‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 53 sur 267 · A M. LE BRETON · texte numérisé non relu

A M. LE BRETON

PRÊTRE DE LA MISSION, A ROME

Au sj;^t de Utu' lisscment dans Rome, et sur la nécessité pour la Compagnie d ctre

soumise aux ordres du Souverain Pontife.

i«» juillet 1640.

Monsieur,

Je reçus hier trois de vos lettres à la fois; l'une du second, Tautre du troisième dimanche après Pâques, et l'autre du

i8 avril, ce me semble. Voici succinctement la réponse à toutes les trois.

Je loue Dieu et ai une consolation inexplicable de tout ce que Notre-Seîgneur fait pour vous de delà, quoique nous n'ayons encore ce que vous demandez pour nos affaires ; mais béni soit Dieu de ce qu'il ne l'a pas pour agréable, et de tout le bien que vous faites parmi tout cela; que si la chose principale ne se peut pendant ce pontificat, in nomine Domini,

Je rends grâces à Dieu cependant de ce que monseigneur le vice-gérant vous a donné permission verbale d'acheter une maison dans Rome et de vous y établir. Il me semble que ceux-là ont raison qui souhaitent que vous ne soyez pas en mauvais air, ni si éloignés ; je vous supplie, Monsieur, de faire attention à l'un et à l'autre et surtout au premier. Il faut se passer avec peu au commencement. Si nous pouvons vous envoyer quatre mille livres pour cela, ce sera tout. Le titre de la chapelle sera de la Sainte-Trinité, s'il vous plaît; et la maison se pourra appeler de la Mission. Voyez-vous de l'inconvénient à prendre la charité qu'on vous fera pour les messes ? Il me semble que je n'en vois point à visiter les pauvres malades d'alentour, ni à vous offrir à monsieur le vice-gérant, à recevoir les ecclésiastiques pour la retraite et pour les cérémonies; mais cela, avec le temps, quand vous aurez le renfort que je vous enverrai, lorsque positivement j'apprendrai que vous avez une maison. Si la chose presse pour cela, vous prendrez de l'argent de M. Marchand et nous le rendrons ici; sinon je tâcherai de le faire baillera monseigneur le nonce ou à M. Mazarini '. Je n'ai encore pas vu mondit seigneur le nonce, pour des raisons d'importance que je ne puis vous écrire, et ne le pourrai voir moi-même, que les affaires de deçà et de delà ne soient accommodées. Je tâcherai de le faire voir cette semaine par une personne qui

t. M. Mazarini, qui allait devenir sous peu le cardinal Mazarin.

— Sole voit souvent, qui me Ta promis, et qui l'aurait déjà fait, n'était qu'il revient des champs.

Que vous dirai-je de la proposition de Mgr Ingoli ? rien, certes, Monsieur, sinon que je la reçois avec toute la révérence et l'humilité possibles, comme venant de Dieu; que nous ferons notre possible pour l'embrasser; mais que nous n'avons, en l'une ni en l'autre des deux Compagnies, aucun du comtat d'Avignon, et que néanmoins, il me semble qu'il est absolument nécessaire que l'évêque et les deux autres qui le doivent accompagner, soient de même Compagnie. Depuis ce qui est ici dessus écrit, j'ai été célébrer la sainte messe ; voici la pensée qui m'est venue : c'est que le pouvoir d'envoyer ad gentes, résidant en la personne de Sa Sainteté seule sur la terre, il a pouvoir par conséquent d'envoyer tous les ecclésiastiques, pour la gloire de Dieu, par toute la terre, pour travailler au salut des âmes, et que tous les ecclésiastiques ont obligation de lui obéir en cela ; et selon cette niaxime, qui me semble vraisemblable, j'ai offert à Dieu cette petite Compagnie pour aller là où Sa Sainteté ordonnera ; je pense pourtant, comme vous, qu'il est nécessaire que Sa Sainteté ait agréable que la direction et la discipline des envoyés soit au Supérieur général, avec la faculté de les rappeler et d'en envoyer d'autres à leur place, en sorte néanmoins qu'ils soient à Tégard de Sa Sainteté comme les serviteurs de l'Évangile à l'égard de leur maître, et que leur disant : alle^-là^ ils seront obligés d'y aller; venez ici^ ils \ïçndvoni\ faites cela^ qu'ils soient obligés de le faire. Nous en avons peu en la Compagnie qui aient les talents qu'il faut pour une mission d'une telle importance ; il y en a néanmoins quelques-uns, par la miséricorde de Dieu.

Je n'ai pu parler à Son Éminence de l'affaire de M. Le Bret; j'en entretiendrai M"* la duchesse d'Aiguillon, sa nièce. Je salue mondit sieur Le Bret avec tout le respect

<jui m'est possible, et suis son très humble serviteur et le vôtre.

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