‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 157 sur 294 · A M. DE LA FOSSE · texte numérisé non relu

A M. DE LA FOSSE

PRÊTRE DE LA MISSION, A TROYES

Il lai donne les niions pour lesquelles il doit repousser comme tentation la pensée

de quitter sa vocation.

Paris, 16 octobre i658.

Monsieur,

Il est vrai que votre demande m'a surpris de prime abord, comme vous l'avez jugé vous-même; et en effet. Monsieur, comment ne m'aurait-elle pas surpris, voyant le doute que vous avez de votre vocation depuis dix-huit ou vingt ans

qu'il y a que voxis êtes dans la Compagnie, après l'avoir examinée dans la retraite quç vous y fîtes en y entrant, après deux ans de séminaire, après avoir fait vœu à Dieu d'y demeurer, ainsi que vous fîtes, il y a plusieurs années ? Car, encore que vous ne les ayez pas renouvelés depuis le bref, ces premiers vœux ne laissent pas d'être des promesses à Dieu que l'on est obligé de garder en conscience. Après avoir tant travaillé en la Compagnie, en divers emplois et avec bénédiction, après tout cela, dis-je, me demander si vous êtes appelé, ne dois-je pas être surpris de cette demande? Je vous y réponds néanmoins, puisque vous le désirez, et vous dis, Monsieur, qu'après tout cela Dieu demande de vous que vous per€évériez jusqu'à la fin. Toutes les pensées qui vous viennent à rencontre sont des tentations du malin esprit, envieux du bonheur que vous avez de servir à Dieu.

Mais j'y ressens des répugnances ; les vœux et les pratiques aussi bien que l'esprit de la Mission ne reviennent pas à mon humeur, quoique j'en fasse estime ?

Et où est-ce. Monsieur, que vous n'aurez point de répugnances ? Toutes les conditions de la vie ne sont-elles pas environnées de difficultés? Et où voyez- vous des personnes qui soient de tous points contentes dans leur état ? Croyezmoi, Monsieur, qu'outre les dangers du salut où l'on est dans le monde, vous y trouverez bien des croix et des déplaisirs ; et quand même vous sortiriez pour entrer dans une autre communauté, ne pensez pas. Monsieur, qu'elle n'ait aussi ses peines, qu'il n'y faille de l'obéissance, qu'elle n'ait ses pratiques, aussi bien que nous les nôtres, lesquelles ne reviendraient pas peut-être plus à votre humeur. Quand nous considérons un autre état, nous envisageons ce qu'il y a d'agréable; mais quand nous y sommes, nous expérimentons ce qu'il a de fâcheux et de contraire à la nature. Demeurez donc en paix, Monsieur, et continuez votre voyage au

ciel dans le même vaisseau où Dieu vous a mis; c'est ce que j'espère de sa bonté, et du désir que vous avez de faire sa volonté. Je suis, en son amour, votre, etc.

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