‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 9 sur 267 · A M. DE COMMET · texte numérisé non relu

A M. DE COMMET

ADVOCAT EN LA COUR PIlésiDIALLE D'aCQS, A ACQS.

Il continue ses études, entretenu par Monseigneur le vice-légat. — Espérance d*un

bénéfice. ^ 11 demande ses lettres d'ordination.

Rome, ce 28 février 1608.

Monsieur,

Je vous ai escript deux fois pour l'ordinaire d'Espaigne qui passe à Paris et à Bayonne, et adressé mes lettres chez M. de la Lande, pour les faire tenir à M. le procureur du roy que je me ressouviens estre parens, et ne sçavoir eut alteri me vovere vota mea pour avoir de vos nouvelles, quand Dieu qui, etiamsi différât^ non aufert tamen spei effectus^ m'a fait rencontrer ce vénérable père religieux sur son embarquement, par le moien duquel j'espère jouir du bien, duquel la perfidie de ceux à qui l'on fie les lettres m'avoyt privé. Ce bien n'est autre chose. Monsieur, qu'une assurance novelle de vostre bon portement et de celuy de toute vostre famille, que je prie le Seigneur féliciter du comble de ses grâces. Je vous rendois grâces, par mes précédentes, du soing paternel qu'il vous plaist avoir de moy et de mes affaires, et priois mon Dieu, comme je fais encore et fairay toute ma vie, me vouloir faire la grâce de me donner le moien de m'en revencher par mon service, que vous vous estes hypotecqué au prix de tout le bien qu'un père peut faire à son fils propre. Je suis extrêmement marri que je ne vous puisse escrire que trop sommairement Testât de mes affaires, pour le hasté départ des mariniers peu courtois avec lesquels ce vénérable père s'en va, non à d'Acqs, à ce qu'il m'a dit, mais bien en Béarn, où il m'a dit que le révérend père Antoine Pontanus, qui a toujours esté un de mes bon amis, presche, auquel comme à celui duquel j'espère un bon office, j'adresse mes lettres, le prie vou-

loir faire tenir la présente, et de me renvoyer, s'il a commodité comme ce père m'a dist qu'il auroit, la response que, j'espère, il vous plaira me faire.

Mon estât est donc tel, en un mot, que je suis en ceste ville de Rome, où je continue mes estudes, entreteneu par monseigneur le vice-légat qui estoyt d'Avignon, qui me faict l'honeur de m'aymer et désirer mon advancement, pour luy avoir monstre force belles choses curieuses que j'aprins, pendant mon esclavage, de ce vieillard turcq à qui je vous ay escript que je feus vendeu, du nombre desquelles curiositez est le commencement, non la totale perfeaion du miroir d'Archimède; un ressort artificiel pour faire parler une teste de mort, de laquelle ce misérable se servoyt pour séduire le peuple, leur disant que son dieu Mahomet lui faiso3rt entendre sa volonté par ceste teste, et mile autres belles choses géométriques que j'aprins de luy, desquelles mondict seigneur est si jaloux, qu'il ne veut pas mesme que j'acoste personne, de peur qu'il a que je l'enseigne, désirant avoir lui seul la réputation de sçavoir ces choses, lesquelles il se plaist de faire voir quelquefois à Sa Sainteté et aux cardinaux. Ceste sienne affection et bienveillance donc me faict promettre, comme il me l'a promis aussi, de faire une retirade honorable, me faysant avoyr à ces fins quelque honeste bénéfice en France. A quoy m'est nécessaire extrêmement une copie de mes lettres signées et scellés de monseigneur d'Acqs, avec un témoignage de mondict seigneur, qu'il pourroyt retirer par une enqueste sommaire de quelques-uns de nos amis, comme l'on m'a toujours recogneu vivant en homme de bien, avec toutes les autres petites solennités à ce requises. C'est ce que mondict seigneur m'exhorte tous les jours de retirer. C'est pourquoy. Monsieur, je vous supplie très humblement me vouloir faire encore ce bien de vouloir

relever une autre cédule de mes lettres, et de tenir la main à me faire obtenir de mondict seigneur d'Acqs cet attestatoire en la forme que dessus, et de me Tenvoier par la voie dudit révérend père Pontanus. Je vous aurois envoie de l'argent à ces fins, n'estoit que je crains que l'argent ne fasse perdre les lettres. Voilà pourquoi je vous prie faire avec ma mère qu'elle fournisse ce qu'il y faudra: je présuppose qu'il y faudra trois ou quatre escus. J'en ai baillé deux comme par aumosne, sans reproche, à ce religieux, qui me promist de les rendre audict père Antoine, pour les envoier à ces effect. Si cela est, je vous prie les prendre; sinon je vous promets vous renvoier ce qu'on aura fourni, pendant quatre ou cinq mois, par lettres d'eschange avec ce que je dois à Tholose ; car je suis résoleu de m'acquitter, puisqu'il a pieu à Dieu m'en donner le juste moyen. J'escris à M. Dussin mon oncle, et le prie de me vouloir assister en cest affaire. Je receus par celui qui vous ala trouver de ma part, les lettres de bachelier qu'il vous pleust m' envoler, avec une copie de mes lettres que l'on a jugé invalides pour n'avoir été authorisée par le seing et apposition du scel de mondia seigneur d'Acqs. Il n'y a rien de nouveau que je vous puisse escrire, fors la conversion de trois familles tartares qui se sont venues se christianiser en ceste ville, que Sa Sainteté a receue la larme à l'œil, et la catholisation d'un évesque ambassadeur pour les ^Grecs schismatiques.

La haste me fait conclurre la présente mal empatouillée, en cest endroyt, avec humble prière que je vous fais d'excuser ma trop grande importunité, et de croire que je hasteray mon retour le plus qu'il me sera possible pour m'aler acquitter du service que je vous dois. Ce qu'attendant je dcmeureray. Monsieur, vostre très humble et obeyssant serviteur.

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