‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 5 sur 267 · I. Elle était commencée du 22 juillet · texte numérisé non relu

I. Elle était commencée du 22 juillet

route de Barbarie, tanière et spélongue ' de voleurs sans adveu du grand Turcq, où estant arrivez, il nous exposèrent en vente, avec procès verbal de notre capture, qu'ilz disoyent avoir esté faicte dans un navire espagnol, parce que sans ce mensonge, nous aurions esté délivrez par le consul que le Roy tient de là pour rendre libre le commerce aux François. Leur procedeure à nostre vente feust qu'après qu'ils nous eurent despouillez tout nudz, ils nous baillèrent à chacun une paire de brayes, un hocqueton de lin, avec une bonete, nous promenèrent par la ville de Thunis, où ils estoyent veneuz pour nous vendre. Nous ayant faict faire cincq ou six tours par la ville, la chaîne au col, ils nous ramenèrent au bateau, affin que les marchands vinsent voir qui pouroyt manger et qui non, pour monstrer que nos playes n'estoyent point mortelles. Ce faict, nous ramenèrent à la place où les marchands nous vindrent visiter tout de mesme que Ton faict à Tachât d'un cheval ou d'un bœuf, nous faisant ouvrir la bouche pour visiter nos dents, palpant nos côtes, sondant nos playes, et nous faisant cheminer le pas, troter ou courir; puis tenir des fardeaux, puis luter pourvoir la force d'un chacun, et mile autres sortes de brutalitez.

Je feus vendeu à un pescheur, qui feust contrainct de se deffaire bientost de moy, pour n'avoir rien de si contraire que la mer, et, depuis, par le pescheur à un vieillard, médecin spagirique 2, souverain tireur de quintescences, homme fort humain et traictable; lequel, à ce qu'il me disoyt, avoyt travaillé cinquante ans à la recherche de la pierre philosophai ; et en vain quant à la pierre, mais fort seurement à autres sortes de transmutation des métaux. En foy de quoy je luy ay veu souvent fondre autant d'or que d'argent ensem-

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