‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 28 sur 267 · A UN MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

A UN MISSIONNAIRE

11 loi conseille se tenir dans 1 humilité. — L*humilité de Notre-Seignenr. — En quoi

consiste l'humilité.

J'ai appris de diverses personnes la bénédiction qu'il plaît à la bonté de Dieu de répandre sur votre mission de N. Nous en avons été tous fort consolés. Et parce que nous reconnaissons que cette abondante grâce vient de Dieu (laquelle il ne continue qu'aux humbles, qui reconnaissent que tout le bien qui se fait par eux vient de Dieu), je le prie de tout mon cœur qu'il vous donne de plus en plus Pesprit d'humilité dans toutes vos fonctions, parce que vous devez croire très assurément que Dieu vous ôtera cette grâce dès lors que vous viendrez à donner lieu en votre esprit à quelque vaine complaisance, vous attribuant ce qui n'appartient qu'à Dieu seul. Humiliez-vous donc grandement. Monsieur, dans la vue que Judas avait reçu de plus grandes grâces que vous, et que ces grâces avaient eu plus d'effet que les vôtres, et que nonobstant cela il s'est perdu. Et que profîtera-t-il donc au plus grand prédicateur du monde et doué des plus excellents talents d'avoir fait retentir ses prédications avec applaudissement dans toute une province, et même d'avoir converti à Dieu plusieurs milliers d'âmes, si, nonobstant tout cela, il vient à se perdre lui-même ?

Je ne vous dis pas ceci. Monsieur, pour aucun sujet particulier que j'aie de craindre cette vaine complaisance ni en vous, ni en M. N..., qui travaille avec vous, mais afin que, si le démon vous attaque de ce côté-là, comme sans doute il le fera, vous apportiez une grande attention et fidélité à rejeter ses suggestions et à honorer l'humilité de Notre-Seigneur. J'avais, ces jours passés, pour le sujet de

mon entretien, la vie commune que Notre-Seigneur a voulu mener sur la terre; et je voyais qu'il avait tant aimé cette vie commune et abjecte des autres hommes, que pour s'y ajuster il s'était abaissé autant qu'il avait pu, jusque-là même (ô chose merveilleuse et qui surpasse toute la capacité de l'entendement humain !) qu'encore qu'il fût la sagesse incréée du Père éternel, il avait voulu néanmoins prêcher sa doctrine avec un style beaucoup plus bas et plus ravalé que n'a été celui de ses apôtres. Voyez, je vous prie, quelles ont été ses prédications, et les comparez avec les épîtres et prédications de saint Pierre, de saint Paul et des autres apôtres. Il semblerait que le style dont il use est d'un homme qui a peu de science, et que celui de ses apôtres paraît comme de personnes qui en avaient beaucoup plus que lui; et ce qui est encore plus étonnant est qu'il a voulu que ses prédications eussent beaucoup moins d'effet que celles de ses apôtres; car l'on voit dans l'Évangile qu'il gagna ses apôtres et ses disciples presque un à un, et cela avec travail et fatigue; et voilà que saint Pierre en convertit cinq mille dès sa première prédication. Certainement cela m'a donné plus de lumière et de connaissance, comme il me semble, de la grande et merveilleuse humilité du Fils de Dieu qu'aucune autre considération que j'aie jamais eue sur ce sujet.

Nous disons tous les jours à la sainte messe ces paroles ; In spiritii humilitatis^ etc. Or, un saint personnage me disait un jour, comme l'ayant appris du bienheureux évêque de Genève, que cet esprit d'humilité, lequel nous demandons à Dieu en tous nos sacrifices, consiste principalement à nous tenir dans une continuelle attention et disposition de nous humilier incessamment, en toutes occasions, tant intérieurement qu'extérieurement. Mais, Monsieur, qui est-ce qui nous donnera cet esprit d'humilité? Hélas! ce

sera Notre-Seigneur, si nous le lui demandons et si nous nous rendons fidèles à sa grâce et soigneux d'en produire les aaes. Faisons-le donc, je vous en supplie, et tâchons pour cela de nous ressouvenir l'un de l'autre, quand nous prononcerons ces mêmes paroles au saint autel ; je l'espère de votre charité.

i8. — A M. DU COUDRAY,

PRÊTRE DE LA MISSION, A ROME

Bt^oédictions accordées aux exercices des ordinands. — Assemblée des ecclésiastiques.

5 juillet i633.

Monsieur,

Il faut que vous sachiez, ce que je pense ne vous avoir pas encore écrit, qu'il a plu à la bonté de Dieu donner une bénédiction toute particulière, et qui n'est pas imaginable, aux exercices de nos ordinands; elle est telle que tous ceux qui y ont passé, ou la plupart, mènent une vie telle que doit être celle des bons et parfaits ecclésiastiques. Il y en a même plusieurs qui sont considérables pour leur naissance ou pour les autres qualités que Dieu a mises en eux, lesquels vivent aussi réglés chez eux que nous vivons chez nous, et sont autant et même plus intérieurs que plusieurs d'entre nous, n'y eût-il que moi-même. Il ont leur temps réglé, font oraison mentale, célèbrent la sainte messe, font les examens de conscience, tous les jours, comme nous *, ils s'appliquent à visiter les hôpitaux et les prisons, où ils catéchisent, prêchent, confessent, comme aussi dans les collèges, avec des bénédictions très particulières de Dieu. Entre plusieurs autres, il y en a douze ou quinze dans Paris qui vivent de la sorte, et qui sont personnes de condition ; ce qui commence à être connu du public.

Or, ces jours passés, un d'entre eux, parlant de la

manière de vie que menaient ceux qui avaient passé avec lui par les exercices des ordinands, proposa une pensée qu'il avait eue, de les lier ensemble par manière d'assemblée ou de compagnie, ce qui a été fait avec une satisfaction particulière de tous les autres. Et la fin de cette assemblée est de vaquer à leur propre perfection, à moyenner que Dieu ne soit point offensé, mais qu'il soit connu et servi dans leurs familles, et a procurer sa gloire dans les personnes ecclésiastiques et parmi les pauvres; et cela, sous la direction d'une personne de céans, où ils doivent s'assembler tous les huit jours. Et parce que Dieu a béni les retraites que plusieurs curés de ce diocèse ont faites ici, ces messieurs ont désiré faire de même, et ont en effet commencé. Or, il y a sujet d'espérer de grands biens de tout ceci, s'il plaît à Notre-Seigneur donner sa bénédiction à son œuvre, que je recommande particulièrement à vos prières.

Nécessité de travailler aux missions. — Conférence des ecclésiastiques.

9 juillet t633.

Monsieur,

Dieu soit béni. Monsieur, de toutes les grâces et bénédictions qu'il répand sur votre mission! Ne vous semble-t-il pas que tant d'ouvriers qui demeurent oisifs seraient bien employés en la grande moisson à laquelle vous travaillez maintenant, et que ceux qui connaissent le besoin que le maître de la moisson a d'ouvriers, seront coupables du sang de son Fils, qu'ils laissent inutile faute d'application ? Ohl que la pensée que vous me fîtes l'honneur de me

I. Le promoteur des conférences ecclésiastiques, pour lors occupé à une mission hors de Paris. L'œuvre réussit à merveille et devint une source de sanctification pour le clergé et pour les fidèles.

communiquer ces jours passés a été bien reçue de Messieurs les ecclésiastiques, de tous lesquels nous avons parlé en général, et de chacun en particulier. Nous les vîmes il y a quinze jours ensemble, et ils résolurent ce que vous proposâtes, dans une uniformité d'esprit qui parait toute de Dieu. Je commençai mon discours par les paroles que vous me dîtes, sans vous nommer, sinon lorsqu'il fallut vous mettre de leur nombre et retenir votre place parmi eux. Ils se doivent encore assembler aujourd'hui. Oh I Monsieur, qu'il y a sujet d'espérer beaucoup de bien de cette Compagnie ! vous en êtes le promoteur, et vous avez intérêt qu'elle réussisse à la gloire de Dieu. Priez-le pour cela, s'il vous plaît, Monsieur, et pour moi particulièrement.

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