A M. LAMBERT
PRÊTRE DE LA MISSION, A RICHELIEU
Nouvelles de Toal. — Envoi de missionnaires pour Richelieu. — Manière de traiter les controverses. — Nécessité de bien faire le catéchisme.
Saint-Lazare, 3o janvier i638.
Monsieur,
J'ai reçu la vôtre du 24 de ce mois, qui m'a fort consolé pour ce qu'il plaît à Dieu que vous vous portiez si bien, et que M. Perdu ' est revenu de ses trois accès de fièvre. J'ai été fort aise d'être éclairé de l'affaire de Toul * ; j'y ai envoyé M. du Coudray avec pouvoir de traiter le différend. M. Midot -^ porte fort nos intérêts, il désire que M. Colée rende compte au chapitre, et s'il se trouve qu'il n'y ait point de l'abus de notre côté, il espère faire joindre le chapitre à nous et de venir lui-même en cette ville pour les intérêts de leur diocèse. M. le président Faberolle, qui a charité pour nous, a un peu émoussé la pointe de la poursuite ; s'il n'eût été contraint de s'en revenir, il aurait pu remédier à cette affaire, laquelle j'abandonnerais volontiers, n'est-ce que nous sommes obligés de justifier qu'on nous blâme à tort d'avoir mésusé de ce bien; c'est l'avis du bon M. de Cordes et de M. de Sainte-Marthe ; nous avons demandé l'éviction selon le désir dudit M. Midot. L'on m'a dit tantôt que monsieur le chancelier a refusé de sceller les lettres: Benedictùs Deus.
J'ai été bien aise d'apprendre la description de ce petit
1. Jacques Perdu, né le 19 avril 1607, à Granaillier (diocèse d^Amiens}, entré en octobre i63o.
2. La fondation de Toul fut contrariée par POrdre du Saint-Esprit.
3. M. Midot, ecclésiastique très distingué en Lorraine. Il était fort Hé avec saint Vincent.
prieuré. M. de Roches m'a dît qu'il le nous voulait donner; mais cela n'est pas encore fait. Vous me ferez plaisir de me mander si Ton le vous a dit d'ailleurs. Béni soit Dieu de ce que vous me dites qu'il faut défrayer la maison de pain et de vin ! Je voudrais aussi savoir si les coches de Loudun sont à 5,000 livres : ils ne sont taillés qu'à 4,000 livres par la fondation, peut-être se sont-ils raffermis depuis. Je tiendrai la main au bâtiment, mais je voudrais bien savoir si le défaut est aux matériaux ou à l'ouvrage, ou que vous les souhaitiez plus exhaussés; un mot de cela, s'il vous plaît.
Cette grosse cure me fait peur, in nomine Domini; Je loue Dieu de la mission que vous faites parmi les prisonniers qui me font très grande compassion. Mais prenez garde, s'il vous plaît, de n'y pas aller à jeun. Pour le collège que désirent les habitants, ipsi viderint. Mais pour les lépreux de ce bon chanoine, ô Jésus ! Monsieur, prenez-le. J'ai oublié de donner ordre pour avoir des fers à pains à chanter.
Venons à ceux qui vous doivent aller trouver, nous vous en envoyons trois d'ici, et MM. Codoing et Durot' qui vous doivent aller trouver du Dauphiné, où ils sont. J'espère que vous les aurez dans dix jours. Notre-Seigneur a beaucoup béni leur travail en ce pays-là ; ceux-ci sont MM. Caillot, Benoist et Gourrain; vous pourrez retenir auprès de vous à Richelieu MM. Caillot ou Benoist et M. Gourrain, et envoyer un de ceux-là à la mission de Luçon. J'estime qu'il est expédient que vous employiez MM. Codoing et Durot dans le duché de Richelieu. M. Gourrain chante la musique, M. Benoist et M. Caillot savent entonner les psaumes. M. Benoist fait bien les cérémonies et le catéchisme.
Tout le monde demeure d'accord que le fruit qui se fait à la mission est par le catéchisme, et une personne de qualité,
f. Nicolas Durot, né à Oiremont (Amiens), entré en août i633.
disant dernièrement cela, ajouta que les missionnaires s'étudient tous à bien prêcher, et qu'ils ne savent point faire le catéchisme, et dit cela en ma présence et en celle d'une bonne compagnie. Au nom de Dieu, Monsieur, avertissez de ceci la Compagnie de delà. Ma pensée est que ceux qui travailleront doivent, l'un faire le grand, l'autre le petit catéchisme seulement, et parler deux fois par jour. Et l'on peut rapporter au catéchisme des moralités pour toucher, car, comme j'ai dit, Ton remarque que tout le fruit vient de là.
Nous avons fait ici quelques conférences touchant la manière comme il s'y faut prendre pour enseigner les vérités controversées; et il me semble que ces messieurs l'entendent passablement, pour le moins les trois premiers. Ils ont appris la méthode de M. Véron ' par lui-même. Je vous prie, Monsieur, d'en conférer tous les jours ensemble, et de dire à M. Perdu que je le prie de rafraîchir sa mémoire sur cela, en sorte que, quand ils partiront de Richelieu, ils sachent comme il faut humblement et familièrement enseigner ces vérités. Qu'ils se souviennent qu'ils ne vont pas là pour les hérétiques, mais que c'est pour les pauvres catholiques, et que, si néanmoins, chemin faisant, l'occasion d'instruire quelqu'un se présente, ils le fassent doucement et humblement, montrant que ce qu'on leur dit vient des entrailles de compassion et de charité, et non d'indignation. Je ne saurais leur proposer un meilleur exemple que le vôtre et celui de M. Soufflier; un seigneur de ces quartiers-là m'a dit que vous yous y preniez justement comme il fallait pour instruire les catholiques, et les huguenots par eux, et pour les édifier les uns les autres. Je vous prie, Monsieur, de leur dire ceci, et
I. L'abbé Véron, grand controversiste, curé de Charenton. D*abord jésuite jusqu'en 1620, il quitta Plnstitut pour mieux travaillera la conversion des protestants. II mourut le 6 décembre 1649. Il réfuta la doctrine des jansénistes.
surtout qu'ils ne donnent jamais aucun défi aux ministres ni à qui que ce soit, pour quelque occasion que ce soit.
Ces messieurs partiront demain par le coche de Poitiers, comme je pense, car (il) s'oblige de les amener à quatre lieues de Richelieu. J'ai pourtant baillé la présente au messager de Champigny, à ce que vous ayez avis de leur départ, et que vous donniez à les loger.
Vous me dites que vous manquez de meubles ; je vous enverrai une lettre de crédit pour prendre jusqu'à mille livres à Tours, où vous pourrez faire provision des meubles qu'il vous faudra.
Si vous pressentez qu'on vous veuille assujettir à des choses contre nos bulles, priez monseigneur de Chartres de trouver bon que vous m'en donniez avis, si vous n'y pouve? remédier à l'heure même; que si, après tout, il n'y a point de moyen, sit nomen Dei benedictiim. Je suis, en son amour, à M. Perdu que j'embrasse, et à vous, etc.
P,'S, Dieu bénit beaucoup la mission qui se fait à présent ù Saint-Germain, où est la cour.