I. Il fît les vœux en
— i33 — 68. —A MADEMOISELLE DU FAY.
Estimer beaucoup les souffrances.
Mademoiselle,
Vous m'obligez beaucoup de me rendre participant de l'état auquel vous vous trouvez; je vous en remercie et vous prie de bien vous soulager et de vous faire traiter soigneusement .pour recouvrer vos forces et les bien ménager après pour servir Dieu; car Notre-Seigneur le veut bien ainsi, Mademoiselle, et je vous en prie. O mon Dieu! que les voies par lesquelles il mène les siens sont admirables et adorables, Mademoiselle I Certes, rien ne lui coûte pour la sanaification d'une âme ; il livre le corps et l'esprit à la faiblesse pour les fortifier dans le mépris des choses de la terre et dans l'amour de sa Majesté; il blesse et guérit, il crucifie en sa croix pour glorifier en sa gloire, bref, il donne la mort pour faire vivre en l'éternité. Agréons ces apparences de mal pour avoir les véritables biens qu'ils produisent. Mademoiselle, et nous serons bien heureux en ce monde et en l'autre. Au reste," je remercie la Mère des filles de l'honneur qu'elle me fait de se souvenir de moi, et lui promets de lui faire raison de ses plaintes. O mon Dieu ! que je me promets un petit quart d'heure à lui cuir raconter le procédé de ses filles avec elle et comment la communauté s'est portée; mais je désire bien que ce ne soit pas si tôt, car les maladies croissent ou pour le moins ne diminuent pas; on m'a dit hier qu'il fut tiré trois corps d'une maison proche de M*^* Le Gras, et qu'il est mort un Père de l'Oratoire à Saint-Jacques, et un autre à Notre- Dame-des- Vertus. Je vous souhaite le bonsoir, et suis votre, etc.
— i34 — 69. — A M. GUERIN,
SUPÉRIEUR, A ANNECY
Il recommande la douceur, la fermeté et Tobservance des règles.
12 février 1643.
Monsieur,
Mon Dieu, que mon âme a été consolée de la façon que votre famille a reçu votre nouvel emploi ! cela me fait espérer grâce particulière sur vous. Monsieur. Oh ! qu'il en faut pour la conduite d'une communauté telle que la vôtre, pour empêcher que rien de contraire à son esprit ne s'y glisse, et pour la faire avancer dans la voie de la perfection ! Les fréquentes prières vous aideront à cela ; comme aussi de prendre quelque temps par jour ou parsemaine pour considérer : i* l'importance qu'il y a qu'un supérieur avance sa Compagnie en la perfection que Dieu demande d'elle ; 2" en quoi consiste cette perfection ; 3® comme quoi elle y travaille en général, et comme quoi chacun en particulier; 4* penser aux moyens de la faire avancer et les mettre en pratique.
Etre toujours le premier aux actions de la Compagnie autant que les affaires le permettront, c'est le premier moyen ;. le deuxième, être invariable pour la fin et doux pour les moyens (fort et ferme à l'observance des règles et des saintes coutumes, et humble et doux aux moyens de les faire observer); et le troisième est de prendre avis de MM. NN.^ quoique, selon les règles de la Compagnie, le supérieur ne soit pas obligé à suivre la pluralité des opinions, et que les choses proposées se doivent résoudre entre Dieu et lui, sauf à répondre à la visite du succès de ce qu'il aura fait contre le
sentiment de son conseil.
Vous aurez un grand respect aux avis de M. Dufestel, qui vous a précédé en la charge. S'il s'agit du temporel, vous pourrez consulter des avocats; hors cela, point. Il n'y a que
les membres du corps qui soient animés de l'influence de l'esprit du même corps.
Quand j'ai dit qu'il faut être invariable à la fin et doux aux moyens, je vous ai dit l'âme de la bonne conduite, et l'un sans l'autre gâte tout. O Monsieur! que la participation à la douceur et à l'humilité du cœur de Notre-Seigneur représente au vif l'image de ce même Seigneur et celle de sa bonne conduite, surtoutî quand la fermeté s'y trouve, sans laquelle je vois la plupart des communautés qui se relâchent en venir là par la trop grande indulgence des supérieurs! Soyez donc ferme. Monsieur; et j'admets qu'à l'heure même vous contristiez les esprits, ils vous en auront plus de confiance après; et hors cela, dans quelque temps vous leur seriez à mépris. Soyez exact à entendre la communication de l'intérieur tous les mois; je prie la Compagnie de s'affectionner à cette sainte pratique et à toutes les autres, ce que j'entends de l'observance de nos petites règles, surtout de celle de la charité mutuelle. Et parce qu'il n'y a que l'esprit de Jésus-Christ Notre-Seigneur qui soit le vrai directeur des âmes, je prie sa divine Majesté qu'elle nous donne son esprit pour votre direction particulière et pour celle delà Compagnie. Hélas! Monsieur, comment suis-je si misérable d'oser prendre la hardiesse de vous dire toutes ces choses, lesquelles je ne fais pas? Votre charité m'excusera s'il lui plaît, et priera Dieu pour moi qui suis le plus misérable des hommes, et qui veux espérer néanmoins de m'amender, si je suis aidé de vos prières et de celles de votre petite communauté, à laquelle je me recommande.
— i36 — ' 70.'— A M. CODOING,
SUPÉRIEUR, A ROUE
Il lui recommande d'écrire et de laisser écrire au général. — Il est heareaz des
renseignements donnés par le P. Bagot t.
27 février 1643.
Monsieur,
Au nom de Dieu, ne mettez point de modération à la liberté d'écrire au Supérieur général; c'est l'usage fondé sur beaucoup de bonnes raisons, et une des principales consolations qu'aient les inférieurs d'avoir cette liberté entière; et certes, il est juste. Ne pensez pas, Monsieur, qu'on croie les inférieurs contre le supérieur sans l'ouïr, ni que l'on agisse selon ce que l'on peut conjecturer de leurs rapports. O Jésus ! non, je puis vous assurer que je ne dis rien selon cela, mais c'est selon la conduite qu'on voit par les lettres des supérieurs particuliers. Il est fort à souhaiter, Monsieur, que tous les supérieurs de la Compagnie fassent comme fait l'un d'eux, qui dit en public de temps en temps que si l'on trouve à redire à sa conduite ou à ses mœurs, qu'on en donne avis au général, et qu'il s'en corrigera avec l'aide de Dieu. Je vis hier le R. P. Bagot, qui m'a beaucoup consolé par tout ce qu'il m'a dit de la vertu et régularité de votre famille : j'en rends grâces à Dieu de bon cœur, parce que c'est en ce point que consiste et d'où dépend le sujet d'espérer les miséricordes de Dieu sur la Compagnie, et les services qu'elle doit rendre à son Église. Continuez, Monsieur, à rendre votre petite communauté bien bonne et exacte à la stricte régularité, et ne vous mettez en peine d'autre chose, Notre-Seigneur fera le reste, etc.
I. Le pore Bagot naquit à Rennes en ^Sgo; il enseigna à Rome avec distinction, et mourut supérieur de la maison professe de la Compagnie de Jésus, à Paris, en 1664. Il était très lié avec saint Vincent.
~ i37- 71. — A M. CODOING,
SUPÉRIBUR, A ROME.
Le supérieur doit s'en rapporter au Supérieur général pour le choix des sujets qu'il
lui envoie.
3 mai 1643.
Monsieur,
Il suffira désormais que vous me mandiez la qualité des personnes dont vous avez besoin, et que vous m'en laissiez le choix : un supérieur d'une congrégation connaît mieux ceux qu'il a en charge que qui que ce soit. Vous me dites que j'ai mal choisi au commencement, je ne le crois pas; voyezvous, Monsieur, j'ai grande confiance aux personnes de grâce; mais l'expérience me fait voir tous les jours combien peu il se faut attendre aux talents et aux moyens humains à i'égard de quelque nation que ce soit. Je disais ces jours passés à. une personne de condition ce que je sens au fond de mon cœur : que je ne crois pas plus aux moyens humains pour les choses divines qu'au diable. Quand bien même les choses ne seraient point poursuivies au point qu'elles Tont été, je ne fais point de doute que Notre-Seigneur les eût faites à sa façon, qui est de mieux faire par des moindres que par des plus excellents instruments, selon la règle : Infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia; et c'est en ce sens que je dis que nous n'avons pas mal choisi par la miséricorde de Dieu, et que Notre-Seigneur se satisfera en se servant de ceux que lui-même nous amène; il ne nous en demande pas d'autres pour le présent, et j'espère qu'à l'avenir il fera la grâce à la Compagnie, ou de lui adresser de meilleurs sujets, ou de les mieux former qu'elle n'a fait, ou de se passer de sa pauvreté. Nous avons seize ou dix-huit écoliers en théologie et en philosophie céans, qui font fort bien au dire de ceux qui s'y entendent mieux que moi.
M. Messier, docteur de Sorbonne, qui assista, il y a trois jours, à leurs disputes, admirait comment ils avaient pu tant avancer en si peu de temps, et notre M. Gilles aussi.