‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 52 sur 267 · X. II s'agît des manquements extérieurs à la règle · texte numérisé non relu

X. II s'agît des manquements extérieurs à la règle

devant les repas, touchant la vertu qu'elles se seront proposé d'acquérir, et le général, le soir ; et liront chaque jour un chapitre de la lecture spirituelle qui leur sera ordonnée, outre celle de table.

Elles se lèveront précisément à quatre heures du matin, s'élèveront à Dieu à leur réveil, l'adoreront, le remercieront de la grâce qu'il leur a faite de bien passer la nuit; lui demanderont pardon si elles l'ont offensé ; lui offriront leurs pensées, leurs paroles et leurs actions du jour, et lui demanderont la grâce de passer la journée en son amour et diront à cet effet : Benedicta sit sancta et individua Trinttas^ nunc et setnper^ etper injînita sœcula sœculorum. Amen.

A quatre heures et demie, elles se rendront à leur petit oratoire, feront l'oraison mentale jusqu'à cinq heures, diront ensuite les litanies de Jésus, et deux dizains de leur chapelet, puis elles iront achever de s'habiller et faire leurs lits.

A six heures, elles se rendront à la salle des malades, videront les pots et les bassins; feront les lits des malades, leur donneront les médecines ; prendront un peu de pain et un doigt de vin avant que d'y aller, au commencement de leur entrée dans ledit hôpital ; et les jours de communion, elles prendront l'odeur d'un peu de vinaigre, ou s'en frotteront les mains.

A sept heures, elles feront déjeuner les plu3 malades, d'un bouillon, ou d'un œuf frais, et les autres d'un peu de beurre ou de pommes cuites.

Après cela, elles entendront la sainte messe, si elles ne l'ont entendue à cinq heures ; et auront grand soin de faire prendre les bouillons aux malades qui auront pris médecine, aux heures précises.

Celles qui auront besoin de prendre quelque chose, le feront après cela; puis reviendront aux malades, instruiront les ignorants des choses nécessaires à salut, les induiront à

faire une confession générale de toute leur vie passée, et après cela à se confesser et communier tous les dimanches, tandis qu'ils seront malades et qu'ils le pourront, et à recevoir Textrême-onction de bonne heure; consoleront ceux qui sont fort malades, leur feront faire des actes de foi, d*espérance, de charité, de contrition et de conformité au bon pla.isir de Dieu ; disposeront ceux qui tendront à la mort à ce qu'ils partent de ce monde en bon état, et ceux qui guériront à ne jamais plus offenser Dieu, et au cas qu'ils le fassent, à s'en confesser au plus tôt.

Auront grand soin que les pauvres malades aient ce qu'ils auront besoin, leurs repas aux heures (ordonnées, à boire quand ils en auront besoin, et parfois quelques petites douceurs à la bouche.

A dix heures, elles se rendront toutes à l'infirmerie pour faire dîner les malades et les servir. La supérieure dira le Bénédicité et les grâces tout haut, et elle avertira les malades d'élever leur cœur à Dieu à cet effet. Si cela dépend des sœurs, elles leur feront donner un bouillon, du veau et du mouton, avec un peu de bœuf au dîner, et du rôti et bouilli au souper, si l'ordre déjà établi n'en dispose autrement.

Mais pour ceux qu'il n'est pas expédient qu'ils mangent de la viande solide, il leur sera donné des bouillons et des œufs frais alternativement, de trois heures en trois heures, en sorte qu'ils aient quatre bouillons et trois œufs frais par jour.

Le pauvres ayant dîné, elles feront leur examen particulier, dîneront à onze heures précisément, avec portion et lecture de table qu'elles feront tour à tour; puis, grâces étant dites, elles diront un dizain de leur chapelet, pour offrir à Dieu ce qu'elles doivent faire l'après-dîner, et pour lui demander la grâce de le faire en son amour.

Cela fait, deux d'entre elles s'en iront relever la sœur qui

est restée auprès des malades, laquelle s'en ira dîner à la

seconde table avec la lectrice ; et elles tâcheront de récréer les malades. La lectrice et la garde des malades ayant dîné et rendu grâces à Dieu et desservi la table, s'en iront à réglise ou à l'oratoire dire un dizain de leur chapelet, à même fin que dessus, et les autres deux sœurs s'en iront laver la vaisselle et travailler aux emplois qui leur seront destinés par la supérieure. S'il n'y a point à Angers une Compagnie de dames de la Charité de l'Hôtel-Dieu pour donner la collation aux pauvres malades, les sœurs se rendront à l'infirmerie, à deux heures précisément, pour donner quelques petites douceurs auxdits pauvres malades pour leur collation, comme sont des pommes et des poires cuites, et, si messieurs (les pères des pauvres) l'agréent, quelques confitures et des rôties au sucre.

Celles qui ne seront point de garde auprès des malades s'en retourneront à leurs emplois, ou, si elles n'ont rien qui presse , demeureront à l'infirmerie pour instruire ces pauvres gens, les disposer à la confession générale, à leur faire faire des actes intérieurs de foi, d'espérance, de charité, de contrition et de conformité au bon plaisir de Dieu^ et à les consoler comme au matin. A quatre heures, elles donneront les médicaments, changeront de draps à ceux qui se seront gâtés, videront les pots, raccommoderont un peu les lits des malades sans qu'ils se lèvent. A cinq heures précisément, toutes les sœurs se rendront à l'infirmerie pour faire souper les malades et les servir comme au dîner ^ après cela, les sœurs s'en iront faire une petite demi-heure d'oraison, et au bout l'examen particulier, et souperont ensuite, puis diront les grâces et feront comme au dîner.

Après grâces, qui sera environ six heures et demie, les sœurs se rendront à l'infirmerie, relèveront la garde, l'enverront souper avec la lectrice, et faire tout comme après le dîner, tandis que les autres feront coucher avant sept heures

— sales malades qui seront debout, donneront ordre qu'il y ait du vin et quelques petites douceurs pour subvenir aux besoins des plus malades.

A sept heures et demie, les sœurs se rendront à l'infirmerie, feront l'examen général et le feront faire aux malades qui le pourront, feront lire les points tout haut par Tune d'entre elles, au milieu de l'infirmerie, puis diront les litanies de la sainte Vierge, et liront les points de l'oraison, et la supérieure donnera de l'eau bénite à tous les malades et aux sœurs.

A huit heures, les sœurs se retireront, laisseront une d'entre elles, l'une après l'autre, dans l'infirmerie, pour veiller et assister les plus malades, et aider les moribonds à bien mourir, et achèvera son chapelet au premier somme des malades, et passera la nuit en veillant, lisant et sommeillant parfois, tandis que les pauvres reposeront ; et les autres se retireront à leurs offices pour apprêter ce qu'il faudra pour le lendemain au matin, et se coucheront précisément à neuf heures, après avoir fait l'acte d'adoration.

A trois heures et demie, la veilleresse fera son oraison, et à quatre heures, elle la finira et ira éveiller les autres et prendre quelque chose, si elle veut, et s'en ira coucher jusqu'à neuf heures, qu'elle se lèvera pour entendre la sainte messe ; et la supérieure en enverra une autre à sa place, qui y fera son oraison en la même manière et pendant le même temps que les autres, si ce n'est que sa présence fût nécessaire alentour de quelque malade, auquel cas elle saura que le service qu'elle rend aux malades est une continuelle oraison devant Dieu. <

Et afin qu'il plaise à Dieu leur faire la grâce d'accomplir toutes ces choses, elles la lui demanderont souvent, se confesseront et communieront à cette intention ; marcheront en la présence de Dieu, prendront pour leurs patrons

ct intercesseurs devant Dieu la sainte Vierge, saint Joseph^ saint Louis, sainte Geneviève et sainte Marguerite, reine d'Ecosse; seront fidèles à bien faire exactement leurs actions journalières ; vivront en grande bonté, douceur et cordialité les unes avec les autres, et avec les pauvres; s'étudieront à être fort humbles vers un chacun, et fort respeaueuses et obéissantes envers messieurs les administrateurs ; s'éloigneront de la communication du monde, notamment des religieux de la maison, auxquels elles ne parleront jamais que deux ensemble, et encore courtement, et pour des choses nécessaires, ni jamais de leurs petites difficultés à personne, si ce n'est à la supérieure ; écriront souvent à leurs supérieurs spirituels, à Paris, l'état de leur intérieur, et suivront leur avis; obéiront exactement à leur supérieure ; liront tous les vendredis, à table, le présent règlement; et enfin se représenteront souvent le bonheur de leur condition, comme elles servent Notre-Seigneur en la personne des pauvres , comme il reconnaîtra que c'est à lui qu'elles rendent le service qu'elles rendent aux pauvres malades, comme elles iront la tête levée au jour du jugement, comme elles accomplissent entièrement la loi de Dieu en faisant ce qu'elles font, et comme enfin elles seront toujours en Dieu, et Dieu toujours en elles, tandis qu'elles demeureront en la charité.

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