‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 266 sur 267 · A M. OZENNE · texte numérisé non relu

A M. OZENNE

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

li dit ses regrets de la guerre que la Russie fait à la Pologne. — Les missionnaires attachés à une cure doivent assister aux offices. — Conditions pour unir une cure à la Mission.

Paris, 9 octobre 1654.

Oh! Monsieur, que je suis affligé de la nouvelle que vous me donnez du progrès des armées des Moscovites dans la Pologne, et que je prie bien Dieu qu'il lui plaise de regarder la sainteté des âmes du roi et de la reine, et tant de bonnes œuvres qu'ils font dans leur royaume et au dehors, et celles qu'ils projettent de faire ci-après; j'espère cela de sa divine bonté, et c'est ce que je lui ferai demander incessamment, et demanderai moi-même, quoique très indigne pécheur.

Je ne sais point de raison pour laquelle toutes les personnes de la Compagnie doivent priver le public de leur exemple au chœur et eux-mêmes du mérite qu'ils en auront, ainsi que Notre-Seigneur de la gloire qu'il en retirera; nous en usons ainsi partout où nous avons des cures, comme à Richelieu et à Sedan. Il n'importe de dire qu'on n'est point fait à ce chantlà : leur récollection et modestie leur feront une harmonie très agréable à Dieu et d'édification aux hommes; et puis vraisemblablement l'Église a désiré premièrement cette manière de dire son office, et lorsqu'il y a eu des ecclésiastiques non attachés à quelque église particulière, c'est alors qu'on a permis à chacun de dire l'office en particulier. Dieu nous ayant appelés pour servir à l'instruction des ordinands et des séminaires, ne devons-nous pas dès à cette heure nous dresser et nous habituer à cela ? Par la grâce de Dieu , nos trois frères savent chanter : ils ne seront pas inutiles, sinon d'abord, du moins avec le temps, en cette sainte action. Hélas ! Monsieur,

combien avons-nous de laïques dans Paris qui assistent tous les jours à matines et à vêpres dans leurs paroisses; l'usage ancien était d'y assister jour et nuit, d'où viennent les nocturnes de matines; quelle raison y a-t-il donc de priver le public de cette édification, le bon Dieu de cette gloire et nousmême de ce mérite ? Ces messieurs de la conférence des mardis ont pour maxime de prendre le surplis et de chanter dans toutes les églises où ils se trouvent, si on leur permet. Tout cela étant ainsi, je vous prie, Monsieur, de dire aux vôtres, de ma part, que je les prie de se donner à Dieu pour laisser cet exemple à la postérité.

M. Guillot m'a écrit, mais il m'est impossible de lui faire réponse : les embarras me tiraillent d'un côté et d'autre ; aussi bien me semble-t-il qu'il n'y a rien qui presse dans sa lettre.

J'embrasse M. Desdames et tous nos frères pareillement, et cela avec toutes les tendresses de mon cœur.

J'oubliais de vous dire que M. Le Gros vous envoie l'acte d'union de la cure de Richelieu à la Mission et une lettre qui contient leurs pratiques; mais pour bien faire cette union et sans inconvénients, il semble qu'il est à souhaiter qu'il plaise à Mgr de Posnanie d'unir de telle sorte la cure à notre Congrégation que celui qui aura la qualité de curé puisse être changé par les supérieurs, toutes les fois qu'il sera nécessaire, et qu'il plaise à mondit seigneur d'agréer celui qui lui sera présenté lorsqu'on changera de curé dans 1^ Compagnie ; et cela pour éviter un inconvénient fâcheux qui est arrivé en cette Compagnie, de laquelle ayant présenté à monseigneur révêque un prêtre du corps pour une cure qui lui est unie, il refuse maintenant de résigner le titre à un autre et la veut garder pour lui, à quelque prix que ce soit. Je vous supplie, Monsieur, d'en parler à M. de Fleury, afin qu'il ait agréable d'en parler à Sa Majesté, et elle d'en écrire à mondit seigneur de Posnanie. Ce que je vous dis ici est de grand poids ; je

vous supplie, Monsieur, d'y faire attention et de négocier cette affaire au plus tôt avec mondit sieur de Fleury, auquel je fais un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle. Je suis, en Tamour de Notre-Seigneur, à lui et à vous, etc.

P. -S. J'oubliais encore de vous prier d'envoyer ma lettre à ce seigneur qui demande des prêtres de la Mission, et cela au plus tôt, parce qu'il me fait demander une réponse du côté de Rome.

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