‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 81 sur 267 · I. Le commencement de la lettre manque · texte numérisé non relu

I. Le commencement de la lettre manque

de la cure . Et un autre d'ici, qui se présente, m'a dit fort simplement que, si nous ne le prenons, il s'en va trouver ces messieurs les missionnaires de Provence, qui sont à Senlis. Vous pouvez penser en quel esprit je vous dis ceci, en vous disant que je prie Dieu tous les jours plusieurs fois qu'il les bénisse et les augmente, et qu'il nous anéantisse si nous ne le servons pas suivant le dessein qu'il a sur nous. Hélas ! Monsieur, qu'il nous importera peu, quand nous serons au ciel, s'il plaît à Dieu me faire la grâce d'y aller, par qui Notre-Seigneur sera glorifié pourvu qu'il le soit! car il n'y a point là de tneum et tuum.

Je ne sais si M. Lucas a fait ce que vous lui avez écrit. Il est en mission. A son retour et au mien, qui sera dans quatre ou cinq jours, je lui parlerai, s'il plaît à Dieu.

Vous pourriez prendre l'ordre de votre dépense à raison de cinq cents livres par quartier. Je doute que l'on vous donne longtemps les deux mille cinq cents livres par an des coches de Soissons, qui vous sont données pour ce ; les fermes de ces genres de biens diminuent notablement de prix; celles que nous avons de Chartres vaudront, cette année, près de la moitié moins : les misères publiques et la diminution du monde qui voyage font ce déchet.

Je vous ai assez amplement écrit de l'affaire de Saint- Quentin. Je pense qu'il sera expédient que vous fassiez la mission dans les villes où il y a évêché, pour la raison que je vous ai écrite d'autrefois à Genève, que, quand nous arrêtâmes pour notre première fondation que nous ne travaillerions dans les villes où il y a évêché, c'était pour y prêcher et confesser comme font les autres ordres, chez eux et aux autres églises, et que nous ne pensions pas alors à l'exclusion d'y faire la mission ; l'on vient de la faire à Alet et à Soissons.

Vous ferez bien d'acheter un calice d'argent, et d'honorer

la pauvreté de Notre-Seigneur aux ornements, comme nous faisons à Saint-Lazare.

Nous continuerons à payer toutes les lettres ici, et nous verrons avec le temps.

Voilà la réponse exacte à tous vos points, et la très humble prière que je vous fais d'avoir soin de votre santé et de celle de la compagnie, que j'embrasse Tun après Tautrc en esprit, prosterné aux pieds d'un chacun, avec une tendresse de cœur que je ne vous puis exprimer, et qui m'est augmentée parce que vous dites que vous ne ferez rien sans ordre, et que vous vous proposez d'aller piano^ piano. O Monsieur, que mon cœur est consolé de cela ! Ressouvenez-vous, Monsieur, que la manière de faire monter un arbre bien haut, c'est de lui couper les branches ; que les animaux qui se nourrissent trop meurent vite.

O que Notre-Seigneur nous a fait une grande leçon de ne pas se hâter en ce peu qu'il a fait, en comparaison des apôtres, et de ce qu'il pouvait ; et quand il allait se cacher au temps que les troupes le suivaient ! Au nom de Dieu, Monsieur, si la nécessité nous presse de nous hâter, que ce soit lentement, comme dit le sage proverbe ! Il me semble aussi que nous devons avoir dévotion à ne nous pas tant manifester par écrit, par imprimés et par relations (je dis à regard du dehors, baste à l'égard du dedans), comme nous le devons faire par des bonnes œuvres, qui parleront tôt ou tard un langage plus avantageux que tout ce qu'on fait pour sa propre ostension et manifestation. Je n'ai pu que je ne vous aie dit ce mot, en la vue de ce que vous dites que vous avez pensée de faire imprimer la relation de monseigneur de Bayonne touchant son espèce de séminaire. Je finis en me recommandant à vos prières, et je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

6j. — A M. CODOING,

SUPÉRIEUR, A ROMEI.

Il l'engtge à ne pas agir sans conseil et à pratiquer Thumilité et la simplicité, et lui parle

des vœux.

Saint-Lazare^ 21 novembre 1642.

Monsieur,

Il y a quinze jours que Je ne vous ai écrit. J'ai reçu depuis deux de vos lettres, du lieu où vous avez fait la première mission, qui m'ont donné sujet de rendre grâces à Dieu de la bénédiction que sa bonté y a donnée, et n'ai pu m'empêcher de la témoigner à la petite famille à la répétition d'oraison', notamment cette réconciliation, qui me semble un miracle, eu égard à la complexion du pays. J'ai un peu moins de facilité d'entendre l'italien, néanmoins que cela sert à faciliter votre style, in notnine Dotnini. Je ne sais si madame la duchesse, votre fondatrice, l'entend. Je la console parfois en lui faisant voir vos lettres. S'il y a quelque chose de particulier, notamment ce qui regarde les personnes de la Compagnie, vous les mettrez dans un billet à part.

Je vous ai envoyé des lettres de recommandation de monseigneur le nonce à nosseigneurs le cardinal de Saint-Onofrio et la , je vous prie de m'en mander l'effet.

Votre pénultième, comme celle qui la précède, et la dernière, me font voir quelque changement en votre conduite à l'égard des ordinands et des exercitants, sous les prétextes de ce que ces messieurs ont laissé à la liberté d'un chacun d'y aller ou de n'y pas aller; sur quoi je vous dirai qu'il me semble que vous auriez bien fait de continuer en la manière que la providence de Dieu en disposait, qui requérait peutêtre ces actes de patience et de soumission pour attirer l'abondance de sa grâce sur vous.

I. Cette lettre fut échangée à Genève^ en 1824, contre un autographe de Calvin.

Il eût mieux valu, il me semble, entreprendre des missions en de moindres lieux, et peut-être que celle des pâtres a contribué à Tavancement de votre famille autant que pas une autre, étant faite dans Tesprit de Dieu; j'ai deux ou trois raisons pour cela, dont Tune est que Notre-Seigneur abaisse pour élever, et fait souffrir peines intérieures et extérieures pour purifier. Il désire souvent des choses plus que nous, mais il veut nous faire mériter la grâce de les faire par plusieurs pratiques de vertu, Timpétrer par plusieurs prières.

La seconde raison est qu'il est à propos que vos principaux desseins, qui sont pour Rome, s'exécutent avec patience et longanimité. A Rome, les esprits sont patients, observateurs de la conduite des hommes, et comme ils sont solides, ils ont peine de confier des choses d'importance aux personnes qui suivent les secondes imaginations, s'y attachent, et cela quelquefois au préjudice des premières. O qu'ils sont patients et longanimes, et qu'ils aiment l'a patience et la persévérance aux premiers desseins I

La troisième raison vient du côté de deçà, où la personne que je vous ai nommée, et un prélat de nos amis, ont trouvé quelque chose à penser fen ce changement de conduite. Et puis, tandis que nous allons de branche en branche dans nos desseins. Dieu en suscite d'autres, qui font ce qu'il demandait auparavant de nous.

Auriez-vous agréable que je vous dise, Monsieur, que j'ai toujours reconnu ce défaut en nous deux, de suivre facilement nos nouvelles imaginations, et de nous attacher parfois trop fortement? C'est ce qui a fait que je me suis imposé le joug de ne rien faire de notable sans conseil, à quoi Dieu me donne tous les jours de nouvelles lumières de l'importance d'en user de la sorte, et plus de dévotion de ne rien faire que comme cela. Au nom de Dieu, Monsieur, ne faites rien d'im-

portant ni surtout de nouveau s'en m'en donner avis auparavant, afin que je vous donne le mien. ♦

Je vois quantité de raisons que vous me pourrez alléguer contre sur ce sujet. Mais croyez, Monsieur, que j'en ai pour répondre à toutes, et des expériences que soixante-six ans et mes propres fautes m'ont acquises^ qui ne vous seront pas inutiles.

Les deux principales raisons qui vous ont emporté à en user de la sorte sont : la première, celle que je vous ai déjà dite, que vous ne pouviez faire les deux à la fois : la mission, et laisser des hommes à suffisance pour les ordinands; à quoi je vous ai déjà dit qu'il eût mieux valu faire de moindres missions, comme celle des pâtres, joint que Dieu bénit toujours mieux les commencements plus humbles que ceux que carillonnent et publient notre committimus K L'autre est que, faisant les missions et les ordinands de Velletri avec succès, Mgr le cardinal Lanti prendrait de là sujet de faire valoir la Compagnie, et à faire résoudre le décret des ordinands.

A quoi je vous dirai que cela peut être, mais que, comme cela m'a semblé contre la simplicité chrétienne, et qu'il me semble que Dieu la demande de nous, j'ai toujours fui de faire des actions de piété en un lieu pour me rendre recommandable en un autre, excepté une fois que nous fîmes la mission en un lieu pour nous rendre considérables à feu monsieur le président de Paris, duquel nous avions à faire. Dieu permit que la chose fît un effet tout contraire, parce que la Compagnie y fit paraître, plus qu'en pas un lieu, les pauvretés et les misères des esprits d'icelle, et qu'il fallut que je retournasse après la mission demander pardon à un prêtre, à genoux, pour quelque offense qu'un de la Compagnie lui avait faite,

1 . Allusion au privilège dont jouissaient quelques personnes de faire porter leurs causes à Paris, à la juridiction des requêtes de l'Hôtel.

de sorte que Notre-Seigneur me fit connaître évidemment pour lors, par expérience, ce que j'avais cru jusque-là par théorie, que Dieu demande de nous que nous ne fassions jamais un bien en un lieu pour nous rendre considérables en d'autres, mais que nous le regardions toujours directement, immédiatement et sans moyen, en toutes nos actions, et nous laissions conduire par sa paternelle main.

Je vous ai écrit touchant vos vœux et ai oublié à vous dire qu'il est libre à ceux qui sont déjà dans la Compagnie de les faire ou de ne les pas faire; que cela regarde ceux qui viendront à l'avenir, et que, la plupart de ceux qui sont avec vous l'ayant déjà fait, il n'est pas besoin que vous leur en parliez. Je pense qu'il n'y a que M. de Ploesquellec ' qui ne les a pas faits ; vous ménagerez cela, selon votre prudence ordinaire, avec ceux qui se présenteront à l'avenir.

Je ne sais si ces six exercitants desquels vous me parlez sont prêtres ou s'ils sont prêts à l'être ; si cela est, in nomine Domini; mais si ce sont des enfants, ressouvenez-vous. Monsieur, que nous ne pouvons espérer deçà que ce qui vous a été promis par la fondation, et faites votre compte sur cela.

J'ai reçu les indulgences et l'autel privilégié pour la Rose. Je suis en peine du grand travail que vous avez, et crains que vous ne surchargiez votre esprit et votre corps au delà de leurs forces. Au nom de Dieu, Monsieur, ménagez-vous. Je suis, en son amour, etc.

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