A M. ESCART
PRÊTRE DE LA MISSION^ A ANNECY
li rengage à modérer son zèle, à agir avec condescendance et douceur.
Saint*Lazare-lès-Paris, 25 juillet 1640.
Monsieur,
Je vous demande très humblement pardon de ce que j'ai tant mis à vous faire réponse, et vous promets de m'amender moyennant Taide de Dieu. Votre lettre m'a apporté une consolation que je ne vous puis exprimer, voyant le zèle que Notre-Seigneur vous donne pour votre avancement en la perfection et pour celui de la Compagnie ; continuez, Monsieur, au nom de Notre-Seigneur, à demander cette grâce à sa divine bonté, et à y travailler à bon escient, tempus enim brève est^ et grandis nobis restât via, O monsieur Escart, que je chéris plus que moi-même, que je fais volontiers cette même prière à Dieu et pour vous et pour moi ! Mais quoi ! ma misère est si grande que je suis toujours dans la poussière de mes imperfections, et au lieu que l'âge de soixante-quatre ans que j'ai me devrait être un plus puissant aiguillon pour travailler à l'amendement de ma misérable vie, je ne sais comme cela se fait que j'y avance moins que jamais. Vos prières. Monsieur Escart, mon cher ami, m'aideront à cela, et celles de ces tant bonnes âmes que vous voyez de delà; je vous demande une messe au tombeau de notre bienheureux père ^ pour cela. Je ne sais si la vue que j'ai de mes misères me fera vous dire ce que je m'en vas vous écrire ; mais j'entends le vous dire en la vue de
1. Pierre Escart^ né en 161 2 à Vonargon (Suisse) ; entré en 1637.