A M. CODOING
PRÊTRE DE LA MISSION, SUPÉRIEUR A ANNECY
Recommandation expresse de ne rien conclure sans Tavis du supérieur général.
7 décembre 1641.
Monsieur,
Vous me mandez que vous allez mettre l'argent à rente entre les mains de M. le comte de N. ; ce qui me donne sujet de vous dire, Monsieur, que j'ai un peu de peine de cela, et qu'il me semble qu'il aurait été à propos d'en acheter une maison ou de la faire. Je sais bien qu'il y a quelque chose à redire à cela même ; mais si vous m'aviez écrit votre intention et vos raisons, je les eusse pesées devant Dieu, comme j'ai tâché de faire de celles du contrat, mais trop tard. II eût été à propos que vous m'eussiez mandé l'une et l'autre proposition, et ensuite les raisons pour et contre, afin d'asseoir mon jugement là-dessus, qui a eu grand'peine à consentir à quelques clauses trop rudes du contrat. C'est pourquoi je vous prie. Monsieur, de ne plus jamais rien faire de semblable sans m'en écrire. Il eût été même expédient que vous m'eussiez mandé la manière que vous désireriez prendre
I. Mgr René de Breslais, évéque de Troyes, d'octobre 1604 au 2 novembre 1641. Il était mort quand saint Vincent écrivait cette lettre.
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pour le séminaire que vous avez commencé. Il me semble qu'on vous avait donné avis de m'envoyer le projet avant de conclure, et c'est ce que tous ceux de la Compagnie ont toujours pratiqué partout, et ce qu'on pratique en toute Compagnie bien réglée.
Vous m'objecterez que je suis trop long, que vous attendez quelquefois six mois une réponse qu'on peut faire en un moisj et que cependant les occasions se perdent et tout demeure.
A quoi je vous réponds, Monsieur, qu'il est vrai que je suis trop long à répondre et à faire les choses, mais que pourtant je n'ai jamais vu encore aucune affaire gâtée par mon retardement, mais que tout s'est fait en son temps et avec les vues et les précautions nécessaires ; et que néanmoins je me propose de vous faire réponse à l'avenir au plus tôt, après avoir reçu vos lettres et avoir considéré la chose devant Dieu, qui s'honore beaucoup du temps qu'on prend pour considérer mûrement les choses qui regardent son service, comme sont toutes celles que nous traitons. Vous vous corrigerez donc, s'il vous plaît, de votre promptitude à résoudre et à faire les choses, et je travaillerai à me corriger de ma nonchalance.
Je vous supplie derechef, au nom de Dieu, de me donner avis de toutes choses, avec le pour et le contre de celles qui sont de considération, vous gardant d'ajouter, ôter ou changer à notre manière de vie, et de faire quelque chose d'importance ^sans me l'écrire et avoir ma réponse. Oh! que le bon M. Le Breton a parfaitement pratiqué cela, et que Dieu a béni cette sienne conduite!
Oserai-je vous le dire sans rougir. Monsieur? il n'y a remède, il faut que je le fasse : c'est que, repassant par-dessus toutes les choses principales qui se sont passées en cette Compagnie, il me semble (et c'est très démonstratif) que, si
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elles se fussent faites avant qu'elles l'ont été, elles n'auraient pas été bien. Je dis cela de toutes, sans en excepter pas une seule : c'est pourquoi j'ai une dévotion particulière de suivre pas à pas l'adorable providence de Dieu ; et Tunique consolation que j'ai, c'est qu'il me semble que c'est Notre- Seigneurseul qui a fait et fait incessamment les choses de cette petite Compagnie. Au nom de Dieu, Monsieur, enfermons-nous là dedans, dans la confiance que Notre-Seigneur fera ce qu'il voudra qu'il soit fait parmi nous. J'espère cela de sa bonté et de l'attention que vous ferez à la très humble et très affectionnée prière que je vous en fais pour l'amour de Notre-Seigneur, etc.