‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 62 sur 267 · M»« de Chantai · texte numérisé non relu

M»« de Chantai

3' qu'il donne quantité de malédictions aux personnes qui jugeaient témérairement de leur prochain; 4® qu'il était blâmé d'être homme vain, amateur de soi-même, souffrant qu'on lui répandît des onguents sur sa tête; que ceux qui l'approchaient le publiaient pour un faiseur de bonne chère, buveur de vin et qui n'observait aucune règle de Moïse, ni les faisait observer aux apôtres, souffrant qu'ils prissent des épis et en mangeassent les grains le jour du sabbat; qu'il n'apprenait point ses disciples à prier comme saint Jean. Or, qui étaient ceux qui faisaient courir ces bruits ? C'étaient ses propres disciples, ou quelqu'un d'eux. Pourquoi cela? C'est pour ce qu'ils n'avaient pas reconnu au commencement l'esprit dans lequel Notre-Seigneur faisait ces choses. Et pour ce que cela n'était pas rapportant au leur, ils ne contredirent pas au commencement leurs sentiments, qui offusquaient tellement la raison qu'elle ne put plus distinguer l'apparence du vrai ni du faux. L'imagination reçut à foule les pensées conformes à leur sentiment et à leur raison gâtée ; et ttide peu à peu se formèrent le mépris et la haine et tout ce qui s'en ensuivit. O Dieu ! Monsieur, que lui, qui voyait tout cela, avait raison de crier contre les jugements téméraires, et que vous, vous avez sujet de craindre que ce que vous me dites de cette personne-là n'ait commencé par quelque antipathie naturelle ou par une forte pente au zèle qui, par un esprit trop âpre, ait pu devenir moins discret!

Au nom de Dieu, Monsieur, pensez-y ; et quand même vous ne croiriez pas ce que je vous dis, entrez pour le moins dans le doute que cela soit ainsi, attendu que vous êtes le seul qui ayez cette opinion-là; et que monseigneur, notre digne mère, ceux qui l'approchent, le voient et l'observent comme vous, m'en mandent le contraire ; et dans ce doute, ô Jésus ! Monsieur, vous êtes obligé à faire votre possible pour vous dépréndre de ces opinions, de vous humilier beau-

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coup là dedans, et ne •souffrir plus aucune pensée contraire à Testime, à la charité et à la soumission d'esprit que vous devez audit sieur. Bénissez Dieu cependant, Monsieur, de ce que vous ne péchez pas par défaut, mais par excès d'une vertu, pour ce qu'il sera moins pénible de modérer votre zèle que de le vous donner si vous n'en aviez pas ; priez Dieu pour moi, s'il vous plaît, qui n'en ai point pour mon avancement en la vertu, pour qu'il m'en donne. Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, etc.

P. 'S. Je vous supplie. Monsieur, de faire quelques oraisons siir ce que je vous dis, et de me mander les résolutions que Notre-Seigneur vous donnera sur cela.

5o. — A M. CODOING,

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