PÈRE D*UN MISSIONNAIRE
II le loue de ses bonnes dispositions. — Il lui expose que les missionnaires ne sont pas religieux et conservent la propriété de leurs biens patrimoniaux.
24 mars i658.
J'ai reçu avec respect la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et je l'ai lue avec une consolation très sensible, voyant les tendres et dévots sentiments que vous avez sur le sujet de notre frère Pinon % votre fils, qui sont autant édifiants qu'ils sont contraires à la nature. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce que vous lui avez consacré ce fils avec tant d'exubérance, que sa vie et sa mort vous sont indifférentes, pourvu qu'elles soient pour la plus grande gloire du Créateur; c'est une marque que l'amour divin règne en votre cœur par-dessus l'amour paternel, et il y a sujet de croire que Dieu bénira le fils par le père, comme il a plu à sa divine bonté de le conserver au milieu d'une grande mortalité qui n'a pas été seulement dans Gênes, mais dans la maison où il était, et où nous avons perdu six prêtres et un frère.
Certes, Monsieur, dans cette grande affliction de peste, nous avons été consolés de savoir que ce frère en a été préservé; car c'est un bon enfant, qui fait toujours bien, par la
I. M. Pierre Pinon, né à Tours le 19 juin i63o; reçu le 3o août i655.
miséricorde de Dieu, et qui nous donne espérance qu'il sera un jour un bon missionnaire.
Mais à propos de ce nom, il faut que je vous dise, Monsieur, que nous ne sommes pas religieux (bien que nous fassions des vœux simples), el que le vœu de pauvreté n'ôte pas la liberté à ceux qui l'ont fait de disposer du fonds de leurs biens, ni des fruirs et revenus pendant leur vie; il est vrai qu'ils n'en disposent que par l'avis de leurs supérieurs. Je pense. Monsieur, que vous ne voulez pas que votre fils se prive de ce que la providence de Dieu lui a donné par vous^ dans le doute qu'il persévérera en la condition qu'il a embrassée, car, nos vœux étant dispensables par le Pape et par le Général, il peut arriver qu'il sortira d'avec nous, et s'il n'avait plus rien, il serait sur le pavé. J'espère néanmoins que ni l'un ni l'autre n'arrivera, et que vous lui ferez la grâce de lui faire tenir ici son petit revenu, puisqu'il est pour en bien user, et que, grâce à Dieu, vous n'en avez pas besoin.
Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il continue à bénir votre personne et votre famille, et qu'il me donne l'occasion de vous servir, étant comme je suis, en son amour. Monsieur, votre, etc.