I. Mgr Fouquet, frère du surintendant
qui est encore dans l'ignorance et dans le vice, de lui demander ses avis! Je vous obéirai néanmoins, dans le sentiment de ce pauvre âne qui a autrefois parlé par l'obéissance qu'il devait à celui qui lui commandait, à condition que, comme Ton ne fait point d'état de ce que disent les fous pour ce qu'ils disent, qu'aussi mondit seigneur, ni vous, n'aurez aucun égard à ce que je vous dirai, sinon autant que mondit seigneur le trouvera rapportant à ses meilleurs avis et aux vôtres.
Je vous dirai donc premièrement, à l'égard des religieux en général, que je pense qu'on ferait bien de traiter avec eux comme Notre-Seigneur avec ceux de son temps, qui est de leur montrer d'abord comme lui, par exemple, comment ils doivent vivre ; car un prêtre doit être plus parfait qu'un religieux comme tel, et beaucoup plus un évêque. Et après leur avoir parlé par exemple un temps notable, Notre- Seîgneur leur parla ce langage trente ans durant; après cela il leur parla doucement et charitablement, et enfin fermement, sans pourtant user contre eux de suspension, d'interdiction, d'excommunication, et sans les priver de leur exercice. Voilà, Monsieur, comment Notre-Seigneur en a usé. Or j'ai une parfaite confiance qu'un prélat qui en usera de la sorte profitera plus à ces sortes de personnes que toutes les censures ecclésiastiques ensemble. Notre-Seigneur et les saints ont plus fait en souffrant qu'en agissant; et c'est ainsi que le bienheureux évêque de Genève, et à son exemple le feu monseigneur de Comminges ', se sont sanctifiés et ont été la cause de la sanctification de tant de milliers d âmes.
Ce que je vous dis, Monsieur, vous paraîtra rude, mais que voulez-vous! j'ai de si grands sentiments des vérités que Notre-Seigneur nous a enseignées, de paroles etd'exem-
I. Mgr Donadieu de Criest, évêque de Comminges, de 1623 à 1637.
ples, que je ne puis que je ne voie que tout ce qu'on fait selon cela réussit toujours parfaitement bien, et les pratiques contraires, tout au contraire. — Oui, mais ils mépriseront un prélat qui en usera de la sorte. — Il est vrai, et il le faut pour honorer la vie du Fils de Dieu en tous ses états par nos personnes, comme nous faisons par nos conditions ; mais il est vrai aussi qu'après avoir souffert quelque temps et autant qu'il plaît à Notre-Seigneur, et avec Notre- Seigneur, il fait que nous faisons plus de bien en trois années de vie que nous en ferions en trente. Mais que dis-je ? Certes, Monsieur, je ne pense pas qu'on en puisse faire pour tout autrement ; on fera bien des règlements, on usera de censures, on privera de confesser, de prêcher et de quêter ; mais pour tout cela, on ne s'amendera jamais, et jamais l'empire de Jésus-Christ ne s'étendra ni ne se conservera dans les âmes par là. Dieu a d'autres fois armé le ciel et la terre contre l'homme. Hélas! qu'y a-t-il avancé? Eh ! n'a-t-il pas fallu enfin qu'il se soit abaissé et humilié devant l'homme pour lui faire agréer le doux joug de son empire et de sa conduite ? Et ce qu'un Dieu n'a pu faire avec sa toute-puissance, comment le fera un prélat avec la sienne ?
Selon cela. Monsieur, j'estime que mondit seigneur a raison de ne pas fulminer excommunication contre ces religieux propriétaires, ni même d'empêcher sitôt ceux qu'il a approuvés et examinés une fois, d'aller prêcher les carêmes et les avents dans les paroisses des champs auxquelles il n'y a pas de station désignée, parce que cela leur paraîtrait rigide et au delà; les curés et les peuples qui ont leurs affections particulières se trouveraient gênés. Que si quelqu'un abuse du ministère, in nomine Domini, votre sage conduite y saura bien remédier.
Quant à la religieuse que vous me dites être nécessaire
en son monastère, et qui fait néanmoins des brigues et des desseins, et peut ainsi gâter les autres, je ne sais que vous répondre là-dessus, Monsieur, parce que vous ne vous expliquez pas; si vous jugez expédient de m'en récrire, il sera bon que vous me disiez en quoi elle est nécessaire, et si elle est d'un ordre dans lequel on transfère les religieuses.
Voilà, Monsieur, ce que je vous puis dire pour le présent, avec grande hâte et à bâtons rompus ; votre charité excusera les défauts que vous trouverez dans tout ce que je vous dis, et me fera celle d'assurer monseigneur de Bayonne de mes obéissances, et MM. Perriquet, Le Breton et Duménil de mes services, qui suis, etc.