‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 51 sur 267 · RÈGLEMENT · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT

éCRIT PAR SAINT VINCENT POUR LES FILLES DE LA CHARITÉ,

A l'hotel-dieu d'angers.

Mai 1640.

Les filles de la Charité des pauvres malades s'en vont à Angers pour honorer Notre-Seigneur, père des pauvres, et sa sainte Mère; pour assister les pauvres malades de l'Hôtel- Dieu de ladite ville, corporellement et spirituellement : corporellement, en les servant et leur administrant la nourriture et les médicaments, et spirituellement en instruisant les malades des choses nécessaires à salut, et procurant qu'ils fassent une confession générale de toute leur vie passée, à ce que, par ce moyen, ceux qui mourront partent de ce monde en bon état, et que ceux qui guériront fassent résolution de ne jamais offenser Dieu.

La première chose que Notre-Seigneur demande d'elles, c'est qu'elles l'aiment souverainement et fassent toutes leurs actions pour l'amour de lui ; et la seconde, qu'elles s'entre-

chérissent entre elles, comme des sœurs qu'il a liées du lien de son amour, et les pauvres malades, comme leurs seigneurs, puisque Notre-Seigneur est en eux, et eux en Notre- Seigneur.

Elles s'étudieront à avoir à mépris ce que le monde estime, et estimeront ce que le monde méprise, pour Tamour de Jésus-Christ qui nous en a donné l'exemple ; et pour cela, chacune cherchera son mépris et se mortifiera en toutes choses, et préférera les emplois vils et abjects aux honorables, et tiendront ferme contre les tentations qui leur arriveront au contraire ; renonceront à l'affection charnelle de leurs parents et de leurs pays, et la changeront en spirituelle, selon le conseil de Notre-Seigneur, qui nous dit que nous ne pouvons être ses disciples, si nous ne haïssons père et mère, et que nul prophète n'est sans honneur, sinon en son pays.

Elles seront fidèles à l'observance de leur règlement et à la façon de vivre propre de leur petite Compagnie, et à l'acquisition des solides vertus, notamment d'avoir une pure intention de plaire à Dieu en toutes choses, et d'aimer plutôt mourir que de lui déplaire ; et pour ce, travailleront incessamment au renoncement de leur propre volonté.

La pauvreté sera exactement gardée entre elles, comme un mur qui les doit conserver dans leur vocation, avec l'aide de Dieu, et pour cela chacune choisira toujours pour soi ce qui sera plus pauvre, n'aura argent, ni autre chose en son particulier, ni ailleurs; ménagera le bien des pauvres comme le bien de Dieu ; ne recevra ni donnera aucun présent; se contentera du vivre, du vêtir et du coucher qui lui sera donné; bref, elles se ressouviendront qu'elles sont nées pauvres, qu'elles doivent vivre en pauvres, et pour l'amour du Pauvre des pauvres, Jésus-Christ Notre-

Seigneur, et qu'en cette qualité elles doivent être extrêmement humbles et respectueuses envers tout le monde, et tenir la vue basse en parlant aux personnes.

Elles useront de toutes les précautions imaginables pour conserver leur chasteté, et garderont leurs sens extérieurs et intérieurs ; ne parleront seule à seule aux hommes, notamment aux prêtres ou aux religieux de la maison ; garderont toujours la pauvreté de leur habit et de leur coiffure.

Elles obéiront à leurs supérieurs d'ici pour la discipline et conduite intérieure; et à Messieurs les administrateurs pour Textérieur qui regarde leurs règlements de Thôpital, pour l'assistance des pauvres ; et à la supérieure d'entre elles pour l'exécution desdits règlements, et généralement en toutce qu'elle leur ordonnera ; et leur obéissance sera prompte, gaie, entière, constante, persévérante en toutes choses, et avec soumission de leur propre jugement et de leur volonté, estimant toujours que ce qui est ordonné est le meilleur; et nulle ne parlera, écrira ou recevra des lettres, que de l'ordre de la supérieure, si ce n'est à l'égard de Messieurs les administrateurs et de leurs supérieurs, avec lesquels elles traiteront avec respect et révérence, en les regardant en Dieu, et Dieu en eux.

Elles seront contentes que leur supérieure soit avertie de tous leurs manquements par celles qui les auront vues, diront tous les soirs les fautes' qu'elles auront faites le long du jour, et cela bonnement, humblement et simplement, et recevront la pénitence que leur supérieure leur ordonnera à cet effet.

Se confesseront et communieront tous les dimanches ; entendront la messe tous les jours ; feront une demi-heure d'oraison le matin, et autant le soir ; feront un petit examen

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