‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 83 sur 267 · A M. CODOING · texte numérisé non relu

A M. CODOING

SUPÉRIEUR, A ROME

Il lui raconte les circonstances de la mort du roi Louis XIH.

i5 mai 1643.

Monsieur,

Il a plu hier à Dieu de disposer de notre bon roi, le jour même où il a commencé son règne, il y a trente-trois ans. Sa Majesté a désiré que j'assistasse à sa mort avec messeigneurs les évêques de Lisieux et de Meaux, son premier aumônier, et le R. P. Dinet, son confesseur. Depuis que je suis sur la terre, je n'ai vu mourir personne plus chrétiennement. II y a environ quinze jours qu'il m'a fait commander d'aller le voir; et comme il allait mieux, je n'y suis pas retourné lè jour suivant. Il m'a fait réclamer, il y a trois jours, pendant lesquels Notre-Seigneur m'a fait la grâce de rester auprès de lui. Je n'ai jamais vu une plus grande élévation à Dieu, une plus grande tranquillité, une plus grande crainte des moindres actions qui peuvent être péchés, une plus grande bonté ni un plus grand jugement en une personne d'un tel état.

Avant-hier, les médecins, l'ayant vu endormi et les yeux tournés, craignirent qu'il n'allât expirer et le dirent au père confesseur, qui l'éveilla tout à coup et lui dit que les médecins estimaient que l'heure était venue, et qu'il fallait faire la recommandation de l'âme. Au même instant, l'esprit rempli de celui de Dieu, il embrasse ce bon père et lui rend grâce de la bonne nouvelle qu'il lui donne. Tout à coup, élevant les yeux et les bras vers le ciel, il dit

le Te Deiim laudamus^ et le finit avec une ferveur si grande, que le seul souvenir m'attendrit dans cet instant que je vous parle. Et comme la cloche m'appelle et m'empêche de vous en dire davantage, Je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie.

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