A M. CABEL
PRÊTRE DE LA UISSIONy A SEDAN.
n le félicite de sa manière d*agir, et l'engage de s'occuper à prévenir les procès parmi ses paroissiens. — 11 lui donne des nouvelles de Gênes, de Madagascar et de Pologne.
Paris, 9 septembre 1657.
Monsieur,
Il n'y a que huit jours, ce me semble, que je vous ai écrit et témoigné quelque chose de la consolation que j'ai de votre bonne conduite, et à l'égard de votre famille et de vos séminaires, et à l'égard de votre paroisse, et généralement de tout. Je voudrais que vous vissiez mon cœur sur ce point, et combien j'en ai de reconnaissance vers la bonté de Dieu. On m'a dit néanmoins que vous ne veillez pas assez pour terminer les différends de la ville; et comme c'est le propre d'un bon curé de tenir son peuple en paix en étouffant tant qu'il peut les inimitiés, querelles et procès dès leur naissance, vous ferez fort bien aussi d'étendre vos soins sur cette bonne œuvre, et à cet effet de recommander à vos prêtres que, lorsqu'ils apprendront être arrivé quelque débat ou quelque action en justice entre vos habitants, ils vous en avertissent. Même il serait bon que vous employassiez un ami dans la ville, qui fût prudent et homme de bien, pour découvrir ces choses et vous en donner connaissance; ou bien (et ceci sera le meilleur), si vous avez deux paroissiens pieux, pacifiques et intelligents, que vous
les disposiez à vous aider en cette aifaire, non seulement en vous faisant savoir ce qui se passe de cette nature, mais en s'assemblant avec vous toutes les semaines ou tous les quinze jours une fois, pour aviser ensemble à ce qu'il y a à faire, et à la manière d'y procéder, afin que vous puissiez agir conformément à cela ; et à la prochaine assemblée, vous leur pourrez dire ce que auriez fait, pour prendre de nouveaux expédients, si les premiers n'avaient pas réussi. Mais cela se doit faire si secrètement que personne ne s'avise de ces assemblées, et encore moins des sujets que vous y traiterez. Je prie Dieu qu'il vous donne son esprit pour cela, comme pour le reste.
Je ne reçois plus aucune lettre de Gênes. Je vous ai mandé que Dieu y avait disposé de M. Ennery, qui était un très bon missionnaire, capable, zélé, miséricordieux, soumis, détaché et prêt atout pour le service de Dieu, et que M. François Vincent, malade à l'extrémité, était encore en vie le 1 3 juillet. Depuis on m'a mandé de Turin que les affaires de cette pauvre ville de Gênes vont extrêmement mal, qu'il y en meurt cinq ou six mille par semaine, et que même, une barque de Savone étant allée au port pour porter quelques rafraîchissements, et ayant crié longtemps, personne n'a répondu, de façon qu'ayant laissé sur la rive les vivres qu'elle y apportait, et y étant retournée de là à quelques jours, elle les y a retrouvés comme elle les y avait mis, ce qui fait croire que les choses sont réduites en un déplorable état.
Je ne sais si je vous ai fait part d'une autre nouvelle très affligeante. Nous avons enfin reçu des lettres du bon M. Bourdaise, que Dieu bénit, et conserve à Madagascar, qui nous confirme les grâces que Dieu a faites à MM. Dufour, Prévost et de Belleville, de les attirer à lui, savoir : M. de Belleville en s'en allant, et les autres après être arrivés au lieu de leur mission. Voilà qui comble notre douleur. Mais Dieu
soit loué de toutes ces pertes, qui sont grandes pour la Compagnie, selon notre manière de parler. Néanmoins tous ces bons serviteurs de Dieu sont bien heureux, puisqu'au dire de Notre-Seigneur il ont sauvé leurs âmes en les perdant, et nous en devons espérer plus d'assistance devant Dieu pour le temps et pour l'éternité que s'ils étaient encore parmi nous.
On me mande de Pologne que le bon M. Desdames a derechef tout perdu à Varsovie, laquelle a été de nouveau s^ssiégée, prise et pillée par les Suédois, et puis abandonnée. La fermeté de ce bon missionnaire est admirable, n'ayant voulu quitter son troupeau ni pour la guerre , ni pour la peste, ni pour tout cela ensemble, quoiqu'il en ait été attaqué diverses fois, et que la reine l'ait invité de s'en retirer. C'est ellemême qui me l'a mandé par une lettre expresse écrite de sa main, où elle témoigne en être grandement édifiée. Elle Test aussi beaucoup de la vertu et de la patience de M. Duperroy, qui est en grand danger de sa plaie. Les chirurgiens ne savent plus que lui faire. J'espère que, si Dieu lui donne la force de s'en revenir, ainsi qu'on le lui conseille, nous aurons la consolation de le voir bientôt ici. Pour M. Ozenne, il assiste les malades et les blessés du siège de Cracovie, par ordre de Sa Majesté, pour le spirituel, et les filles de la Charité corporellement.
Nous avons ici M. Le Vacher, d'Alger, qui est venu pour les affaires de notre frère Barreau, lequel a été très maltraité des Turcs.
Voilà, Monsieur, comme il plaît à Dieu d'exercer la petite Compagnie en diverses manières. Je recommande à vos prières et à celles de votre communauté tous ses besoins, particulièrement le repos des défunts et la conservation des vivants. Je suis, en Notre-Seigneur, etc.