DE LA MISSION K
17 maî i658.
Salut en Notre-Seigneur.
Voici enfin, mes très chers frères, voici les règles ou constitutions communes de notre Congrégation, que vous avez tant désirées et si longtemps attendues. Il est vrai qu'on a laissé passer trente-trois ans ou environ, qu'il y a que notre Congrégation est instituée, sans que nous vous les ayons données imprimées; mais nous en avons usé de la sorte,
I. Nous reproduisons le texte latin de cette lettre, qui précède les constitutions imprimées de la Congrégation de la Mission.
DlLECTlS NOSTRIS IN ChRISTO FRATRIBUS , EJUSDEM CONGREGATIONIS SACERDOTIBUS^ CLERICIS ET COADJUTORIBUS LAICIS.
Salutem in Domino.
En tandem, Fratres dilectissimi , en regulae seu constitutiones communes
nostne Congregationis, tantopere a vobis desideratas, ac tandiu expectats*
Anni quidem circiter triginta très a prima ipsius Congregationis institu-
tîoae effluxere, antequam illas typis mandatas vobis traderemus; sed eo
tant pour imiter notre Sauveur Jésus-Christ en ce qu'il a commencé à faire avant d'enseigner, que pour obvier à plusieurs inconvénients qui eussent pu naître de la publication trop précipitée des mêmes règles ou constitutions, dont l'usage et la pratique auraient ensuite paru peut-être ou trop difficiles ou moins convenables. Or notre retardement et procédé en ceci nous ont garantis, par la grâce de Dieu, de tous ces inconvénients, et ont fait même que la Congrégation les a peu à peu et suavement pratiquées, avant qu'elles aient été mises en lumière. Et en effet, vous n'y remarquerez rien que vous n'ayez depuis longtemps mis en pratique, même avec une sensible consolation de notre part, et une mutuelle édification de vous tous.
Recevez-les donc, mes très chers frères, avec la même affection que nous vous les donnons. Considérez-les , non comme produites par l'esprit humain, mais bien comme inspirées de Dieu, de qui tout bien procède, et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose par nousmêmes comme de nous-mêmes; car, que trouverez-vous dans ces règles qui ne serve à vous exciter et enflammer, ou à la fuite des vices, ou à l'acquisition des vertus, et à la pra-
consilio id egimus^ tum ut Christum Salvatorem nostrum imitaremur^ in eo quod cœpit prius facere quain docere; tum ut quamplurimis occurreremus incommodis, quae sine dubio oriri potuissent ex prœmatura earumdem regularum seu constitutionum editione; ac proinde earum praxis et usus visa fuissent postmodum aut nimis difficilia^ aut minus congruentia. Haec atitem nostra cunctatio atque agendi ratio ab illis nos pcriculis, divina adjuvante gratia, servavit; quinetiam efTecit ut Congregatio paulatim ac suaviter ipsas in praxim redegerit, priusquam illae fuerint edicae. Nihil enim in illis animadvertctis, quod non jamdudum^ imo et cum maxinia animi nostri oblectatione, mutuaque omnium vestrum œdifîcatîone in usu habueritis.
nias igitur, fratres dilectissimi, pari, quo vobis eas tradimus, affectu accipite. Illas considerate, non quidem ut ab humano spiritu producias, sed potius ut cmanatas a divino, a quo bona cuncta procedunt, et sine quo non sumus sufficientes cogitare aliquid a nobis quasi ex nobis. Etenim, quid in illis reperietis quod vos aut ad vitiorum fugam, aut ad virtutum acquisi*tionem, et ad evangelicorum documentorum exercitium non accendat, ac
tique des maximes évangéliques? Et c'est pour cela que nous avons tâché, autant qu'il nous a été possible, de les puiser toutes de l'esprit de Jésus-Christ, et de les tirer des actions de sa vie, comme il est aisé à voir, estimant que les personnes qui sont appelées à la continuation de la mission du même Sauveur (laquelle consiste principalement à évangéliser les pauvres) doivent entrer dans ses sentiments et ses maximes, être remplies de son esprit, et marcher sur ses traces.
C'est pourquoi, mes très chers frères, nous vous prions et conjurons, par les entrailles de ce même Sauveur Jésus- Christ, de faire votre possible pour observer exactement ces règles, tenant pour certain que si vous les gardez, elles vous garderont, et vous conduiront avec assurance à la fin tant désirée, c'est-à-dire à la céleste béatitude. Ainsi soit-il.