‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 123 sur 294 · II. — i · texte numérisé non relu

II. — i

4i8. — A M. OZENNE,

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

II lui donne des nouvelles de la Compagnie.

Paris, 6 février i658.

Je vous écris au retour d'une incommodité que j'ai eue de la chute d*un carrosse, la tête la première, de laquelle, par la grâce de Dieu, je me porte mieux, quoique je garde encore la chambre, à cause de la rigueur du froid. Inespéré sortir au premier dégel.

Nous travaillons incessamment à une quête qu'on fait pour délivrer le consul d'Alger et lui donner moyen de s'acquitter des sommes que les pauvres esclaves chrétiens lui ont prêtées pour se tirer des mains du pacha.

Quatre de nos prêtres, un frère et un enfant nègre de Madagascar, qui est merveilleusement bien converti, partiront pour s'aller embarquer au Port-Louis dans trois ou quatre jours, pour aller à cette île-là.

Nous sommes en très grande peine de la nouvelle qui nous vint hier de Rome que la peste a repris à Gênes, par le seigneur Judith, qui était revenu à la maison du Lazaret, où il était apposé à l'assistance des pestiférés, où il avait eu la peste et en était guéri. Je recommande à vos prières une fâcheuse rencontre qui est arrivée à Annecy entre M. Levazeux, supérieur de la mission, et un avocat de la ville, qui lui a dit des injures, et lui à Tavocat, au sujet d'un procès qu'ils ont ensemble depuis quatre ans, à cause du logement de la mission, qu'elle a perdu.

La reine ayant fait quelque séjour les années passées à Metz, en j^Lorraine, et ayant remarqué les besoins spirituels de cette ville-là, nous a fait Thonneur de nous commander

d'y aller faire la mission ; mais quoique nous ayons renoncé de travailler aux villes où il y a archevêché, évêché, ou présidial, afin de nous réserver pour le pauvre peuple, nous ne laissons pas de lui envoyer dix-huit ou vingt prêtres de notre conférence du mardi, sous la conduite de M. Tabbé de Chandenier, notre bienfaiteur*.

Nous attendrons avec grande joie le bon monsieur officiai de Pouancé; j'appréhende bien que notre bêtise et notre rusticité ne le mésédifie. Oh ! Monsieur, que nous serons heureux de voir notre bienfaiteur ! Mandez-moi, s'il vous plaît, le détail de ses bienfaits.

Nos missionnaires travaillent en deux bandes dans les villages avec bénédiction, et il me semble que l'on fait de même partout, par la miséricorde de Dieu. J'embrasse MM. Desdames et Duperroy avec toutes les tendresses de mon cœur. Je renouvelle aussi à la bonne demoiselle de Villars les offres

I. Bossuet prit part à cette mission. Voici la lettre qu*il écrivit à saint Vincent lors du départ des prêtres qui avaient évangélisé Metz :

a Je ne puis voir partir ces chers missionnaires sans vous témoigner le regret universel et la merveilleuse édification qu'ils nous laissent. Elle est telle. Monsieur, que vous avez tous les sujets du monde de vous en réjouir en Notre-Seigneur, et je m'épancherais avec joie sur ce sujet-là, si ce n'était que les effets passent de trop loin mes paroles. Il ne s'est jamais rien vu de mieux ordonné, rien de plus apostolique, de plus exemplaire que cette mission. Que ne vous dirais-je pas des particuliers, et principalement du chef (Tabbé Louis de Chandenier) et des autres, qui nous ont si saintement, si chrétiennement prêché TÉvangile, si je ne vous en croyais informé, d'ailleurs, par des témoignages plus considérables, et par la connaissance que vous avez d'eux, joint que je n'ignore pas avec quelle peine leur modestie souffre les louanges? Ils ont enlevé ici tous les cœurs; et voilà qu'ils s'en retournent à vous, fatigués et épuisés selon le corps, mais riches selon l'esprit des dépouilles qu'ils ont ravies à l'enfer et des fruits de pénitence que Dieu a produits par leur ministère. Recevez-les donc. Monsieur, avec bénédictions et actions de grâces, et ayez, s'il vous plaît, la bonté de les remercier avec moi de l'honneur qu'ils m'ont voulu faire de m'associer à leur compagnie et à une partie de leur travail. Je vous en remercie aussi vous-même; et je vous supplie de prier Dieu qu'après avoir été une fois uni à de si saints ecclésiastiques, je le demeure éternellement, en prenant véritablement leur esprit et en profitant de leurs exemples. >

de mon obéissance, et prie Notre-Seigneur qu'il bénisse les pauvres et mes chères sœurs de la Charité. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

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