‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 134 sur 294 · A M. DUPONT · texte numérisé non relu

A M. DUPONT

SUPÉRIEUR, A TRÉGUIER

Il lui refuse la permission d'accepter deux bénéfices, et l'engage à renoncer à la penscc

d'aller dans son pays.

19 juin i658.

Monsieur,

Par la même lettre par laquelle vous demandez si vous devez accepter deux bénéfices qui vous sont offerts en votre pays, vous nous donnez de nouvelles marques de votre affec-

promoveat? Eaque de causa illas omnes, quantum in nobis fuit^ ex Jesu- Christi spiritu, actionibusque vitœ ipsîus, ut perspicere facile est, haurirc conati sumus : quippe qui censuimus eos viros, qui ad continuationem missionis ipsius Christi (quse potissimum in pauperum evangelizationeconsistit; vocati sunt, debere ejusdem Christi sensibus et afTectibus, imo eodem, quo ipse, spiritu replerî, ipsiusque vestigiis inhaerere.

De cxtero ergo, Fratres, rogamus vos, et obsecramus in Domino Jesu, ut in exactam ipsarum regularum observationem incumbatis; pro certo habentes quod, si illas servaveritis, ipss vos servabunt; et tandem ad finem optatum, hoc est, ad cœlestem beatitudinem securos vos deducent. Amen.

Jesusj Maria, Joseph.

tion pour la Compagnie en ce que vous avez dessein de lui faire avoir un jour ces bénéfices-là, dont je vous remercie d'autant plus que votre intention est de faire que, par elle. Dieu soit davantage honoré et le peuple assisté; ce sont des effets de votre zèle qui ne seront pas sans récompense.

Mais je vous dirai pour réponse. Monsieur, que nous ne devons désirer autre bien à la Compagnie, ni d'autres emplois que ceux qu'il plaît à Dieu de lui donner par lui-même sans nous, je veux dire sans que nous les ayons recherchés ni procurés. Si c'était Mgr l'évêque du lieu, en qui réside le pouvoir d'appeler, qui nous fît cette proposition, la volonté de Dieu nous serait pour lors assez connue.

Et quant à vous. Monsieur, je pense que, vous étant donné à sa divine bonté de la manière que vous avez fait, vous ne pouvez ni recevoir ni retenir des bénéfices, surtout à la charge d'âmes. Vous avez pris Notre-Seigneur pour votre bénéfice et renoncé aux biens de la terre pour le suivre pauvre et le servir à l'apostolique ; n'est-ce pas là un sujet de grande consolation pour vous, qui, n'ayant manqué jusqu'à maintenant d'aucune chose nécessaire à la vie, ni d'aucune occasion d'employer saintement la vôtre, devez espérer que vous n'en manquerez pas non plus à l'avenir?

De dire que vous ne voudriez pas être à charge à la Compagnie, vous ne le serez pas aussi, car, grâce à Dieu, elle ne se trouve pas chargée des infirmes ; au contraire, ce lui est en quelque façon bénédiction d'en avoir. Et de vous persuader que vous auriez plus de santé en votre pays et plus de moyens de procurer la gloire de Dieu que vous ne faites ailleurs, ce serait un abus de l'esprit malin qui, en vous montrant un bien apparent et incertain, voudrait vous faire quitter un bien présent et véritable, et, en vous éloignant de l'esprit de Notre-Seigneur, vous faire rentrer s'il pouvait dans l'esprit du monde. Je prie Dieu, Monsieur, qu'il vous

préserve de ce malheur et vous confirme dans les premières dispositions de nous consommer dans Tétat où il nous a appelés, et dans l'exercice de l'humilité, de la patience et de la charité de Jésus-Christ. Je suis, en son amour, votre, etc.

43i. — A MADEMOISELLE CHAMPAGNEs

[novice en lVbBAYE de NOTRE-DAME DE séZANNE.

II lai donne les raisons qui doivent la prémunir contre le découragement.

25 juin i658.

Mademoiselle,

Je vous remercie de la confiance dont vous m'avez honoré; j*ai reçu votre lettre avec désir de vous servir et l'ai lue avec joie, voyant les sentiments de votre cœur.

Premièrement, je ne m'étonne pas des répugnances que vous sentez pour les exercices de la religion, au contraire je m'étonnerais si vous n'en aviez point. Tôt ou tard Dieu exerce les âmes qu'il appelle à son service par des peines semblables, et il vaut mieux que vous en soyez travaillée dès le commencement de votre vocation que dans le progrès ou la fin, parce que vous apprendrez de bonne heure à vous connaître et à vous humilier, à vous défier de vous-même et à vous confier en Dieu, bref, à faire un fonds de patience, de force et de mortification, qui sont des vertus dont Tusage vous sera nécessaire toute votre vie.

Deuxièmement, je ne doute pas que vous ne fussiez contente de demeurer libre comme vous êtes, mais ce contentement serait de la nature et ne durerait pas. On ne peut servir à deux maîtres, et si vous voulez jouir de la liberté des enfants de Dieu, vous devez suivre Jésus-Christ par la voie étroite de la sujétion, qui mène au salut; car, quelque disposition que vous ayez de bien faire en marchant par le chemin large de

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