‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 105 sur 294 · A Mgr le cardinal BAGNY · texte numérisé non relu

A Mgr le cardinal BAGNY

Il lai «xpose l'impossibilité d'envoyer un prêtre français du clergé séculier. — 11 propose

un missionnaire.

22 septembre 16S7,

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre de laquelUe il a plu à Votre Éminence de m'honorer, le i3 d'août, et le commandement qu'il lui a plu de me faire, d'envoyer deux prêtres français en Hibernie et en Ecosse, pour y apprendre l'état, le nombre, la conduite et les fruits que font les ouvriers qui travaillent à cette vigne désolée de Notre-Seigneur.

. Or je vous dirai , Monseigneur, que je vous rends mille actions de grâces de celle qu'il vous a plu me faire de m'em-

ployer en cette aflfaire, et m'offre de bon cœur à Votre Éminence pour y travailler dès que J'aurai reçu une réponse d'elle sur la difficulté que voici : c'est, Monseigneur, qu'il nous sera très difficile de trouver deux prêtres français qui sachent les langues différentes de ces deux royaumes, voire même impossible. Je n'en connais qu'un qui entende et parle l'anglais, lequel Votre Excellence a pensé envoyer d'autres fois en Angleterre, où il a été aumônier de feu M. le président, pour lors ambassadeur pour le roi à Londres ; mais il est maintenant curé du côté de Chartres, et principal d'un collège qu'il a fait bâtir dans sa paroisse ; c'est pourquoi il est très difficile de l'ôter de là.

D'y envoyer des prêtres du pays, c'est ce qu'il me semble que Votre Excellence ne désire pas (elle marque qu'ils soient Français); et puis ils auront difficulté d'y pouvoir voyager. Nous avions envo3^é un de nos prêtres hibernais pour aller visiter nos missionnaires qui sont en Ecosse et aux îles Hébrides, et à peu près avec ordre de s'informer des choses que Votre Éminence me marque; mais il ne put obtenir de passeport à Londres, quoiqu'il fût travesti, et fut contraint de s'en revenir.

Or, cela posé. Monseigneur, que nous avons peine à trouver des Français qui entendent ces langues-là, et que ceux de ces pays-là auront difficulté d'y voyager, j'avais pensé, Monseigneur, de proposer à Votre Éminence si elle aura agréable que nous choisissions un prêtre français de notre Compagnie, et que nous lui donnions un de nos frères coadjuteurs hibernais pour l'Hibernie, un Anglais pour l'Angleterre, et un Écossais pour TÉcosse; que si cela est, nous le ferons partir au plus tôt, après que j'aurai reçu votre commandement. Un père jésuite qui vient de Londres m'a dit que le Protecteur vient de faire un édit des plus rigoureux qu'on ait encore vu contre les catholiques : il ordonne que

les enfants seront ôtés aux catholiques, et les deux tiers de leurs biens; jamais les tyrans persécuteurs de TÉglise, qui ont tant répandu de sang, ne se sont avisés d'une si étrange persécution. Il veut faire ôter les enfants et les faire élever en rhérésie, pour faire finir la religion catholique en la personne de leurs pères. Notre-Seigneur ne le permettra pas, comme nous avons sujet de l'espérer, et me fera la grâce, s'il vous plaît, de me rendre digne de la continuation de la bienveillance de Votre Excellence, qui suis, en l'amour de Notre- Seigneur, etc.

PRÊTRE DE LA MISSION, A TROYES

11 réfute les prétextes sur lesquels il s'appuie pour quitter la Compagnie et entrer dans

un ordre religieux.

Paris, 26 septembre lôSy.

Monsieur,

J'ai appris, par votre lettre du 22, la résolution que vous avez faite de sortir de la Compagnie pour entrer en une maison religieuse.

Sur quoi je dirai. Monsieur, que j'adorerai toujours la conduite de Dieu dans les choses qu'elle permet, comme en celles qui sont de sa volonté ; et Dieu me garde d'avoir d'autres sentiments à votre égard. Mais je vous dois dire aussi que vous devez vous ressouvenir de trois ou quatre choses : la première est la promesse que vous avez faite à sa divine Majesté de vivre et de mourir missionnaire ; la seconde, du traitement que la Compagnie vous a rendu, qui ne vous a donné aucun sujet de vous en retirer; la troisième, du prétexte que vous prenez, qui est sans fondement (car vous dites que c'est le travail des missions, et néanmoins vous n'y êtes pas appliqué). Il est vrai que je vous ai invité à celle de Sezanne ; mais, quelques jours après, je vous ai prié de demeurer à Troyes et

d'y continuer le soin du séminaire. Or, si de ces considérations vous passez à une quatrième (qui est celle de Taheurtement qui a toujours paru en vous pour vos propres sentiments, et de l'obligation que les supérieurs ont de rompre quelquefois la volonté des particuliers, lorsqu'ils s'y attachent au préjudice de la sainte indifférence et du bon ordre), vous reconnaîtrez, je m'assure, que la pensée que Vous avez est une pure tentation.

De dire qu'il vous est loisible de passer de votre condition présente à une autre plus parfaite, j'avoue que l'état des religieux de Saint-Augustin est très ancien et très parfait en l'Église, et que notre chétive et séculière Congrégation est indigne d'être comparée avec la moindre des communautés. Mais c'est une question, Monsieur, si vous en pouvez et devez sortir; car, pour le pouvoir, il faudrait que notre Saint- Père le Pape (qui a approuvé notre vœu de stabilité, et qui l'a rendu indispensable à tout autre qu'à lui et au général) se fût expliqué sur cela; et, pour le devoir, il faudrait que l'état religieux vous fût plus propre et plus revenant que celui où Dieu vous a appelé et où il vous a toujours béni par sa grâce ; mais il est constant que notre manière de vie vous est plus convenable, eu égard à la qualité de votre esprit, qui serait obligé de se soumettre en religion pour le moins autant que parmi nous. Je vous prie. Monsieur, avant de passer outre, de faire oraison sur ce que vous avez à faire, pour accomplir le dessein que Dieu a sur vous, et de ne rien exécuter que ce que vous voudriez avoir fait à l'heure de la mort. Cependant, assurez- vous qu'en quelque lieu que vous soyez, je serai toute ma vie, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

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