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DE LA MISSION, CONSUL, A ALGER

]i lui dit la vive part qu*il prend à ses peines, et l'extrôme impuissance où il se trouve de lui venir en aide. — Il lui donne des nouvelles de Gênes et de Madagascar.

Paris, 14 septembre 1657.

Mon cher frère,

Je pense vous avoir écrit Taffliction très sensible que j*ai reçue des maux que vous avez soufferts, dont le sentiment se renouvelle en moi toutes les fois que j'y fais réflexion; et bien que vous ne puissiez pas vous imaginer combien j'en suis touché, vous ne doutez pas pourtant que ce soit jusqu'au vif, puisque, vous portant dans mon cœur comme je fais, il ne se peut que vos souffrances ne soient les miennes. Or, par la même raison, j'entre en sollicitude de vos affaires comme des plus importantes que nous ayons.

J'en ai fait parler à M. de Brienne. J'en ai entretenu plusieurs fois M""" la duchesse d'Aiguillon, ensemble les autres dames de la Charité, à qui seules je puis avoir recours. Elles témoignent à la vérité compatir à nos peines et souhaiter que vous soyez secouru; mais je ne vois pas qu'elles fassent aucune avance. M"* la duchesse m'a avoué que de son côté elle ne peut faire que peut de chose. Les mauvaises affaires qu'elle a eues et le traitement que lui fait M. le duc de Richelieu l'incommodent notablement. Les guerres passées ont affaibli les meilleures familles et beaucoup resserré les bourses, tant il y a que toutes ces dames se ressentent des incommodités publiques, et se rebutent de tant de demandes qu'on leur fait de tous côtés, particulièrement quand c'est pour des sommes notables comme celle que vous devez. Certes, elles ont raison ; car où trouvera-t-on huit ou dix mille écus que vous demandez, puisqu'on a toutes les peines du monde de trouver de petites sommes pour les nécessités

publiques, dont on ne se peut dispenser? de sorte, mon cher frère, que nous nous trouvons fort empêchés de vous assister. M. Le Vacher, qui s'y emploie de tout son cœur, est témoin des soins que nous y apportons et du peu que nous y avançons : nous n'avons encore que six cents livres d'assurées. Assurez- vous que nous continuerons de travailler pour vous procurer tout le soulagement que nous pourrons, mais il faut du temps et de la patience.

Quelques personnes ont dit qu'il fallait prendre ces sommes que vous devez, sur les marchands trafiquant en Alger; M. de La Haye, fils de l'ambassadeur de Constantinople, était même de cet avis. Mais d'autres, voyant que cela ne se peut sans beaucoup de fâcheux inconvénients, sont de sentiment contraire ; et ainsi il n'en faut plus parler. De dire que la Compagnie se devrait engager pour vous dégager en empruntant cette somme, je souhaiterais bien qu'elle le pût faire; mais, outre la difficulté de la trouver après ou avant, parce qu'on sait qu'elle est obérée d'ailleurs, elle ne peut s'engager davantage sans se mettre en danger de succomber. Monsieur votre frère nous a dit qu'il a envoyé à Marseille une lettre de change de trois mille livres pour vous être tenue ; voilà de quoi commencer à vous acquitter. Si vous étiez bientôt payé du Flamand que vous avez chez vous, vous pourriez satisfaire les esclaves plus pressés qui vous ont prêté leur argent. Je prie Notre -Seigneur qu'il remédie à tous vos besoins, étant à craindre que vous n'en soyez accablé, si sa providence ne vous suscite un secours extraordinaire, qui est hors de notre pouvoir. Notre tâcherons pourtant d'}^ coopérer avec elle.

Il a plu à Dieu de nous affliger de diverses manières, quasi en même temps, et aussi sensiblement qu'il ait jamais fait. La peste nous a ravi, à Gênes, M. Ennery et M. François Vincent, et ensuite a frappé MM. Duport et Lejuge, qui étaient

hors d'espérance de vie le 20 Juillet. Il y a apparence que depuis ce temps-là il en sera mort d'autres et peut-être toute la famille, composée des meilleurs sujets de la Compagnie. Cette appréhension nous épouvante.

Et, pour comble de notre douleur, les trois missionnaires qui étaient allés à Madagascar sont allés à Dieu , savoir : MM. Dufour, Prévost et de Belleville ; celui-ci en s'en allant au lieu de sa mission et les autres après 3^ être arrivés. Dieu nous a fait la miséricorde de conserver M. Bourdaise et de le bénir d'une manière merveilleuse. Il nous en fait une petite relation, ensemble des belles actions et des vertus apostoliques de ces chers défunts. Je recommande les vivants et les morts à vos prières, et je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

JP.-S. Nous avons écrit et fait écrire par M. Forme à Annecy, pour être payé de votre esclave. Son frère fait espérer d'avoir ici l'argent; les pères de la Merci nous font espérer le même à leur égard, mais ils ne sont point en état de cela, à cause de la division qui se trouve en eux.

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