaira me faire l'honneur de me commander, qui suis votre, etc.

I. Mgr Camille de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon, lôSS-iôgS.

Page 1