CHANOINE ET CHANTRE, A TARBES
II lui expose les raisons qui Téloigneraient d'accepter la fondation de Bétharrami.
29 janvier lôSg.
Monsieur,
J'ai vu par une de vos lettres le souvenir et la charité que vous avez pour nous, et en particulier pour moi qui le mérite si peu : je vous en remercie très humblement. Je suis fort édifié. Monsieur, d'apprendre que vous êtes toujours appliqué au bien, éclairant la ville et le pays par paroles et par œuvres, et répandant partout une bonne odeur et une odeur de suavité. *
Il est vrai qu'on a pensé à notre petite Compagnie pour Bétharram ; et feu M. Charpentier a été le premier qui m'en a fait la proposition, il y a près de vingt ans; et de temps en temps on nous en a parlé; mais jusqu'à maintenant Dieu ne nous a pas trouvés dignes de le servir en ce saint lieu; aussi est-il vrai que nous sommes de pauvres gens, comme vous savez; on ne désiste pourtant pas ne nous y désirer, particulièrement quelques messieurs du parlement de Navarre ; et
I. Lieu de pèlerinage à la sainte Vierge^ très fréquenté dans le Béarn.
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M. Laneplan, qui est un gentilhomme député en cour par les états de Béarn, nous a témoigné ces jours-ci avoir charge de savoir notre disposition. On m'a dit que Mgr de Lescar, qui vient d'être sacré, me veut faire l'honneur de m'en venir parler; or, pour vous dire mes pensées là-dessus:
Premièrement, je crains que notre chétiveté, qui est grande pour le nombre, la qualité et la vertu des ouvriers, nous empêche encore d'accepter l'honneur qu'on nous présente.
Deuxièmement, la coutume de ces messieurs de Bétharram est d'y attendre les pénitents, et la nôtre est de les aller chercher chez eux. Il serait difficile à nos prêtres, qui se sont donnés à Dieu pour aller de village en village évangéliser les pauvres, de renoncer aux missions pour s'attacher à une seule église et ne travailler qu'à la dévotion d'un peuple passant, qui ne peut recevoir les instructions nécessaires pour se convertir à Dieu comme il faut. Ils pourraient toutefois se rendre tous au logis aux fêtes principales, que le concours y est grand ; mais il faudrait trouver un moyen, dans les intervalles, que, pendant qu'une partie s'acquitterait des obligations du dedans, l'autre pût vaquer aux emplois du dehors.
Troisièmement, il n'y a que trois prêtres en la chapelle qui nous veulent céder leurs places, et il y en a quatre qui ne veulent pas nous y recevoir ; et cependant c'est une nécessité que, pour nous y établir, tous y consentent, autrement nous ne pourrions pas nous y résoudre. Que si ceux qui ont de la peine à cela veulent continuer leur demeure et leurs exercices en cette maison, et néanmoins agréer que nous y soyons introduits, nous pourrions en ce cas convenir avec eux de ce qu'il leur faudrait pour leur entretien, et ils pourraient vivre avec nous, ainsi que les religieux qui nous ont reçus à Saint- Lazare y ont vécu.
Quatrièmement, enfin, Monsieur, j'ai grande peine aux
veilles qui se font la nuit dans cette église, et fort souvent ; je sais bien qu'elles se font à bonne intention, et je veux croire qu'il n'en est encore arrivé aucun fâcheux inconvénient; mais je sais aussi qu'il en peut survenir, et que ce n'est pas sans sujet que l'Église, qui du commencement permettait ces veilles, les a depuis retranchées. Je vous supplie de me mander si elles sont fréquentes à Bétharram, et en quels jours elles arrivent.
Je suis bien aise. Monsieur, puisque vous désirez être informé de l'état de cet affaire, de vous en dire les difficultés, et de vous assurer aussi que, si elles peuvent être levées, le dessein se pourra aussi exécuter ; et en ce cas, ce nous sera aussi une grande bénédiction de pouvoir contribuer en quelque chose à l'honneur qui est rendu à Notre-Seigneur et à sa glorieuse Mère en ce saint lieu; et j'en serai d'autant plus aise que vous en êtes proche, et que nous y recevrons votre protection, votre assistance et vos conseils, ainsi que par avance vous nous les offrez, etc.