A M. DURAND
SUPÉRIEUR, A AGDE
Il lui dit combien le support et la patience sont nécessaires aux supérieurs. — Il rengage à prier le confrère dont il a à se plaindre de l'avertir de ses défauts. — 11 le doit faire avertir par son admoniteur.
Janvier lôSg.
Monsieun,
Je participe à la peine que vous a donné sujet d'avoir celui duquel vous m'écrivez : je veux croire qu'il fait cela bonnement, mais j'estime que, quand il aura fait réflexion sur toutes les circonstances qui se passèrent en cette rencontre, il verra qu'il n'y faut pas retourner souvent, et que vous aussi. Mon-
I. Louis Deu^ né le 8 avril 1624, au village de Frenaye, diocèse du Mans; reçu à Paris le 20 mai i6bi.
sieur, reconnaîtrez que c'est un petit exercice que Notre- Seigneur vous a envoyé pour vous façonner à la bonne conduite des personnes qui vous seront commises ; cela vous fera comme entrevoir combien grande a été la bonté de Notre- Seigneur à supporter ses apôtres et ses disciples, lorsqu'il était sur la terre, et combien il a eu à souffrir des bons et des mauvais. Cela même vous fera voir que les supériorités ont leurs épines comme les autres conditions, et que les supérieurs qui veulent bien faire leur devoir de parole et d'exemple ont beaucoup à souffrir de leurs inférieurs, non seulement des discoles, mais encore des meilleurs. Selon cela, Monsieur, donnons-nous à Dieu pour le servir en cette qualité, sans prétention d'aucune satisfaction du côté des hommes. Notre- Seigneur nous un donnera assez, si nous travaillons comme il faut à nous rendre les plus exacts à l'observance des règles, à l'acquisition des vertus propres aux vrais missionnaires, notamment à celles de Thumilité et de la mortification. Et il me semble. Monsieur, que vous ferez bien de dire à ce bon M. N., lorsqu'il fera sa communication ou en quelque autre rencontre, que vous le priez de vous avertir de vos manquements, puisque, dans l'emploi où vous êtes, il ne se peut que vous ne fassiez bien des fautes, non seulement en qualité de supérieur, mais aussi en celles de missionnaire et de chrétien ; qu'il ne se rebute pas, encore que la nature semble d'abord pâlir ou rougir, ou qu'il vous échappe quelque parole d'impatience, c'est ce qui arrive pour l'ordinaire dans le premier mouvement aux plus grands saints, l'animalité, toujours vivante en l'homme, prévenant ainsi la raison, laquelle, aidée de la grâce, tire des avantages indicibles des avertissements qu'on nous fait par charité. Il me semble, Monsieur, que vous ferez bien aussi de déclarer de temps en temps à votre famille que non seulement vous trouverez bon d'être averti par votre admoniteur, mais que vous auriez peine s'il ne vous avertis-
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sait pas et s'il s'abstenait de m' écrire, selon que la règle ordonne et l'usage de toutes les communautés bien réglées, et que vous les assurez que vous ne verrez point les lettres qu'ils m'écriront, ni celles que je leur écrirai. O Monsieur! que la misère humaine est grande, et la patience nécessaire aux supérieurs! ... Je finis en me recommandant à vos prières, que je vous prie d'offrir à Dieu, à ce qu'il me pardonne les fautes incomparables que je commets tous les jours dans la qualité que j'ai, qui en suis le plus indigne de tous les hommes et pire que Judas envers Notre-Seigneur, etc.